Il a un peu des airs de rebelle sans cause, la mèche insoumise et le regard farceur. Une moue et une dégaine presque rock? Quand on le rencontre, Georgio porte un sweat à capuche gris neutre. Mais dans le clip de Rêveur, il arbore un t-shirt des Clash, et dans celui de Héros, un autre des Ramones. Récemment encore, il a ressorti une nouvelle version de son second album Héra, augmenté de neuf nouveaux titres, dont Pearl, qui évoque entre les lignes l'héroïne rock sixties Janis Joplin... Et pourtant, celui qui ne cache pas son admiration pour Pete Doherty est bel et bien un rappeur. L'un des plus en vue de la scène française actuelle, pour faire court. Paru l'an dernier, son second album, Héra, s'est par exemple retrouvé nommé aux dernières Victoires de la musique. Avant cela, il avait déjà sorti Bleu Noir, en 2015. Une autoproduction financée par crowdfunding, à l'univers sombre, volontiers mélancolique, voire déprimé. "Disons qu'au lieu d'écrire que le ciel est bleu, je préfère décrire les contrastes et les nuages. Pour le dire autrement, j'exprime plus facilement mes questionnements et le côté complexe des choses", glisse-t-il avec un sourire entendu. Né en 93, Georgio a grandi entre Paris et Angers. Il a des origines g...

Il a un peu des airs de rebelle sans cause, la mèche insoumise et le regard farceur. Une moue et une dégaine presque rock? Quand on le rencontre, Georgio porte un sweat à capuche gris neutre. Mais dans le clip de Rêveur, il arbore un t-shirt des Clash, et dans celui de Héros, un autre des Ramones. Récemment encore, il a ressorti une nouvelle version de son second album Héra, augmenté de neuf nouveaux titres, dont Pearl, qui évoque entre les lignes l'héroïne rock sixties Janis Joplin... Et pourtant, celui qui ne cache pas son admiration pour Pete Doherty est bel et bien un rappeur. L'un des plus en vue de la scène française actuelle, pour faire court. Paru l'an dernier, son second album, Héra, s'est par exemple retrouvé nommé aux dernières Victoires de la musique. Avant cela, il avait déjà sorti Bleu Noir, en 2015. Une autoproduction financée par crowdfunding, à l'univers sombre, volontiers mélancolique, voire déprimé. "Disons qu'au lieu d'écrire que le ciel est bleu, je préfère décrire les contrastes et les nuages. Pour le dire autrement, j'exprime plus facilement mes questionnements et le côté complexe des choses", glisse-t-il avec un sourire entendu. Né en 93, Georgio a grandi entre Paris et Angers. Il a des origines guadeloupéennes, via sa mère métisse. De son côté, son père angevin lui a transmis sa culture rock. "Il a un gros bagage punk. Du coup, gamin, j'ai très vite su jouer des trucs comme Nirvana à la guitare. Mais le jour où je me suis affranchi de la musique de mes parents, je suis directement tombé dans le rap." Forcément. Le rap est la musique du collège, du quartier, des premières libertés ados, "quand tu peux aller bouffer un grec avec tes potes pendant l'heure du midi". Dans les écouteurs, pas mal de son américain (Eminem, 50 Cent...), mais aussi, rapidement, sa déclinaison française. "Avec tout ce que ça peut supposer d'identification. Tout à coup, une musique me parlait directement, évoquait mon quotidien, mon décor. C'est bête mais je me rappelle d'une phrase de Nessbeal dans Autopsie d'une tragédie, qui disait: "Avec les hommes, ma mère n'a jamais eu de chance/J'déteste mon beau-père, j'm'enferme dans ma chambre/j'suis à fond dans le chanvre." J'avais l'impression qu'il parlait directement de mon pote qui vivait exactement ce genre de situation. C'est pour ça que les textes que j'écris sont toujours très personnels. Je sais que si quelqu'un, quelque