Dans un coin du jardin, la plante vivace commence à être imposante. "Encagées" dans une structure métallique, les feuilles de la belladone prennent en effet de plus en plus de place. "On précisera bien au visiteur qu'il ne faut pas la toucher. La plante est très toxique!", prévient Aline Bouvy. L'artiste bruxelloise est à l'origine de l'installation, présentée dans le cadre de l'exposition Flying on the Raven's Wing du Horst festival. Sur l'immense site Asiat, à Vilvorde, juste à côté de Bruxelles, elle n'est pas la plus simple à trouver, planquée dans des buissons adossés à un bâtiment à l'abandon. "Quand on le regarde bien, le bloc a presque une forme d'église. Ça donne un côté jardin médiéval au sous-bois." La plasticienne y a installé une cage en forme de cloche, dont les quatre arcs dessinent un profil de femme. À l'intérieur, pousse l'atropa belladonna, avec ses fameuses baies, appelées parfois les "cerises du diable" -pas question de les avaler. Durant la Renaissance, les femmes se versaient bien quelques gouttes de leur jus pour dilater leurs pupilles, synonyme de beauté. Mais, pendant le Moyen-Âge, la belladone a surtout été associée à des rituels maléfiques: elle é...

Dans un coin du jardin, la plante vivace commence à être imposante. "Encagées" dans une structure métallique, les feuilles de la belladone prennent en effet de plus en plus de place. "On précisera bien au visiteur qu'il ne faut pas la toucher. La plante est très toxique!", prévient Aline Bouvy. L'artiste bruxelloise est à l'origine de l'installation, présentée dans le cadre de l'exposition Flying on the Raven's Wing du Horst festival. Sur l'immense site Asiat, à Vilvorde, juste à côté de Bruxelles, elle n'est pas la plus simple à trouver, planquée dans des buissons adossés à un bâtiment à l'abandon. "Quand on le regarde bien, le bloc a presque une forme d'église. Ça donne un côté jardin médiéval au sous-bois." La plasticienne y a installé une cage en forme de cloche, dont les quatre arcs dessinent un profil de femme. À l'intérieur, pousse l'atropa belladonna, avec ses fameuses baies, appelées parfois les "cerises du diable" -pas question de les avaler. Durant la Renaissance, les femmes se versaient bien quelques gouttes de leur jus pour dilater leurs pupilles, synonyme de beauté. Mais, pendant le Moyen-Âge, la belladone a surtout été associée à des rituels maléfiques: elle était censée provoquer la transe de celles que l'on désignait comme sorcières, et qui étaient envoyées sur le bûcher. "La structure métallique peut aussi rappeler les instruments de torture utilisés sur ces femmes." Ironie du sort: aujourd'hui, l'un "des seuls médicaments contenant l'atropine de la belladone est le Buscopan, généralement utilisé pour les crampes menstruelles"... Aline Bouvy est l'une des neuf artistes présents à l'affiche de l'exposition du Horst. Avec un fil rouge évident. "Après une année sous Covid où les écrans ont plus que jamais mobilisé notre attention, il nous semblait important de construire une réflexion autour du corps", explique Evelyn Simons, curatrice du parcours. Les corps qui se rejoignent, s'allient, protestent. Et surtout qui dansent. Puisque c'est bien l'autre "fixette" du festival: à côté de l'expo, Horst est aussi, voire surtout, un festival de musiques électroniques parmi les plus audacieux et aventureux du calendrier. Même avec le coronavirus comme épée de Damoclès au-dessus de la tête, le programme de l'édition 2021 ne manque pas d'allure, avec, notamment, Jeff Mills, Teki Latex et India Jordan. C'est en 2014 qu'Horst a vu le jour. Il tire son nom du château qui lui servait alors de décor, du côté d'Holsbeek, dans le Brabant flamand, à un quart d'heure de Louvain. Dès sa première édition, le festival incluait déjà une partie arts visuels à son programme. Cet ADN arty va être confirmé et développé, année après année. En 2018, l'événement devra toutefois déménager, victime de son succès. Un an plus tard, il atterrit à Vilvorde, sur le site Asiat. Bordé par une centrale à gaz et ses deux immenses tours de refroidissement, le terrain est un ancien domaine militaire. Délaissé depuis 2008, il prenait la voie d'un chancre -lors de la soirée du Nouvel An 2016, une rave party avait même été interrompue par la police-, jusqu'à ce que la commune rachète l'endroit. Depuis, Horst y a installé ses quartiers. Ses organisateurs ont même reçu les clés de l'endroit pour les dix prochaines années, avec mission d'en faire une sorte de hub socio-culturel. Dont le festival sera l'un des principaux points de gravité. Annulé l'an dernier -plus besoin de rappeler pourquoi-, Horst retrouve aujourd'hui une formule quasi "normale". Avec la musique, les arts plastiques, mais aussi un "laboratoire". En juillet dernier, le Horst Lab a accueilli une centaine de jeunes, venus du monde entier, pour participer à des conférences, ateliers, etc., ou mettre la main à la pâte sur l'une ou l'autre installation. À nouveau, les thématiques abordées tournent autour de la musique -la dance dans les années 2020, l'afrofuturisme, etc.-, mais aussi du design, des arts visuels et de l'architecture. Avec toujours la volonté de croiser les disciplines, voire de les intégrer. L'une des illustrations les plus spectaculaires de cet état d'esprit est la BO qu'a spécialement composée Jeff Mills pour Becoming Plant -diffusé pendant le festival, le court métrage de Grace Ndiritu suit six danseurs qui ont accepté de prendre ensemble des substances psychédéliques. Dans un coin du site, l'installation de l'artiste Marinella Senatore délimitera, elle, l'une des scènes électro. L'Italienne a imaginé un "luminarie", ces luminaires traditionnels ornementaux que l'on retrouve partout dans les Pouilles. Collaborant avec des artisans locaux, elle a "détourné" ces grandes structures LED, très baroques, pour y glisser des messages politiques -féministes notamment, en reprenant des extraits du Bodies in Alliance and the Politics of the Street, l'essai de la philosophe Judith Butler. Un autre exemple de geste artistique directement intégré dans la programmation musicale se trouve un peu plus loin. Baptisé Moon Ra, le montage en bois a été imaginé pour "danser autour d'un feu". Pour cela, l'équipe a démonté le dancefloor conçu lors de l'édition précédente (par l'atelier Fala), pour reconstruire une toute nouvelle piste de danse. Une forme de recyclage auquel Horst se veut particulièrement attentif. Comment rendre un festival aussi "durable" que possible? Pas un seul événement n'échappe aujourd'hui à ces questions. En l'occurrence, le collectif d'architectes Rotor réfléchit beaucoup à la réutilisation des matériaux de construction. Pour Horst, il s'est donc inspiré du monde de l'agriculture qui passe son temps à utiliser et récupérer les mêmes éléments. Par exemple les tubes d'acier galvanisés employés pour construire de grandes serres, et qui seront ici exploités pour abriter le DJ et le public sous une sorte de grand chapiteau transparent. Un sorte de remix au fond, grandeur nature...