Mathieu Flasse: "On a enregistré Fall Off The Apex à Honfleur la semaine juste avant le premier lockdown. On voulait surtout ne pas se répéter alors que notre base, justement, c'est la répétition. Il y a un seul morceau à la guitare. Tout le reste est à la basse. C'est déjà un gros changement. On a encore plus chipoté à nos pédales que d'habitude tout en restant organiques. On veut faire de la musique de singes technoïdes ou transe mais pas avec des samples."
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Mathieu Flasse: "On a enregistré Fall Off The Apex à Honfleur la semaine juste avant le premier lockdown. On voulait surtout ne pas se répéter alors que notre base, justement, c'est la répétition. Il y a un seul morceau à la guitare. Tout le reste est à la basse. C'est déjà un gros changement. On a encore plus chipoté à nos pédales que d'habitude tout en restant organiques. On veut faire de la musique de singes technoïdes ou transe mais pas avec des samples." Rémy Venant: "Ce n'est pas du tout un album Covid. Ni le titre ni les morceaux. C'était un peu notre récompense après une année 2019 super chargée. On avait mis de côté un peu d'argent. On a bossé avec Hugo-Alexandre Pernot qui a travaillé au studio Davout. On fonctionnait de manière beaucoup plus artisanale. Là, c'était le moment de passer à autre chose." Mathieu: "Hugo a bossé avec Cabrel, géré des sessions de 120 musiciens." Rémy: "Le jour où le confinement a été annoncé, on était censés se produire à De Roma avec Vive La Fête. Anvers. Mille neuf cents personnes. Soirée sold out. On a quand même encore joué une vingtaine de fois devant un public après l'arrivée du virus. On ne peut pas se plaindre. Mais notre dernière date avant Kazan remonte à octobre 2020. Ça faisait donc six mois qu'on n'avait plus donné un concert. Le nouveau tourneur avec lequel on bosse aux Pays-Bas nous a contactés. "J'ai un gig pour vous. Pas ici où on ne peut pas jouer, mais en Russie, au Awaz Festival. Ils aiment bien La Jungle"." Mathieu: "C'était la première édition à Kazan. Le mec organise depuis une dizaine d'années des événements musicaux dans des gros clubs de Moscou." Mathieu: "On a fait nos passeports. Tout envoyé trois mois à l'avance. Et deux semaines avant de partir, on a reçu un mail un soir: "Vous avez rendez-vous demain à 11h à l'ambassade de Russie." Ils te demandent même pas si ça t'arrange. Là-bas, t'as une porte en métal de dix centimètres et tu te retrouves devant un mec avec une gueule qui n'a jamais souri." Rémy: "Les organisateurs du festival ont 100 groupes à gérer dans une ère post-Covid. Ils sont dépassés et tu te retrouves face à des demandes exigeantes. Les contraintes qui commencent à s'accumuler, l'accès compliqué au territoire... C'était quand même un peu le bordel. D'autant qu'on n'avait jamais pris l'avion pour aller jouer." Mathieu: "Avant, quand on avait un concert au Portugal, on partait en bagnole. On se trouvait quatre dates à l'aller et quatre autres au retour. Les concerts loin, ça a toujours été l'occasion d'une tournée." Rémy: "Sauf qu'avec le Covid, c'était pas trop possible. Et que Kazan est à perpète. Tout s'est décanté la dernière semaine sur le plan administratif. Quant au matériel, on a vaguement appris sur quoi on allait jouer deux jours avant de partir. Alors qu'on n'a pas d'expérience sur du matos qui n'est pas le nôtre." Mathieu: "À l'aéroport, le jour de notre départ, le programme informatique qui gère tous les vols déconne. Alors qu'on fait la file, un mec arrive derrière nous. "Ça fait quatre jours qu'on essaie de vous joindre. On vous a envoyé des mails." Il a vérifié les tests Covid. Contacté Moscou." Rémy: "On avait reçu des papiers en cyrillique. On nous avait dit de ne jamais nous déplacer sans. On ne sait toujours pas ce qu'ils racontent. Le type a tout scanné et envoyé. C'est hyper protégé et super chaud de rentrer en Russie." Rémy: "Quand tu vois Moscou par le hublot, c'est vraiment gigantesque. L'aéroport ressemble à une ville. Tu dois prendre un métro pour aller d'un terminal à l'autre. Tu ne comprends rien à la signalétique. Tu cours mais tu ne sais pas si t'es dans le bon sens. C'est l'angoisse. On a dû se grouiller comme des porcs pour ne pas rater notre deuxième avion." Mathieu: "Le mec censé nous accueillir à Kazan nous demande de lui balancer une copie de nos tickets mais c'est dix balles le méga quand t'envoies une photo. Il nous dit qu'il sera là avec un costume vert. Personne. Puis finalement, il arrive dans un training de Beastie Boys fluo. Quand tu débarques à l'hôtel, tu as l'impression