Fin mars. Flume, alias Harley Edward Streten, est assis dans le coin salon de son label. Tête d'affiche de la Pias Nite qui s'est déroulée la veille, il profite de son passage bruxellois pour enquiller une série d'interviews. Sous le bras, son nouvel album, encore tout chaud -au point d'ailleurs de n'avoir pu en faire écouter que cinq morceaux aux journalistes avant l'entretien... "Je l'ai achevé la semaine dernière", s'excuse-t-il. Un peu plus loin, son manager est coincé derrière son laptop. "Cela me fait penser... Tu as bien reçu les derniers masterings?", lui demande le DJ/producteur. Voilà comment fonctionne aujourd'hui en grande partie l'industrie musicale: par échange d'e-mails et de fichiers envoyés dans les nuages. C'est ainsi que se font désormais les disques. Et les carrières.
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Fin mars. Flume, alias Harley Edward Streten, est assis dans le coin salon de son label. Tête d'affiche de la Pias Nite qui s'est déroulée la veille, il profite de son passage bruxellois pour enquiller une série d'interviews. Sous le bras, son nouvel album, encore tout chaud -au point d'ailleurs de n'avoir pu en faire écouter que cinq morceaux aux journalistes avant l'entretien... "Je l'ai achevé la semaine dernière", s'excuse-t-il. Un peu plus loin, son manager est coincé derrière son laptop. "Cela me fait penser... Tu as bien reçu les derniers masterings?", lui demande le DJ/producteur. Voilà comment fonctionne aujourd'hui en grande partie l'industrie musicale: par échange d'e-mails et de fichiers envoyés dans les nuages. C'est ainsi que se font désormais les disques. Et les carrières. Celle de l'Australien, par exemple, a démarré via des morceaux glissés sur la plateforme SoundCloud, entre house, bass music et électro. C'était en 2011. Quelques années auparavant, le jeune Harley Streten (Sydney, 1991) créait ses premiers sons avec un logiciel de production dégoté dans une boîte de céréales... "Le grand-frère de mon voisin possédait également plusieurs CD de Ministry of Sound (club londonien devenu célèbre pour ses mix-compilations house, NDLR). Je n'avais jamais entendu quelque chose d'aussi cool. Depuis ce moment-là, je suis devenu obsédé par les musiques électroniques." Son choix est fait: il range le saxo pratiqué depuis plusieurs années. "Avec l'ordinateur, je n'avais plus besoin de personne pour créer des lignes de basses, modifier une partie de batterie... Je pouvais créer mon propre monde musical, sans dépendre d'autres." Voilà pour la genèse d'une passion qui a su amener le garçon aux quatre coins du monde. Depuis le buzz des débuts jusqu'au carton du premier album sorti en 2012, en passant par une série de remixes juteux (pour Lorde, Sam Smith, Arcade Fire...). En quelques mois, Flume, la vingtaine alors à peine entamée, est passé quasi instantanément au rang de superstar dance. Pas loin des autres têtes de gondole EDM (electronic dance music)? Il soupire: "Arf... Les journalistes me demandent parfois: "Où vous situez-vous sur la scène EDM?" (rires) Il faut rappeler qu'au départ, le terme est lié à l'explosion de l'électro aux Etats-Unis, quand la dance music est devenue mainstream. Le problème, c'est que c'est aujourd'hui un mot un peu sale, presque une injure." La faute aux bateleurs, type Avicii, David Guetta, etc. Des faiseurs de hits aux gros sabots, dont Flume a su rester jusqu'ici à distance. A l'image du duo de frangins anglais Disclosure, l'Australien prône en effet un beat certes efficace, mais toujours malin. Et ça marche. Des bidouillages en chambre, Flume s'est vu tout à coup proposer des concerts devant des centaines, voire des milliers de personnes. "Pour quelqu'un de plutôt introverti comme moi, ça reste quelque chose de très bizarre. Vous passez votre temps à créer de la musique, enfermé seul chez vous, tel un vrai nerd. Et tout à coup, vous vous retrouvez en festival, à jouer devant une foule immense, à donner des interviews en direct à la radio... C'était assez angoissant. Mais aujourd'hui, j'ai appris à gérer ça. C'est devenu quelque chose de positif. "Cet emballement, le clip de Holdin' On, hit issu de son premier album, l'illustrait à la perfection: quelque chose comme la vie sur la route pour un DJ à succès, toujours entre deux aéroports, passant d'un public déchaîné à un autre. Cliché mais éprouvé. "C'est à la fois grisant et éreintant. La fête tout le temps, l'alcool, les nuits sans fin... Si j'ai pu me perdre là-dedans? Disons qu'il y a eu des moments où j'étais tellement excité de vivre tout ça, d'être dans cette position, que j'ai pu me comporter comme une bite."(sourire) Faute avouée... La suite est assez classique. Pris dans le tourbillon, Flume n'a pas seulement failli perdre éventuellement la tête: l'inspiration aussi, vint un moment à disparaître. Un véritable passage à vide, traumatisant. Pour continuer à pondre des tubes pour clubs, Flume a donc dû paradoxalement s'en éloigner. "Je n'avais jamais connu de blocage aussi long. C'était la panique. Mon label, mon manager, tout le monde commençait à se demander ce qui se passait. Du coup, je me suis "enfui". J'ai pris un billet d'avion pour la Tasmanie, tout au fond de l'Australie. Je me suis retiré pendant une dizaine de jours dans une cabane."Un peu à l'image du chanteur folk Bon Iver, dont le premier album, enregistré au milieu des bois, débutait par le morceau baptisé... Flume. "Je partais marcher dans le bush. Ou je louais une voiture pour rouler pendant des heures à travers les parcs nationaux... Après quelques jours, je me sentais de nouveau vivant, enfin apaisé."C'était il y a un peu moins d'un an. Le résultat sort aujourd'hui, quatre longues années après le premier essai éponyme, et s'intitule Skin. Un second album déjà serti d'un premier carton radio, Never Be Like You, et produisant une liste d'invités bien garnie (des rappeurs Vince Staples et Vic Mensa à... Beck). Dans quinze jours, Flume sera présent sur la plaine de Rock Werchter, et en novembre prochain, il investira Forest National. Carrément. S'il lui restait encore quelque inquiétude, l'Australien peut être rassuré: manifestement, on ne l'a pas oublié. Des doutes qui ont précédé Skin, il ne reste d'ailleurs plus de grandes traces. En réalité, il est bien davantage question d'hésitations sur la voie à emprunter: tube pop ici (Never Be Like You) ou instrumentaux zarbis là-bas (Wall Fuck)? De loin, Flume peut sembler tergiverser. Alors qu'en vrai, l'Australien assume tout. "J'adore la pop. Et j'adore les musiques ambient ou expérimentales. Mon envie est d'essayer de combiner les deux là où on a souvent tendance à les tenir à distance l'une de l'autre." Chiche.