La facade du Musée Juif de Belgique annonce en grand l'événement, importé de Londres: large typo pour "Amy", verticalité plus modeste pour "Winehouse" et photo de l'enfant terrible de la soul anglaise se (re)maquillant. Bien que l'annonce sur rue comme la couverture média soient généreuses depuis l'inauguration le 10 mai, l'expo peine à se remplir: le musée bruxellois doit visiblement s'affranchir d'une image communautaire réductrice et peut-être même des brouillards contagieux du conflit israélo-palestinien. À notre visite ce 24 mai, quatre ans jour pour jour...

La facade du Musée Juif de Belgique annonce en grand l'événement, importé de Londres: large typo pour "Amy", verticalité plus modeste pour "Winehouse" et photo de l'enfant terrible de la soul anglaise se (re)maquillant. Bien que l'annonce sur rue comme la couverture média soient généreuses depuis l'inauguration le 10 mai, l'expo peine à se remplir: le musée bruxellois doit visiblement s'affranchir d'une image communautaire réductrice et peut-être même des brouillards contagieux du conflit israélo-palestinien. À notre visite ce 24 mai, quatre ans jour pour jour après l'attentat y faisant quatre morts, tout cela compte, consciemment ou pas. D'autant que c'est bien l'Histoire des immigrés de l'Est établis en Grande-Bretagne qui détermine le parcours de la non-religieuse mais intrinsèquement juive Amy Winehouse, descendante d'un arrière-arrière-grand-père fuyant l'antisémitisme de la Biélorussie pour s'établir à Londres en 1890. Oubliez l'alcool -qui signe son mortel empoisonnement le 23 juillet 2011-, les défonces, le mari camé: A Family Portrait, sous l'égide du frère aîné Alex, remplit d'abord sa fonction première de narration intime. Qui s'énonce à même le corps de la chanteuse via ses nombreux et voyants tatouages, celui représentant sa grand-mère Cynthia, glamour mamma yiddish se disant médium, trônant sur l'épaule droite. Patronnant une galaxie où la grande gueule du père Mitch contraste avec une mère Janis plus posée. "Toute ma vie, j'ai parlé haut et fort, au point qu'on me disait de la fermer. La seule raison que j'avais d'être aussi bruyante, c'est qu'il fallait crier pour se faire entendre dans ma famille (...) c'est dans la famille de papa qu'on trouve le chant, la danse, une extravagance musicale dingue." Voilà ce qu'écrit Amy pour son dossier d'entrée à la Sylvia Young Theatre School en 1997, qu'elle finira par quitter, surdouée non-conformiste. Comme le montre la vidéo d'un spectacle de l'école, où la jeune Winehouse carbure de toute évidence à la graine de star. Collectionneuse de vinyles, Amy l'est aussi de fringues et de godasses, passant des puces aux labels Saint Laurent ou Louboutin. Avec toujours une prédilection pour le rétro, raccord aux nombreuses photos familiales naphtalinées. D'un bar vintage aux images de mariage des parents Winehouse se tisse un récit londonien d'une famille juive comme il y en a tant en Grande-Bretagne ou ailleurs, pas d'emblée consciente que se noue en elle un destin exceptionnel, précocement fauché. Au final une expo touchante, même si le Musée Juif a bien besoin des travaux qui permettront aussi une scénographie plus contemporaine. Et que les troubles -familiaux ou autres- sont étrangement exclus de ce parcours biographique.