Ce n'est pas un virus ou un confinement qui vont arrêter Hervé. Pendant la quarantaine, le Français a continué de s'activer. En sortant par exemple le clip de Si bien, si mal. Caméra fixe, on l'y voit danser frénétiquement dans la cuisine de son petit studio parisien, tout en faisant sauter des crêpes. La vidéo n'apporte pas seulement sa contribution au débat claquettes-chaussettes, arborées pour l'occasion. Elle est aussi une bonne illustration de la manière de travailler de l'intéressé: en solitaire, chez lui, cuisinant une pop frenchy faite maison, mais pas forcément lo-fi, ni minimaliste. Sorti fin juin, son premier album confirme brillamment ce programme...
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Ce n'est pas un virus ou un confinement qui vont arrêter Hervé. Pendant la quarantaine, le Français a continué de s'activer. En sortant par exemple le clip de Si bien, si mal. Caméra fixe, on l'y voit danser frénétiquement dans la cuisine de son petit studio parisien, tout en faisant sauter des crêpes. La vidéo n'apporte pas seulement sa contribution au débat claquettes-chaussettes, arborées pour l'occasion. Elle est aussi une bonne illustration de la manière de travailler de l'intéressé: en solitaire, chez lui, cuisinant une pop frenchy faite maison, mais pas forcément lo-fi, ni minimaliste. Sorti fin juin, son premier album confirme brillamment ce programme... Rien que par son titre, Hyper souligne l'agitation du bonhomme. " Hypersensible, hyperactif... Oui, on peut dire ça", sourit-il. Le disque est sorti sur le label Initial, incubateur de la "nouvelle pop francophone", affilié à la major Universal, et sur lequel on retrouve Angèle, Clara Luciani, Aloïse Sauvage ou encore Eddy de Pretto. Avec ce dernier, Hervé partage au moins des origines banlieusardes (Fontenay) et le goût de l'effort en solitaire. Notamment sur scène, qu'il occupe solo, avec ses machines. La comparaison s'arrête cependant là. À l'inverse d'Eddy, on n'emmerdera pas Hervé avec une quelconque affiliation rap. Certes, il en a toujours écouté. Mais ses influences principales se trouvent ailleurs... Né au début des années 90, Hervé (Vérant de son vrai nom, Le Sourd de son pseudo) a d'abord pensé au foot. C'est à l'adolescence qu'il raccroche les crampons et dévie: un pote geek lui installe un logiciel de son sur l'ordi familial. "Je me suis retrouvé complètement happé. Je pouvais passer des heures à créer des boucles, enregistrer, sans voir le temps passer. J'ai décidé que c'était ce à quoi je voulais me consacrer, que tout serait organisé désormais autour de ça -peu importe que j'arrive à en vivre ou pas." C'est comme ça qu'il se retrouve quelques années plus tard, à squatter le studio de Tristan Salvati. L'arrangeur-producteur-compositeur n'a pas encore collaboré sur Brol, le carton d'Angèle. Par contre, il a déjà réussi à glisser son nom dans les carnets de quelques gros vendeurs variétoches locaux, type M. Pokora. Hervé en profite pour fourguer des premiers textes. Jusqu'à se retrouver crédité sur trois titres du dernier album de... Johnny Hallyday! "Je traînais en studio, avec Yodelice, un samedi. Trois jours plus tard, il partait à Los Angeles pour faire écouter ses musiques à Johnny. Mais il lui manquait des paroles. Il sait exactement ce qu'il veut. La dernière fois, je lui amené plusieurs propositions, il n'a même pas essayé de les chanter! Du coup, on s'est enfermés tout le week-end pour bosser dessus. Le mercredi suivant, il faisait écouter à Johnny. Le lendemain, il enregistrait. Incroyable! Clairement, sa musique est très éloignée de mon univers, mais je crois que c'est ça qui m'a vachement excité. Et puis, c'est un monument que je respecte beaucoup." Au même moment, Hervé se retrouve embarqué dans le duo Postaal, formé avec l'Anglais Dennis Brown, également croisé dans le studio de Salvati. Signé avec un management anglais, le binôme sort un EP et un album, enchaînant les dates au Royaume-Uni. Biberonné à Daft Punk et à la French Touch, Hervé découvre alors tout un nouveau monde musical: celui de la drum'n'bass, du UK garage, mais aussi toute la scène nineties baggy de Madchester, "les Happy Mondays, Charlatans, etc.". Cela s'entend encore aujourd'hui sur Le Premier Jour du reste de ma nuit, le morceau qui ouvre l'album Hyper. Puisqu'entre-temps, Hervé a filé en solo. Il y a d'abord eu l'EP Mélancolie FC, sorti l'an dernier. On y trouvait déjà le titre Le Coeur poids plume, l'un des premiers à donner la direction. "Je me vois encore, descendre fumer une clope, coincé sous le porche, pour m'abriter de la pluie. Je savais que je tenais quelque chose. Quand je l'ai fait écouter à mes proches, ils ont été tout de suite enthousiastes, en me disant que c'était la musique qui me correspondait le plus." De quoi achever de convaincre Hervé d'insister. Toujours sur le même morceau, il se demande notamment "comment qu'on fait, comment qu'on soigne", référence à Bashung. "Oui, c'est évidemment un énorme clin d'oeil à Play Blessures." L'influence est présente un peu partout, aussi bien dans la voix (son phrasé, son timbre) que dans les textes -comme quand il fait rimer "au stand" et "Ostende" (Trésor). "J'ai écouté beaucoup d'interviews de Jean Fauque, Boris Bergman ou Daniel Tardieu (principaux paroliers de Bashung, NDLR), dans lesquelles ils expliquent leurs mécanismes d'écriture, comment ils pouvaient se prendre la tête, l'énergie dans laquelle ils ont créé telle ou telle chanson, quand un bout de refrain devient un couplet, etc. Ça m'a vachement inspiré. " Dans les faits, Hervé lorgne surtout le Bashung des années 80-90 -davantage que celui, plus obtus, de L'Imprudence. Il convient sans doute mieux à ses envies dominantes. "J'écoute ces morceaux à la radio, j'les connais trop", chante-t-il sur Trésor. Comme pour témoigner de son amour pour la mélodie qui reste en tête. Affirmant une certaine idée de la pop, Hervé cherche ainsi moins à pondre une dissertation -"j'aime bien les chansons dont je ne comprends pas forcément tout de suite le sens"- qu'à traduire des sentiments et une certaine urgence. Elle se retrouve d'ailleurs dans sa façon de faire. Une tambouille perso bidouillée sur un matos élémentaire -"J'ai toujours mon ordi, deux enceintes et le même clavier qu'au début". Ce qui lui permet aussi d'être flexible et mobile. Comme quand il file bosser en Bretagne, finalisant ses couplets-refrains dans le train retour. "Je m'arrange même pour le prendre à des heures un peu décalées, histoire d'être sûr d'avoir de la place pour bosser" (rires). La SNCF, oui, c'est possible.