L'album commence comme une confession intime. Hormis une nappe de clavier, encore lointaine, seule la voix s'avance. C'est celle d'un jeune homme. Il annonce: "Right now I don't have a backup plan for if I don't make it/But even if..." Pause. Avant de conclure, "I'll just decide to move on" ("Aujourd'hui, je n'ai pas de plan B si cela ne marche pas/Mais même si... /je déciderai juste de continuer"). Répété tout le long, le sample charrie à la fois la volonté têtue et le doute tenace, inhérent à tous ceux qui décident de se lancer dans le vide. Il est l'un des nombreux échantillons vocaux péchés sur YouTube, et qui forment le fil conducteur de Potential, deuxième album de The Range, alias James Hinton.

Agé de 27 ans, l'Américain fait partie de l'ultime génération qui se souviendra de la première fois où elle se sera rendue sur Internet, fait remarquer son label. Ceux arrivés après seront nés avec le Web: il aura perdu pour eux toute étrangeté. Les digital natives n'auront peut-être même plus accès aux utopies initiales. Comme cette idée que n'importe qui pouvait réussir en grillant la politesse aux circuits traditionnels: au final, la plateforme MySpace a fait long feu, tandis que l'une des seules grosses vedettes nées sur YouTube se nomme Justin Bieber... Aujourd'hui, Internet ressemble surtout à un puits sans fond. Un magma d'infos et de voix indiscernables.

C'est pourtant là qu'a pioché Hinton pour son nouvel album. Sampler des voix sur le Net n'est pas neuf. Mais avec Potential, le producteur électronique a mis les formes. Notamment en allant fouiller dans les recoins les moins populaires de YouTube. Dans une interview à Pitchfork, Hinton explique comment il a manipulé les filtres, déconstruit les algorithmes, pour parvenir en terrain anonyme, au fin fond de la plateforme. Pour le titre Florida, par exemple, il sample une jeune inconnue qui reprend le tube d'Ariana Grande, You'll Never Know (aujourd'hui encore, la vidéo ne compte pas 6 000 vues). Greffée sur l'electronica de The Range, la voix flotte, dérive, mais reste toujours le point d'attraction principal du morceau.

Au cours de ses "fouilles", le producteur a pris soin de contacter chacun des intervenants. Car l'histoire est aussi, voire surtout, humaine. Hinton explique par exemple avoir abandonné un sample après avoir discuté avec son auteur, passablement insupportable... A l'inverse, il raconte comment les 40 secondes de freestyle d'un gamin de Londres (Kruddy Zak), évoquant 2009, ont pu résonner avec son histoire personnelle (l'année du décès de sa mère)...

Bizarrement, avec son mélange de UK garage, d'ambiance grime, ou de relents post-dubstep, l'album de The Range sonne très anglais. Peut-être parce que la plupart des extraits le sont également. A moins que ce ne soit une question d'humeur: majoritairement noctambule, à la fois solitaire et communautaire. Sentimentale aussi, comme un retour de rave, à rêver à moitié éveillé à la journée suivante. Où le soleil ne se lèvera pas tant sur le chaos que sur les potentialités à réaliser.

DISTRIBUÉ PAR DOMINO.

L'album commence comme une confession intime. Hormis une nappe de clavier, encore lointaine, seule la voix s'avance. C'est celle d'un jeune homme. Il annonce: "Right now I don't have a backup plan for if I don't make it/But even if..." Pause. Avant de conclure, "I'll just decide to move on" ("Aujourd'hui, je n'ai pas de plan B si cela ne marche pas/Mais même si... /je déciderai juste de continuer"). Répété tout le long, le sample charrie à la fois la volonté têtue et le doute tenace, inhérent à tous ceux qui décident de se lancer dans le vide. Il est l'un des nombreux échantillons vocaux péchés sur YouTube, et qui forment le fil conducteur de Potential, deuxième album de The Range, alias James Hinton. Agé de 27 ans, l'Américain fait partie de l'ultime génération qui se souviendra de la première fois où elle se sera rendue sur Internet, fait remarquer son label. Ceux arrivés après seront nés avec le Web: il aura perdu pour eux toute étrangeté. Les digital natives n'auront peut-être même plus accès aux utopies initiales. Comme cette idée que n'importe qui pouvait réussir en grillant la politesse aux circuits traditionnels: au final, la plateforme MySpace a fait long feu, tandis que l'une des seules grosses vedettes nées sur YouTube se nomme Justin Bieber... Aujourd'hui, Internet ressemble surtout à un puits sans fond. Un magma d'infos et de voix indiscernables. C'est pourtant là qu'a pioché Hinton pour son nouvel album. Sampler des voix sur le Net n'est pas neuf. Mais avec Potential, le producteur électronique a mis les formes. Notamment en allant fouiller dans les recoins les moins populaires de YouTube. Dans une interview à Pitchfork, Hinton explique comment il a manipulé les filtres, déconstruit les algorithmes, pour parvenir en terrain anonyme, au fin fond de la plateforme. Pour le titre Florida, par exemple, il sample une jeune inconnue qui reprend le tube d'Ariana Grande, You'll Never Know (aujourd'hui encore, la vidéo ne compte pas 6 000 vues). Greffée sur l'electronica de The Range, la voix flotte, dérive, mais reste toujours le point d'attraction principal du morceau. Au cours de ses "fouilles", le producteur a pris soin de contacter chacun des intervenants. Car l'histoire est aussi, voire surtout, humaine. Hinton explique par exemple avoir abandonné un sample après avoir discuté avec son auteur, passablement insupportable... A l'inverse, il raconte comment les 40 secondes de freestyle d'un gamin de Londres (Kruddy Zak), évoquant 2009, ont pu résonner avec son histoire personnelle (l'année du décès de sa mère)... Bizarrement, avec son mélange de UK garage, d'ambiance grime, ou de relents post-dubstep, l'album de The Range sonne très anglais. Peut-être parce que la plupart des extraits le sont également. A moins que ce ne soit une question d'humeur: majoritairement noctambule, à la fois solitaire et communautaire. Sentimentale aussi, comme un retour de rave, à rêver à moitié éveillé à la journée suivante. Où le soleil ne se lèvera pas tant sur le chaos que sur les potentialités à réaliser.