Cet ambitieux projet musical, conçu entre Los Angeles et Londres aux studios Air durant cinq ans, offre une dialectique particulière entre le trentenaire DJ-producteur-musicien de Manchester Sam Sheperd, alias Floating Points, et l'octogénaire originaire de l'Arkansas, Pharoah Sanders. Le premier a étudié les neurosciences, le second se plonge dès les années 60 dans l'ésotérisme et la spiritualité. Non seulement il fait un bout de parcours historique avec John Coltrane (1926-1967), mais il multiplie par la suite les expériences de spiritual jazz, en compagni...

Cet ambitieux projet musical, conçu entre Los Angeles et Londres aux studios Air durant cinq ans, offre une dialectique particulière entre le trentenaire DJ-producteur-musicien de Manchester Sam Sheperd, alias Floating Points, et l'octogénaire originaire de l'Arkansas, Pharoah Sanders. Le premier a étudié les neurosciences, le second se plonge dès les années 60 dans l'ésotérisme et la spiritualité. Non seulement il fait un bout de parcours historique avec John Coltrane (1926-1967), mais il multiplie par la suite les expériences de spiritual jazz, en compagnie d'Alice Coltrane comme dans ses propres albums. Par exemple dans Summun Bukmun Umyun, paru en 1970 , où l'on retrouve une quête de l'infini musical, le questionnement du karma, du monothéisme religieux et des emprunts au high-life façon Fela et aux musiques folk arabes. Cette dilatation des genres marque à jamais son jeu au sax ténor, nourri du free d'Albert Ayler et des conceptions spatiales de Sun Ra. Qui supporte et encourage Pharoah lorsque celui-ci débarque à New York au début des années 60. Guère étonnant que ce Promises ait cette dimension-là, lyrique, cinématographique, cosmique. Quarante-six minutes de musique sans discontinuité, qui semblent explorer l'univers parallèle d'une matière en suspension, dessinée par l'élégance du London Symphony Orchestra et ses cordes volontiers fondues dans l'électronique tactile de Floating Points. De la haute couture orchestrale qui privilégie un thème récurrent et, volontiers, le tempo lent: par exemple dans les quasi neuf minutes de Movement 6 où un violon esseulé répond à des accords de piano, pareillement célibataires. Jusqu'au moment où le courant de la musique commence à gonfler, d'autres couches instrumentales dessinant alors une sorte de soundtrack hollywoodien de grand cru. Autant en emporte le temps. Avec ce qui fait grandement la particularité de ce disque, l'implication de Pharoah Sanders. L'Américain, qui n'a plus sorti d'enregistrement solo depuis 2003, y est à la fois essentiel et caméléon. Il lui arrive de se planquer dans le décor son, ce qui rend ses interventions au premier plan aussi chirurgicales que précieuses.Son toucher justifie la déclaration d'Ornette Coleman affirmant que Sanders est bien le plus formidable sax ténor de l'Histoire du jazz. Ainsi, il faut entendre comment, à 80 ans, dans l'aventureux septième Movement, il fait sonner son instrument. Au point que l'auditeur ressente physiquement jusqu'à la vibration intime du laiton, comme si l'alliage de cuivre et de zinc allait s'écouler des enceintes. La caresse de Sanders faisant alors place à une frénésie quasi free, chamboulant, une nouvelle fois, la direction de la musique. Avant de retrouver le thème de l'album...