part, se reconnaît dans l'une de mes chansons, si même une seule phrase lui parle, le morceau lui appartient." Vers treize, quatorze ans, Georgio commence donc à rapper, monte un premier groupe, traîne dans les open mic, "prend 1 000 RER pour me retrouver dans des cités infâmes". "J'avais une bonne clique. On venait tous de la Porte de la Chapelle, côté Max Dormoy, un coin un peu chaud. On arrivait dans des battles, on prenait le micro et on foutait le boucan." Plus loin, il précise tout de même: "Je n'ai jamais été dans le fantasme du voyou. La street credibility, tout ça, je m'en fous un peu. Ce qui compte pour moi, c'est surtout la "real credibility": il faut que ce soit vrai, authentique, que ça transpire." Un peu avant le bac, il décide de quitter l'école. Il s'y ennuie et le rap prend de plus en plus de place. "Ça n'a pas été simple. Je me suis battu avec tout le monde: les parents, les éducateurs, les psys, l'Éducation nationale... J'ai commencé à travailler en intérim et dès que j'avais un moment, j'écrivais." L'acharnement paiera. Il enchaîne les EP, sort Bleu Noir... Petit à petit, les contours du personnage se dessinent. Authentique, écorché, citant aussi bien Antonin Artaud que Vladimir Maïakovski. Littéraire? On a déjà fait le coup du "rappeur qui lit des livres" avec Nekfeu... Georgio ne cache pas davantage son amour de la lecture, mais sans jamais lâcher la "rue" du regard. "Et j'te raconte ma vie/bah oui, ce son, c'est Twitter", rappe-t-il sur Homme de l'ombre. Il parle aussi bien de son frère (footballeur passé notamment par l'Excelsior de Virton, sur Rêveur) que de ses propres tendances dépressives ("Qu'est-ce que tu connais d'ma vie, sais-tu qu'j'ai rêvé d'la perdre?" sur Saleté de rap). Ailleurs, il évoque encore les amours foireuses, la drogue, les violences policières (6 avril 1993, sur la mort de Makomé M'Bowolé, abattu par un inspecteur de police), ou la contestation sociale ("On garde le poing levé, la nuit debout", sur No Future). Mais sans vouloir rentrer dans le discours politique, assure-t-il, raccord avec une génération que la vie politique agace moins qu'elle indiffère. "Je ne suis pas du tout politisé. Ça ne m'intéresse pas. La politique des costards cravates, ce n'est pas la mienne. Elle n'a jamais réussi à me parler." L'an dernier, Héra marquait un tournant. Présenté comme plus positif, et "plus féminin", il s'éloigne aussi du rap. "C'était pas que j'en avais marre, mais il ne m'excite plus autant qu'avant", glisse celui qui a notamment collaboré avec le collectif Fauve. Pour l'album, il a donc été chercher le producteur Angelo Foley, qui a bossé sur les disques de Christine & The Queens et Grand Corps Malade. L'intéressé explique: "Ce que j'ai apprécié dans la démarche de Georgio? Par exemple, quand il m'a envoyé des références pour me donner une idée de l'esprit du disque, il y avait du Agnès Obel, du alt-J, Feu Chatterton! ou Miossec, mais aucun titre rap. J'étais scié!" Sur cette base, le duo clique et claque l'album Héra avec une fluidité qui continue encore aujourd'hui de les surprendre. Appelez ça l'alchimie. Pour certains, le nouveau parti pris de Georgio le placerait en marge du rap. Il n'est pourtant pas le premier rappeur à lorgner du côté du rock ou la pop. C'est même devenu une évidence aujourd'hui. L'an dernier, au Printemps de Bourges, il se retrouvait pris en photo aux côtés de Bigflo et Oli, Nekfeu, Vald. Tous très différents -de la version pop-variét des premiers aux outrances trollesques du dernier-, mais ensemble, bras dessus, bras dessous. La guerre des chapelles est enterrée. Les deux pieds dans son époque, Georgio compte bien en profiter...