C'était clair depuis longtemps: le premier concert parisien à part entière d'EODM depuis l'attentat au Bataclan, qui a coûté la vie à 89 personnes en novembre dernier, serait spécial. Les survivants et les proches des victimes ont tous été invités, s'ils le désiraient accompagnés de psychologues et de médecins, à assister gratuitement au concert.
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C'était clair depuis longtemps: le premier concert parisien à part entière d'EODM depuis l'attentat au Bataclan, qui a coûté la vie à 89 personnes en novembre dernier, serait spécial. Les survivants et les proches des victimes ont tous été invités, s'ils le désiraient accompagnés de psychologues et de médecins, à assister gratuitement au concert.Parmi ces invités, il y a Mariesha Payne, Maria Moore, Brian Sanders et Pat Moore, un groupe d'amis venus de tous les coins du Royaume-Uni rencontré quelques heures avant le spectacle au café à côté de l'Olympia. Ils se sont rencontrés il y a onze ans lors d'un concert d' Eagles of Death Metal. Depuis, ils parcourent le monde à la suite de Jesse Hughes et cie. Ils étaient tous les quatre au Bataclan ce funeste 13 novembre, et tous les quatre ils brûlent de transformer leurs tristes souvenirs en pensées positives. "Nous étions tous près de la sortie latérale, qui nous a permis à Pat et à moi de fuir assez rapidement", raconte Maria. "Même si nous sommes rentrés un instant pour aider Brian, qui a failli être piétiné par la foule et s'est cassé l'épaule."Mariesha a eu beaucoup plus peur. "Au lieu de courir vers la sortie, paniquée, j'ai foncé vers l'avant la salle avec une amie", dit-elle. "Finalement, nous nous sommes retrouvées dans la cave sous la scène, où nous avons attendu pendant trois heures en espérant qu'ils ne nous trouvent pas. Entre-temps, on entendait les balles tomber sur le sol. Et on sentait les vibrations. C'était l'enfer."Mariesha et ses amis se sont rendus à l'Olympia pour le retour d'Eagles of Death Metal. Ils sont également retournés sur le site du Bataclan où ils se sont remémorés la soirée. "Il fallait que je le fasse", explique Payne. "Je mange et je dors à peine, et ces trois derniers mois, je n'ai plus été à aucun concert. Les terroristes m'ont privée de ce plaisir, et je ne peux plus l'accepter. Je suis nerveuse pour ce soir, mais si je n'y vais pas maintenant, je n'irai peut-être plus jamais."Le groupe, qui accueille Josh Homme pour l'occasion, est nerveux aussi, nous apprend quelqu'un qui a rencontré Hughes et Homme à Paris la veille du concert. Et c'est normal, vu les nombreuses caméras braquées sur eux. Là où en fin en d'après-midi, il fait plutôt calme au Bataclan et une vie normale semble avoir repris, les cafés Bonne Bière et Le Carillon (où il y a eu plusieurs morts le 13 novembre), les abords de l'Olympia sont pleins de journalistes - à midi, il y a déjà cinq équipes de cameramen, ce soir ils sont une vingtaine. Ils s'installent tous de l'autre côté de la rue, leurs caméras braquées sur la façade de la salle de concert, où le nom Eagles of Death Metal brille en lettres de néon.La police française aussi est arrivée en force. Avant le début du concert, elle a coupé les rues autour de la salle. À l'entrée, de longues files se créent. Pour accéder à la salle, il faut passer par quatre postes de contrôle. Les sacs à dos et les sacs à main sont examinés sous toutes leurs coutures, et tout le monde est fouillé de la tête aux pieds. Une fois dans la salle, on ne ressent plus rien de cette ambiance tendue. Un peu après 21 heures, Eagles of Death Metal fait son entrée aux sons de la chanson de Jacques Dutronc Paris s'éveille. Très vite, le groupe entame I Only Want You, un titre du temps où Tim Vanhamel avait encore son mot à dire chez les Eagles of Death Metal, suivi du tout aussi enragé Don't Speak (I Came to Make a Bang!). Les notes sont accueillies avec un peu plus d'enthousiasme que d'habitude. Quand le symbole prend le pas sur la musique. "Je suis si content de vous voir tous aussi", déclare Hughes, enveloppé d'une écharpe tricolore - plus tard, il prendra aussi une guitare pourvue d'un drapeau français. "I love you motherfuckers so much." Contrairement à ses récentes interviews télévisées assez mélodramatiques (et le fait qu'il est monté sur scène avec Bono vêtu d'un smoking blanc), Hughes nous a épargné un sermon interminable et, heureusement, sa vision sur la loi sur les armes. Au lieu de tout cela, on a eu droit à un concert vintage: du rock'n'lol (garage) avec quelques excursions vers le funk (Oh Girl) et le blues (Cherry Cola), et avec un Josh Homme qui joue de la batterie comme une Meg White speedée, en clou de la soirée."You have no idea how much I needed you tonight", conclut Hughes, avant de terminer par Speaking in Tongues, le meilleur titre des Eagles, mais agrémenté de tellement solos que cela en est devenu quelque peu ennuyeux. Mais bon, tout le monde est sorti sain et sauf et à l'issue du concert et on n'a vu que des visages souriants. Maria Moore et Mariesha Payne comprises. "Et voilà ces démons exorcisés" (rires). >> Les Eagles of Death Metal joueront à Forest National le 25 février prochain.