Focus parle peu de reggae et de ses formes plus contemporaines: au-delà de la place rédactionnelle disponible, la réponse est plus systémique. Le genre mondialisé par Marley il y a près d'un demi-siècle s'est vu dépassé par d'autres réflexes de consommation auprès du public international, par le rap notamment. Et des albums souvent pauvrement distribués, en tout cas sur le continent européen. Dans un domaine où l'objet, de préférence vinyle, conserve les faveurs des amateurs. Pourtant, chez les dubeux/dreadeux, y compris en Belgique et du côté de l'Atelier 210 brux...

Focus parle peu de reggae et de ses formes plus contemporaines: au-delà de la place rédactionnelle disponible, la réponse est plus systémique. Le genre mondialisé par Marley il y a près d'un demi-siècle s'est vu dépassé par d'autres réflexes de consommation auprès du public international, par le rap notamment. Et des albums souvent pauvrement distribués, en tout cas sur le continent européen. Dans un domaine où l'objet, de préférence vinyle, conserve les faveurs des amateurs. Pourtant, chez les dubeux/dreadeux, y compris en Belgique et du côté de l'Atelier 210 bruxellois, le flow jamaïcain continue de faire rêver, danser et spliffer. Via des sensations tropicales, mêlées de rastafarisme, de sound-system grondant, de fantasmes vegan et d'un Kingston éternellement électrique, le nom d'U-Roy reste majeur. Né en 1942 dans une famille d'advendistes du septième jour -d'obédience protestante-, U a été parmi les premiers à reprendre l'art du toasting. Soit le fait d'improviser sur des instrumentaux spécifiquement faits pour les DJ. Il est parmi les pionniers de ce qui est initialement conçu pour des soirées live avec sono, que, petite révolution, il amène en studio. D'où une réputation de toaster qui va rapidement dépasser les Caraïbes et gagner d'abord la Grande-Bretagne, l'ex-colonisateur aux 800.000 citoyens originaires de l'île. Moralité: il ne faut pas forcément connaître ce contexte ou être obsédé par les confluences reggae pour aimer Solid Gold. Tant le chaloupement naturel de la musique et sa séduisante gravité opèrent bien. Bouclé avant que U-Roy ne casse sa pipe en février 2021, cet album propose une forme intemporelle de reggae: ancré dans les seventies avec des camarades vintage à la Robbie Shakespeare, mais largement revu à l'aune contemporaine. U-Roy, 77 ans lors des sessions d'enregistrement, pose sa voix comme le bras de la platine sur le plastique noir. Directement au coeur du sujet, naturel et groovy. Alors que le rythme général est plutôt indolent, un morceau comme Wake the Town booste le beat et rappelle l'amour d'U-Roy pour les crooners rapides à la Louis Prima, influence majeure avec James Brown, Rufus Thomas et même Fats Domino. Sinon, les douze titres s'enchaînent si facilement qu'il faut juste s'y laisser aller. Le genre d'album qui engrange des invités aussi différents que David Hinds (Steel Pulse) ou Jesse Royal, brillant Jamaïcain de 32 piges. Et puis, il y a ce morceau auquel il est inutile de résister, Every Knee Shall Bow. U-Roy, dans toute sa magnificence et réverbération démente, y est rejoint par l'autre légende vocale, Big Youth. Et Mick Jones, des Clash, qui fait turbiner des guitares obsédées. Pour 15 minutes et 19 secondes épiques. Bon, si toi, lecteur, tu ne bouges pas là-dessus, c'est que tu es probablement mort...