Que veut encore dire la "liberté artistique" en 2015? A force d'avoir été galvaudé, étiré dans tous les sens, le terme ne se serait-il pas transformé en un concept creux? Voire carrément tarte à la crème? Comment l'apprécier encore d'ailleurs quand, faute de moyens financiers, les poches vidées par la crise du disque, les musiciens trouvent aujourd'hui de plus en plus souvent les plus grandes marges de manoeuvre chez de généreux sponsors/mécènes/marques plus ou moins désintéressés? Toutes ces questions, Stef Kamil Carlens a bien dû se les poser, et se les pose certainement encore. Mais en attendant de trouver une réponse définitive, l'éminence grise de Zita Swoon a préféré agir. La liberté "ne s'use que si l'on ne s'en sert pas"? Message bien reçu pour le musicien anversois, qui a décidé il y a quelques années d'ici de rompre avec la routine et les schémas pop classiques.

La dernière fois, c'était en 2009. La compilation To play, to dream, to drift - An anthology sonnait alors la fin de Zita Swoon "tel qu'on l'a connu" -soit l'embarcation lancée par le premier bassiste de dEUS pour satisfaire ses envies blues-pop-rock-funk. Depuis lors, Zita Swoon a changé de nature et de fonction. Rebaptisé Zita Swoon Group, il est devenu un véhicule multidisciplinaire, attiré autant par la musique que par la danse, le cinéma, les arts plastiques ou le théâtre. Nothing That Is Everything en est le dernier -brillant- exemple.

Poésie sonore

Pour ce nouveau projet, monté au Kaaitheater au printemps dernier, le Zita Swoon Group s'est attaqué au mouvement Dada. Avec le fidèle Aarich Jespers, Stef Kamil Carlens s'est en effet lancé dans une relecture de la représentation qui fut donnée au Cabaret Voltaire de Zurich, en 1916 (le morceau Karawane People, par exemple, est une référence directe au fameux poème sonore d'Hugo Ball). A l'époque, le geste était volontairement extrême: bousculés par les horreurs de la Première Guerre mondiale, les artistes Dada s'étaient donné pour but de faire table rase de toutes les conventions artistiques et idéologiques, notamment en passant par l'absurde. Cent ans plus tard, Dada n'a rien perdu de son côté subversif. Mis en scène par le Zita Swoon Group, coaché par le chorégraphe Jan Lauwers, Nothing That Is Everything réussit toutefois à ne pas tomber dans l'ésotérique ou l'abscons. Coloré, drôle, et énergique, le spectacle est à la fois énigmatique et euphorisant, relecture pop qui n'oublie pas de souligner à quel point l'époque actuelle peut facilement trouver des échos dans les tourments -politiques, sociaux, économiques...- qui agitaient déjà Tristan Tzara et ses camarades...

Certes, l'album Nothing That Is Everything ne prend véritablement tout son sens que joué sur scène -en cela, il ne faudra pas louper les prochains passages de la troupe de Stef Kamil, prévus notamment à Bruxelles et Liège. Sa traduction sur disque laisse malgré tout bien entrevoir la fantaisie du spectacle, le Zita Swoon Group laissant tomber assez de petits cailloux (le funk de Dada For Spring Radio, la no wave de Why Say It Once, la ballade/comptine Sleep-Dance-Sleep...) pour ne jamais perdre l'auditeur curieux.

DISTRIBUÉ PAR STARMAN.

EN CONCERT LE 09/10 AU FESTIVAL FRANCOFAUNE; LE 28/11 À LA CASERNE FONCK, LIÈGE...

Que veut encore dire la "liberté artistique" en 2015? A force d'avoir été galvaudé, étiré dans tous les sens, le terme ne se serait-il pas transformé en un concept creux? Voire carrément tarte à la crème? Comment l'apprécier encore d'ailleurs quand, faute de moyens financiers, les poches vidées par la crise du disque, les musiciens trouvent aujourd'hui de plus en plus souvent les plus grandes marges de manoeuvre chez de généreux sponsors/mécènes/marques plus ou moins désintéressés? Toutes ces questions, Stef Kamil Carlens a bien dû se les poser, et se les pose certainement encore. Mais en attendant de trouver une réponse définitive, l'éminence grise de Zita Swoon a préféré agir. La liberté "ne s'use que si l'on ne s'en sert pas"? Message bien reçu pour le musicien anversois, qui a décidé il y a quelques années d'ici de rompre avec la routine et les schémas pop classiques. La dernière fois, c'était en 2009. La compilation To play, to dream, to drift - An anthology sonnait alors la fin de Zita Swoon "tel qu'on l'a connu" -soit l'embarcation lancée par le premier bassiste de dEUS pour satisfaire ses envies blues-pop-rock-funk. Depuis lors, Zita Swoon a changé de nature et de fonction. Rebaptisé Zita Swoon Group, il est devenu un véhicule multidisciplinaire, attiré autant par la musique que par la danse, le cinéma, les arts plastiques ou le théâtre. Nothing That Is Everything en est le dernier -brillant- exemple. Pour ce nouveau projet, monté au Kaaitheater au printemps dernier, le Zita Swoon Group s'est attaqué au mouvement Dada. Avec le fidèle Aarich Jespers, Stef Kamil Carlens s'est en effet lancé dans une relecture de la représentation qui fut donnée au Cabaret Voltaire de Zurich, en 1916 (le morceau Karawane People, par exemple, est une référence directe au fameux poème sonore d'Hugo Ball). A l'époque, le geste était volontairement extrême: bousculés par les horreurs de la Première Guerre mondiale, les artistes Dada s'étaient donné pour but de faire table rase de toutes les conventions artistiques et idéologiques, notamment en passant par l'absurde. Cent ans plus tard, Dada n'a rien perdu de son côté subversif. Mis en scène par le Zita Swoon Group, coaché par le chorégraphe Jan Lauwers, Nothing That Is Everything réussit toutefois à ne pas tomber dans l'ésotérique ou l'abscons. Coloré, drôle, et énergique, le spectacle est à la fois énigmatique et euphorisant, relecture pop qui n'oublie pas de souligner à quel point l'époque actuelle peut facilement trouver des échos dans les tourments -politiques, sociaux, économiques...- qui agitaient déjà Tristan Tzara et ses camarades... Certes, l'album Nothing That Is Everything ne prend véritablement tout son sens que joué sur scène -en cela, il ne faudra pas louper les prochains passages de la troupe de Stef Kamil, prévus notamment à Bruxelles et Liège. Sa traduction sur disque laisse malgré tout bien entrevoir la fantaisie du spectacle, le Zita Swoon Group laissant tomber assez de petits cailloux (le funk de Dada For Spring Radio, la no wave de Why Say It Once, la ballade/comptine Sleep-Dance-Sleep...) pour ne jamais perdre l'auditeur curieux.