Ces dernières années, nul n'a mieux incarné la pop californienne que HAIM. Depuis la sortie de leur premier album, Days Are Gone, en 2013, le trio de soeurs n'a cessé de proposer des chansons irrésistiblement accrocheuses, cherchant la mélodie qui tue et le gimmick qui tache. Le tout en recyclant la tradition locale de songwriting -en gros, l'école (soft) folk rock de Laurel Canyon, de Crosby, Stills & Nash à Carole King-, passée par le filtre d'une production plus contemporaine. La démarche d'Este, Danielle et Alana Haim n'empêchait pas un certain second degré. Mais jamais aux dépens de chansons taillées au cordeau, aussi lustrées et r...

Ces dernières années, nul n'a mieux incarné la pop californienne que HAIM. Depuis la sortie de leur premier album, Days Are Gone, en 2013, le trio de soeurs n'a cessé de proposer des chansons irrésistiblement accrocheuses, cherchant la mélodie qui tue et le gimmick qui tache. Le tout en recyclant la tradition locale de songwriting -en gros, l'école (soft) folk rock de Laurel Canyon, de Crosby, Stills & Nash à Carole King-, passée par le filtre d'une production plus contemporaine. La démarche d'Este, Danielle et Alana Haim n'empêchait pas un certain second degré. Mais jamais aux dépens de chansons taillées au cordeau, aussi lustrées et roulantes qu'une virée sur Sunset Boulevard. Sur l'album Something to Tell You, en 2017, l'exercice avait pu cependant tendre dangereusement vers la formule. À l'époque, le trio de Los Angeles avait même fait l'objet d'un sketch du Saturday Night Live. Une forme de consécration, certes, mais qui, entre les lignes, soulignait aussi à quel point la musique de HAIM était devenue identifiable, coincée dans un certain désir de perfectionnisme pop, qui était aussi une impasse. Sur le nouveau Women in Music Pt. III, cette exigence est toujours là. Mais désormais, la sororité laisse plus de place pour exprimer des ressentiments davantage personnels. Quelque part, le soleil de L.A. se fait plus mélancolique. Et ça leur va bien. Fin avril, HAIM sortait le clip du single I Know Alone. Pour une fois, les soeurs n'étaient pas filmées en train d'arpenter les rues de leur ville, bras dessus bras dessous. Cette fois, elles se retrouvaient bloquées dans un plan fixe, dansant sur place, à bonne distance l'une de l'autre. Une sorte de choré sous Covid. Ou plus encore le reflet d'un certain spleen, auquel les Américaines n'avaient pas habitué. C'est que les dernières années n'ont pas été évidentes, chacune traversant des moments compliqués. Este a dû batailler avec un diabète de plus en plus handicapant, Alana a perdu l'un de ses amis les plus proches. De son côté, Danielle a connu la dépression après que l'on a diagnostiqué un cancer des testicules chez son compagnon, le producteur Ariel Rechtshaid. L'accumulation de nuages dans le ciel de HAIM n'a pas forcément rendu sa musique cafardeuse. Mais désormais, elle se fait plus subtile, plus seulement obsédée par son efficacité pop FM à la Fleetwood Mac, mais aussi par un besoin d'être plus intime et tranchante, aussi bien dans le fond que dans la forme . " It all looked the same every mile", raconte par exemple Danielle Haim, sur I Know Alone, avalant les kilomètres pour tenter d'éclaircir son malaise, "screaming every word of Both Sides Now", rendu célèbre par Joni Mitchell. Ailleurs, HAIM lâche un cri d'effroi ( All That Ever Mattered), mais donne aussi sa version d'un funk de début de soirée ( 3 AM); tacle à la fois les remarques misogynes ( Man from the Magazine), ou imagine que Walk on the Wild Side a été créé dans la Valley et pas sur un trottoir de Manhattan ( Summer Girl). Si HAIM ne perd ainsi jamais de vue ses ambitions pop, celles-ci prennent désormais une autre épaisseur, faisant de ce Women in Music Pt. III une réussite épatante.