Il y a un an quasi jour pour jour, James Blake sortait son septième EP, Before, un quatre titres renouant farouchement avec ses amours dance de jeunesse. Lorsqu'en début de vingtaine, le futur artiste-producteur se produisait dans les clubs du sud de Londres muni d'un répertoire dubstep. Et puis, deux mois plus tard, toujours en format EP, Blake offrait des reprises perso de Billie Eilish et Frank Ocean. Un musicien qui fouine et cherche, visiblement. En ce début d'automne 2021, à la sortie de ce cinquième album comme tant d'autres retardé pour cause de corona, le tr...

Il y a un an quasi jour pour jour, James Blake sortait son septième EP, Before, un quatre titres renouant farouchement avec ses amours dance de jeunesse. Lorsqu'en début de vingtaine, le futur artiste-producteur se produisait dans les clubs du sud de Londres muni d'un répertoire dubstep. Et puis, deux mois plus tard, toujours en format EP, Blake offrait des reprises perso de Billie Eilish et Frank Ocean. Un musicien qui fouine et cherche, visiblement. En ce début d'automne 2021, à la sortie de ce cinquième album comme tant d'autres retardé pour cause de corona, le trentenaire (1988) est désormais installé à Los Angeles. On peut y voir cette fascination des Britanniques pour le plus lucratif marché mondial et l'appel physique des musiques noires, tradition UK depuis au moins les premiers pas des Beatles et des Stones. Sauf, bien sûr, que Blake ne revisite pas stricto sensu le Mississippi et compagnie. Il en expurge le jus, le sel, le terreau tout en restant fidèle à son ADN: un jeune homme blanc ayant grandi dans la vieille Albion, utilisateur de synthés et de programmations. En chimie, cela s'appellerait sans doute une bombe à fragmentation et à retardement. Parce que si on envisage ici ces douze nouveaux morceaux sous l'angle de la digestion, il faudra donner un peu de temps à la déglutition pour toucher au plaisir. Et en comprendre les enjeux et questions posés. L'affaire commence dès la pochette, portrait de James que n'aurait pas renié Magritte. Blake y est fracturé et troué, poétique. Mot galvaudé qui colle néanmoins aux basques d'un album transgenre. Et puis toujours en référence à la couverture de l'album où trône un James Blake sectionné/multiple, on pense forcément qu'il s'agit d'une allégorie de son état d'esprit, y compris musical. En fait, avec sa voix haut perchée -notamment dans Life Is Not the Same-, Blake se place déjà au-delà du binaire, comme un masculin qui éviterait le syndrome du mâle alpha. La séduction de l'album vient du chant, parfois exceptionnel dans son pitch, mais tout autant dans sa globalité sonore. Celle-ci n'est pas banale: Blake pousse les synthés et consorts dans leurs retranchements, truque la narration auditive et partage des invitations. Soit une tripotée de gens à la production -six, lui inclus comme sa copine Jameela Jamil- et des guests, comme les rappeurs SZA et JID et la vocaliste folk-pop Monica Martin. Tous Afro-Américains. Cela donne un ensemble riche et fruité, et la nette indication que le pâle blanc-bec n'en a pas fini de donner des couleurs à sa musique. Comme dans le superbe Say What You Will, mid-tempo où James, tout en falsetto, prend de la distance, dans un clip où il se fait constamment dépasser par Finneas, oui, le frère de Miss Eilish. Humour chez les romantiques, espèce plutôt rare.