En temps normal, cher lecteur, le Focus de cette semaine aurait dû être entièrement consacré aux festivals. Un numéro spécial qui aurait tenté de résumer en quelques pages la déferlante de rassemblements musicaux prévus habituellement. Seulement voilà: cela fait plusieurs semaines maintenant qu'il est clair que l'été n'aura pas lieu. Les uns après les autres, les festivals ont dû se résoudre à annuler, balayés par le foutu virus. Alors, avec nos collègues du Knack Focus, nous vous proposons une alternative: un Focus Music Festival, diffusé en ligne, ce 20 juin dès 20 heures, sur la page Facebook de votre magazine préféré. Pour cette première édition, Kate Tempest a pris les rênes de l'affiche. Elle a composé le line-up du jour. Le moins que l'on puisse écrire est qu'il est varié et éclectique, zigzagant entre rock, rap, jazz, pop, électro, soul. Agrémenté d'une touche belge (Charlotte Adigéry), il montre l'esprit de communauté très solidaire qui règne sur la scène londonienne, et au-delà. Rien que pour cela, il s'annonce réjouissant.
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En temps normal, cher lecteur, le Focus de cette semaine aurait dû être entièrement consacré aux festivals. Un numéro spécial qui aurait tenté de résumer en quelques pages la déferlante de rassemblements musicaux prévus habituellement. Seulement voilà: cela fait plusieurs semaines maintenant qu'il est clair que l'été n'aura pas lieu. Les uns après les autres, les festivals ont dû se résoudre à annuler, balayés par le foutu virus. Alors, avec nos collègues du Knack Focus, nous vous proposons une alternative: un Focus Music Festival, diffusé en ligne, ce 20 juin dès 20 heures, sur la page Facebook de votre magazine préféré. Pour cette première édition, Kate Tempest a pris les rênes de l'affiche. Elle a composé le line-up du jour. Le moins que l'on puisse écrire est qu'il est varié et éclectique, zigzagant entre rock, rap, jazz, pop, électro, soul. Agrémenté d'une touche belge (Charlotte Adigéry), il montre l'esprit de communauté très solidaire qui règne sur la scène londonienne, et au-delà. Rien que pour cela, il s'annonce réjouissant. Pas complètement jazz, ni vraiment hip-hop, le Speakers Corner Quartet aime visiblement divaguer entre les genres, situant volontiers son spectre d'influences entre MF Doom, Aphex Twin et Chostakovitch. La formation a démarré comme groupe résident au club Brixton Jamm, accompagnant les rappeurs et autres artistes spoken word lors des soirées open mic. Dont une certaine Kate Tempest. Kwake Bass, le batteur du groupe, est d'ailleurs un ami de longue date. Il est même devenu entre-temps le directeur musical de la Londonienne sur ses tournées. Complété par ses camarades Raven Bush, Pete Bennie et Biscuit, tous très actifs sur la scène locale, le quartet a notamment partagé la même scène qu'Herbie Hancock, The Roots ou encore Ornette Coleman. Après un premier EP Further Back Than In the Beginning en 2009, ils mettent (enfin) la dernière main à leur premier album, qui devrait convier derrière le micro une bonne partie de la communauté musicale made in London. L.H. La première fois que l'on est tombé sur une chanson de Lianne La Havas, ce devait être en 2011. Filmée pour le compte de la Blogothèque, l'Anglaise parcourait les ruelles bondées de Montmartre, guitare à la main, chantant son morceau No Room for Doubt. Près de dix ans plus tard, c'est également seule, avec son instrument fétiche, qu'elle réapparaît -mais cette fois, chez elle, à Londres, pour la version confinée du Tiny Desk concert de la NPR américaine (National Public Radio). Entre-temps, elle aura sorti deux albums - Is Your Love Big Enough? (2012) et Blood (2015)-, imposant sa pop-soul à la fois chaleureuse et élégante, séduisant aussi bien Prince que Mary J. Blige, Stevie Wonder ou... Barack Obama. Avec Kate Tempest, elles ont appris à se connaître, depuis une première rencontre il y a sept ans, lors d'une soirée organisée par le producteur Dan Carey, décidément de tous les bons coups. "Quand vous parlez avec elle, vous vous sentez immédiatement rassurée et soutenue", a ainsi confié La Havas à notre collègue Kurt Blondeel, à propos de sa camarade. Sans doute en a-t-elle eu bien besoin, ces derniers temps. Laisser cinq ans entre deux disques, a fortiori dans l'époque actuelle, est rarement anodin. Pour Lianne La Havas, la période a été marquée par une rupture sentimentale, mais également par pas mal de doutes sur sa destinée musicale. Après tout, quelle voie emprunter quand on aime autant Joni Mitchell qu'Al Green ou Milton Nascimento? La réponse tient donc dans un nouveau disque qu'elle présente comme