Il y a quelques semaines, Hubert Lenoir ouvrait un long texte (qu'il demandait de lire avant d'écouter son nouvel album) par le récit d'un passage à tabac, le sien, dans un restaurant libanais de Québec à 2 heures du matin, en 2012. "À la table à côté de moi, trois gars commencent à m'insulter en parlant homophobe pendant que je mange mon taboulé. Je n'ai jamais tellement eu peur de ce que les insultes véhiculent dans leur contenu, mais je suis terrifié de ce qu'elles représentent socialement, tranchantes dans leur livraison, pressées de te séparer du reste du monde, des gens qui dorment et d...

Il y a quelques semaines, Hubert Lenoir ouvrait un long texte (qu'il demandait de lire avant d'écouter son nouvel album) par le récit d'un passage à tabac, le sien, dans un restaurant libanais de Québec à 2 heures du matin, en 2012. "À la table à côté de moi, trois gars commencent à m'insulter en parlant homophobe pendant que je mange mon taboulé. Je n'ai jamais tellement eu peur de ce que les insultes véhiculent dans leur contenu, mais je suis terrifié de ce qu'elles représentent socialement, tranchantes dans leur livraison, pressées de te séparer du reste du monde, des gens qui dorment et des autres qui mangent juste à côté sans relever les yeux. Dans un dernier élan pour protéger ma dignité, je lance mon fond de Nestea dans leur direction." Ensuite, il y aura les coups de poing. "Comme la fatalité d'un monde moderne." Un monde injuste et méchant, comme il dit, venu faire sa connaissance et le cogner en pleine face. Les mentalités évoluent. Mais jamais assez vite. Et si le succès de Darlène, son premier album, lui avait pratiquement fait oublier que la vie été rough, la célébrité et les controverses allaient se charger de lui rappeler qu'il était " un épouvantail, un alien, une moufette". Cette inadaptation dans un monde qui se soigne mais où beaucoup refusent encore de prendre le vaccin contre la connerie, Lenoir la partage à tous les échelons de son disque. Qu'il le dise poétiquement. "Je n'ai rien en commun. Je préfère flairer mon parfum que d'attendre l'approbation de quelqu'un." Ou de manière plus punk. "Combien de filles y faut j'fuck pour que mes amis m'admirent? Combien de dicks y faut j'suck pour que je sois assez queer?" Composé et enregistré sur deux ans entre Québec, Montréal, Los Angeles, Paris et Tokyo, Pictura de ipse: musique directe est un autoportrait sonore. Un récit autobiographique fragmenté. Un disque d'une audace assez folle, inspiré par le travail de Pierre Falardeau et Michel Brault, pionniers du cinéma direct qui grâce à des enregistrements vidéo captés dans un contexte naturel parvenaient à raconter la vérité à partir du réel. Crise identitaire et affirmation de soi. Amitiés perdues... Parmi les 20 morceaux du disque, huit sont des interludes. Des intermèdes complètement fous, parfois bruitistes, dans lesquels Crabe reprend du Charlebois et sur lesquels Lenoir juxtapose des instants captés à l'aéroport ou dans la voiture. Des bouts de conversation, des confessions, des bruits de la vie. Les treize secondes d'Uber Lenoir, c'est confirmé font penser à du Chassol. Quatre-quarts ressemble à un croisement funky entre M et Prince. Là où Hula-hoop s'offre des boucles de saxophone... Mac DeMarco (Secret), le beatmaker High Klassified (Dimanche soir) ou encore la chanteuse Bonnie Banane (Octembre) participent à ce disque pop et labyrinthique, intime et exubérant, qui aime le rap, le field recording, le jazz et le r'n'b. Timbré comme nous tous.