que c'est la douane. Tu as un détecteur de métal." Rémy: "Dans la confusion, un des papiers de l'immigration a disparu. Tu sais qu'au lieu d'obtenir deux chambres comme prévu, on n'a pu en avoir qu'une? On s'en branle, bien sûr. Mais tu te demandes à quel moment le truc peut devenir à ce point compliqué. D'ailleurs, ils font des tracés Covid qui n'ont aucun sens. Tu dois remplir un formulaire dont tu ne comprends pas les questions avec leur anglais Google Translate. C'est la foire. Tout le monde dépose son truc sur une longue table. Des employés relisent à l'arrache. Ils m'ont fait chier pour une case que j'avais pas remplie tandis que Mathieu avait complété la moitié et était passé crème. C'est vraiment de la couillonnade. Là-bas, le port du masque est hautement recommandé par le gouvernement mais pas obligatoire." Rémy: "À Kazan, les chauffeurs de taxi conduisent hyper vite et slaloment. Ce sont des espèces d'Uber. Ils ont tous le pare-brise fêlé et roulent comme des pétés. Quand il y a un feu rouge, ils s'arrêtent trois mètres avant alors qu'ils sont à du 90. Ils ont vraiment un rapport ultra frontal à l'existence... Puis, tu ne peux pas causer. Ils ne parlent pas anglais." Mathieu: "On voulait manger dans un truc local. Ça, c'était super. De la bouffe bizarre avec des goûts bizarres." Remy: "Tu as une espèce de crêpe avec de la purée dedans." Mathieu: "Même aller acheter des bières est une expérience. Tu dois demander qu'on t'ouvre la porte des frigos. Je me suis fait hurler dessus. Tout va mieux le lendemain quand on te sert du champagne au petit déjeuner. Puis au festival, tu retrouves l'ambiance du monde de la musique, de la préparation de fêtes. La salle, tu te croirais à Berlin. Ce que ça pouvait être à une certaine époque. C'est pas clean comme l'AB. Il n'y a pas de panneau sur la façade. Après le soundcheck, on a visité Kazan. On est allés voir deux ou trois conneries. Tu as la vieille ville, son château bleu, genre Belle au bois dormant. Ça fait un peu Nouvelle-Orléans avec des façades de toutes les couleurs. Et tu as la ville actuelle toute grise avec de temps en temps une mosquée. Tu as aussi des trucs un peu coupe-gorge où tu as l'impression d'être en 1920." Remy: "Il faisait pas beau en plus. Donc gris sur gris, l'ambiance est quand même space. À un moment, on a traversé une route à douze voies sans marquage où tu avais un feu mais pas de passage piéton. Tu vois une grosse BMW qui passe et derrière un bus-tram électrique tout pourri. Tu as des trucs vraiment archaïques." Rémy: "Le festival s'étend sur trois jours et une bonne dizaine de scènes. On connaissait pas grand-chose: USSSy, Los Pirañas." Mathieu: "Le public était chaud. Il devait y avoir entre 200 et 300 personnes dans une salle de 400. Ils étaient tous ultra connectés avec leur téléphone à la main. Certains font des pogos, des slams. Les autres filment. Ça a vraiment été l'exutoire. Les spectateurs étaient vachement excités pour un groupe qu'ils ne connaissaient pas. Je leur ai dit: "C'est cool ici. Vous êtes tous vaccinés." Mais non, en fait. Les gens se foutent de ce que dit le politique. Donc, ils font pas ce qu'on leur demande. Et comme Vladimir veut rester au pouvoir, il va pas commencer à faire chier." Rémy: "Certains ne comprenaient pas comment on était arrivés là. "Vous avez obtenu des visas de travail? Comment vous avez fait? Ça fait cinq ans que j'essaie d'aller bosser en Allemagne, je suis diplômée pour et on me le refuse..." Le programmateur nous a dit qu'il connaissait quelqu'un à l'ambassade, que sinon ç'aurait été compliqué. Là, tu te dis: faut en profiter. C'est peut-être pas demain la veille qu'on reviendra jouer en Russie. Au moment de nous payer, le mec a voulu nous régler en dollars." Mathieu: "T'oublies de préciser qu'il a commencé par "Bonjour, je dois vous dire, je n'ai pas l'argent. J'ai un ami avec une jambe cassée. Peut-être qu'il a des euros." En plus, ils ont bougé l'avion du retour. Départ le lendemain de notre concert à six heures du matin..." Rémy: "Il a essayé de nous la jouer à l'envers. On a eu le fric comme prévu mais on n'a pas gagné grand-chose." Mathieu: "On a mis le pied dans la porte. Le cinquième album est enregistré et ce sera notre disque Covid. Le sixième est fait mais pas enregistré. On a un projet avec Spagguetta Orghasmmond. Un autre avec Art et marges. On construit le bazar comme une maison. Avec ses fondations, sa cave. On veut être le troisième petit cochon. Celui avec la casquette bleue. Ainsi, quand le vent se met à souffler comme avec la pandémie, la baraque peut tenir."