le plus personnel, et le plus abouti. Prévu pour le 17 juillet prochain, il a déjà été annoncé par deux premiers singles - Bittersweet et Paper Thin-, et devrait contenir également sa reprise de Weird Fishes de Radiohead. L'album est sobrement intitulé Lianne La Havas. Une manière de suggérer qu'après avoir perdu le fil, la chanteuse a retrouvé l'inspiration, se donnant le temps d'être au plus près de ce qu'elle est. L.H. Quel est le point commun entre les rockeurs irlandais de Fontaines D.C. et la rappeuse Kate Tempest? Il y a déjà le producteur Dan Carey, patron à ses heures perdues du label à tête chercheuse Speedy Wunderground (Black Midi, Black Country New Road, Squid...). Il y a aussi, surtout, le goût de la poésie. L'amour irrépressible des mots. Avant de sortir des disques, Grian Chatten et ses potes publiaient des recueils. Le premier, Vroom, était influencé par la Beat Generation. Kerouac et Ginsberg. Le second, Winding, inspiré par des auteurs irlandais: William Butler Yeats, Patrick Kavanagh ou encore l'incontournable James Joyce... "Dublin in the rain is mine. A pregnant city in a catholic mind." Les paroles de leur prophétique single Big annonçaient la couleur. La capitale de l'Irlande est un peu le sixième membre du groupe et Fontaines D.C. est devenu grand. Il a même connu une fulgurante poussée de croissance. Fondé en 2014 par des étudiants du British and Irish Modern Music Institute lors d'une nuit imbibée, Fontaines D.C. a un penchant assumé pour les jeux de mots et les clins d'oeil. Il a piqué son nom à Johnny Fontane, crooner sur le déclin interprété par Al Martino et inspiré par Frank Sinatra dans Le Parrain. Il a aussi intitulé son premier album Dogrel, référence au vers de mirliton (doggerel) qualifiant la poésie de piètre qualité. L'an dernier, avec cette solide carte de visite qui croisait The Clash et The Fall, The Pogues et Oasis, les Irlandais ont fait le tour du monde, trusté les tops et été nominés au Mercury Prize. Le 31 juillet, ils dévoileront son successeur, A Hero's Death, dont le nom fait écho à une pièce de l'auteur irlandais Brendan Behan. Et comme le laissent entendre ses extraits avant-coureurs (I Don't Belong et la chanson titre), l'ambiance sera plus sombre et plombée. Fontaines D.C. devrait, lors du Focus Music Festival, offrir l'apéritif... J.B. Elle a commencé sa carrière de musicienne en tenant la batterie au sein du groupe de Kate Tempest. "Elle est comme ma soeur", confirme Georgia. Toutes les deux ont également en commun d'être passées par la fameuse Brit School. Si l'on exclut une carrière avortée dans le football, la musique a toujours constitué la seule ligne d'horizon de Georgia Barnes. Fille de Neil Barnes -la moitié du duo Leftfield, qui sortira en 1995 le classique électronique Leftism-, elle est à la fois musicienne, chanteuse, auteure, compositrice et productrice. Elle avait d'ailleurs déjà quasi tout réalisé sur son premier album éponyme sorti en 2015. Sur le récent Seeking Thrills, elle continue de diriger la manoeuvre, tout en recalibrant un peu son propos. Il y a deux ans, le single Started Out donnait le ton, plus dance, cherchant à s'étourdir sur la piste ("We are wicked and bold"), bondissant sur un basse house garage. Une direction électropop confirmée avec des morceaux comme About Work the Dancefloor, qui sonne comme un hommage à peine déguisé à Robyn et à sa capacité à générer l'euphorie collective sur la piste. Que ce soit celle du club ou celle improvisée dans son salon. Bougez les meubles, Georgia arrive! L.H. C'est assurément l'une des artistes les plus intéressantes du moment sur la scène musicale du Plat Pays. C'est au cinéma qu'on croise Charlotte Adigéry pour la toute première fois. Dans la scène finale de Belgica, le film de Felix Van Groeningen, elle monte sur scène pour chanter The Best Thing. C'était en 2016. Depuis, elle n'a plus vraiment quitté les radars, que ce soit sous son nom ou derrière le pseudo WWWater, à la fois pop et expérimentale. Membre de l'écurie Deewee des frères Dewaele (Soulwax), la Gantoise a sorti l'an dernier l'excellent EP Zandoli, qui lui a notamment permis d'assurer les premières parties de Neneh Cherry et de taper dans l'oreille de Kate Tempest. L'une et l'autre partagent au minimum un même sens de l'engagement. Il y a quelques mois, Charlotte Adigéry glissait par exemple un morceau de près de 20 minutes, Yin Yang Self-Meditation, qui, derrière son titre new age, colle férocement avec l'actualité du moment, racontant notamment: " That time when that woman in a car called me a fucking monkey... I will be always treated like this, a victim of my own skin color"... L.H.