En ces temps périlleux, tous les artistes sont, physiquement, coupés de leur public.

Violemment réduits au silence, déconnectés d'une vocation qui plonge leurs racines depuis la plus tendre enfance, et dès lors, d'eux-mêmes.

Ce moment douloureux incite un nombre de plus en plus important d'entre eux à dénoncer la précarité de leur situation matérielle, et il s'agit bien sûr d'une démarche absolument légitime.

Sans altérer aucunement la puissance de ce souffle vital, cette déflagration sociale, voire sociétale, ne serait-elle pas une occasion aussi exceptionnelle qu'indispensable de mener une réflexion sur ce que représente la profession de musicien professionnel dans notre société?

Ces derniers temps, les "initiatives artistiques" et autres gestes de solidarité se sont multipliés: sur les balcons, dans les jardins pour soutenir le personnel soignant qui fait un travail exemplaire ou encore pour apporter du baume au coeur aux personnes confinées dans les homes. J'ai également participé à ce soutien.

Malgré le côté sympathique de la chose, cette situation cache, malheureusement, une confusion qu'il serait bon d'éclaircir; je rebondis sur l'excellent slogan concernant la vaccination diffusé chaque jour par la RTBF avant le JT où l'on explique qu'on ne demanderait pas à une infirmière de vendre des fleurs ou à un plombier de réparer votre voiture: au même titre, on ne peut pas demander à une personne lambda de se dire musicien professionnel...

En effet, dans l'esprit du grand public, ceux-ci ne sont pas toujours clairement reconnus et sont surtout, d'un point vue social, très peu protégés.

Leur système de fonctionnement est très différent des autres métiers (alors qu'il leur aura fallu entre 14 et 16 années d'études pour obtenir leurs diplômes) et donc peut échapper à une perception précise des diverses implications.

Je voudrais rappeler brièvement les statuts qui leur sont proposés: soit ils sont salariés en tant que professeur ou membre fixe dans un orchestre, soit indépendants à titre principal obligeant de facto à des revenus de concerts substantiels, soit indépendants complémentaires -complément d'un contrat de travail de professeur, ou encore ils bénéficient du "statut d'artiste".

Mais en tant que pianiste-concertiste, je suis "indépendante complémentaire" et ne touche dès lors aucune allocation ni aucune compensation pour les concerts annulés, ce pour une période qui s'annonce très longue.

Ce n'est pas gagné de reconquérir un public frileux, paralysé à juste titre par le virus, se demandant si les salles de concerts permettront une distanciation suffisante, proposeront des masques, du gel, si elles seront désinfectées... Il va falloir du temps pour oser se rassembler à nouveau, vaincre la peur ressentir par le public de se retrouver dans un lieu clos, entouré d'autres personnes.

La demande est ici de faire reconnaître de manière officielle le métier de musicien professionnel pour lequel un travail acharné a été fourni pendant des années.

À l'instar de l'Ordre des médecins, ne pourrait-on pas envisager une instance propre aux musiciens qui pourrait leur venir en aide dans des situations telles que celle que nous connaissons actuellement?

Nous avons la chance d'avoir en Belgique huit Conservatoires Royaux ou Hautes-Ecoles qui délivrent des diplômes de niveau supérieur non-universitaire (contre seulement 2 CNSM en France) et qui dispensent un enseignement de la Musique de grande qualité. Mettons-les à l'honneur de manière digne et respectueuse!

Je vous remercie d'avance, Madame la ministre de la Culture, de la considération que vous porterez à notre inquiétude et à notre attente.

Eliane Reyes

En ces temps périlleux, tous les artistes sont, physiquement, coupés de leur public.Violemment réduits au silence, déconnectés d'une vocation qui plonge leurs racines depuis la plus tendre enfance, et dès lors, d'eux-mêmes.Ce moment douloureux incite un nombre de plus en plus important d'entre eux à dénoncer la précarité de leur situation matérielle, et il s'agit bien sûr d'une démarche absolument légitime.Sans altérer aucunement la puissance de ce souffle vital, cette déflagration sociale, voire sociétale, ne serait-elle pas une occasion aussi exceptionnelle qu'indispensable de mener une réflexion sur ce que représente la profession de musicien professionnel dans notre société?Ces derniers temps, les "initiatives artistiques" et autres gestes de solidarité se sont multipliés: sur les balcons, dans les jardins pour soutenir le personnel soignant qui fait un travail exemplaire ou encore pour apporter du baume au coeur aux personnes confinées dans les homes. J'ai également participé à ce soutien.Malgré le côté sympathique de la chose, cette situation cache, malheureusement, une confusion qu'il serait bon d'éclaircir; je rebondis sur l'excellent slogan concernant la vaccination diffusé chaque jour par la RTBF avant le JT où l'on explique qu'on ne demanderait pas à une infirmière de vendre des fleurs ou à un plombier de réparer votre voiture: au même titre, on ne peut pas demander à une personne lambda de se dire musicien professionnel...En effet, dans l'esprit du grand public, ceux-ci ne sont pas toujours clairement reconnus et sont surtout, d'un point vue social, très peu protégés.Leur système de fonctionnement est très différent des autres métiers (alors qu'il leur aura fallu entre 14 et 16 années d'études pour obtenir leurs diplômes) et donc peut échapper à une perception précise des diverses implications.Je voudrais rappeler brièvement les statuts qui leur sont proposés: soit ils sont salariés en tant que professeur ou membre fixe dans un orchestre, soit indépendants à titre principal obligeant de facto à des revenus de concerts substantiels, soit indépendants complémentaires -complément d'un contrat de travail de professeur, ou encore ils bénéficient du "statut d'artiste".Mais en tant que pianiste-concertiste, je suis "indépendante complémentaire" et ne touche dès lors aucune allocation ni aucune compensation pour les concerts annulés, ce pour une période qui s'annonce très longue.Ce n'est pas gagné de reconquérir un public frileux, paralysé à juste titre par le virus, se demandant si les salles de concerts permettront une distanciation suffisante, proposeront des masques, du gel, si elles seront désinfectées... Il va falloir du temps pour oser se rassembler à nouveau, vaincre la peur ressentir par le public de se retrouver dans un lieu clos, entouré d'autres personnes.La demande est ici de faire reconnaître de manière officielle le métier de musicien professionnel pour lequel un travail acharné a été fourni pendant des années. À l'instar de l'Ordre des médecins, ne pourrait-on pas envisager une instance propre aux musiciens qui pourrait leur venir en aide dans des situations telles que celle que nous connaissons actuellement?Nous avons la chance d'avoir en Belgique huit Conservatoires Royaux ou Hautes-Ecoles qui délivrent des diplômes de niveau supérieur non-universitaire (contre seulement 2 CNSM en France) et qui dispensent un enseignement de la Musique de grande qualité. Mettons-les à l'honneur de manière digne et respectueuse!Je vous remercie d'avance, Madame la ministre de la Culture, de la considération que vous porterez à notre inquiétude et à notre attente.Eliane Reyes