Chaînes d'hébergement vidéo, plateformes de streaming, sites de téléchargement, légaux ou pas... L'accès à la musique enregistrée, à toutes les musiques enregistrées, n'a jamais été aussi aisé que ces dernières années. Il en va cependant autrement pour le marché du concert, du spectacle vivant, davantage lié à des contingences financières. On ne fait pas comme ça, sans un rond et en un claquement de doigts, traverser la planète à sept Ghanéens, huit Indiens et aux musiques de niche. Dans un paysage potentiellement riche et aventureux, mais régi par la loi de l'offre et de la demande, Le Guess Who? et sa programmation curieuse, débridée, défricheuse sont une bénédiction.
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Chaînes d'hébergement vidéo, plateformes de streaming, sites de téléchargement, légaux ou pas... L'accès à la musique enregistrée, à toutes les musiques enregistrées, n'a jamais été aussi aisé que ces dernières années. Il en va cependant autrement pour le marché du concert, du spectacle vivant, davantage lié à des contingences financières. On ne fait pas comme ça, sans un rond et en un claquement de doigts, traverser la planète à sept Ghanéens, huit Indiens et aux musiques de niche. Dans un paysage potentiellement riche et aventureux, mais régi par la loi de l'offre et de la demande, Le Guess Who? et sa programmation curieuse, débridée, défricheuse sont une bénédiction. À Utrecht, du 7 au 10 novembre, pour sa treizième édition, le festival le plus excitant d'Europe (peut-être même du monde) a confié les manettes de sa curation à Fatoumata Diawara, Jenny Hval, Patrick Higgins, Iris van Herpen et Salvador Breed, The Bug et Moon Duo. Encore moins de têtes d'affiche que d'habitude, certes (les plus grosses s'appellent sans doute Deerhunter, Efterklang et Aldous Harding), mais une sélection pointue, des artistes rares, de complets outsiders, des premières européennes et des concerts parfois terriblement exigeants. Dans ce grand rassemblement de l'ailleurs, cette célébration des marges, cette ode à la curiosité qui rayonne dans 40 lieux culturels de la ville (complexe, clubs, cinéma, théâtre, musée, églises, ateliers...), la compositrice, chanteuse et clarinettiste afro-américaine Angel Bat Dawid a fait scintiller l'avant-garde jazz de Chicago et résonner des décennies de musique noire, mélangeant le free, le gospel et le hip-hop, accompagnée dans une prestation inoubliable par The Brothahood pour défendre un disque (The Oracle) enregistré seule aux quatre coins de la planète avec un téléphone portable. Le grand maître pakistanais Ustad Saami a débarqué avec ses fils pour ensorceler une église. Chanteur soufi et champion de l'improvisation, Saami a sorti, à 75 ans, son premier album - God Is Not a Terrorist- destiné à l'international, mariant les cultures religieuses de l'islam et de l'Inde. Nés sur les cendres encore chaudes (pas totalement éteintes d'ailleurs) de The Drones, les Australiens de Tropical Fuck Storm ont livré un concert incandescent. Furieux, fiévreux, tendu comme un string. Rappelant avec les suffocants Irlandais de Girl Band que crier à la mort du rock était autant une hérésie qu'une sacrée connerie. Le musicien avant-gardiste Patrick Higgins a présenté son étrange projet AEAEA avec Nicolas Jaar. Les Raincoats ont voyagé dans le temps et célébré non sans charme les 40 ans de leur premier album (Bradford Cox chassait les gens de son propre concert en recommandant d'aller les voir). Et Doug Hream Blunt a défendu sans convaincre un disque génial qu'il jouait lors de sa sortie ultra confidentielle dans des hôpitaux. Le chanteur et joueur de luth crétois Giorgos Xylouris avec le batteur australien Jim White (Xylouris White), le producteur et DJ allemand Mark Ernestus et ses percussifs amis sénégalais (Ndagga Rhythm Force)... Le Guess Who? a vibré dans la rencontre et le métissage. La musique en modèle de société...