Un signe parmi d'autres. L'équipe de l'Abcdrduson, l'un des sites de rap français de référence, a fait le déplacement jusqu'au festival des Ardentes, à Liège. Pas seulement pour les noms les plus ronflants de l'affiche. "On vient voir des artistes américains comme Future, Young Thug..., dixit Mehdi Maizi. Puis aussi un peu pour la scène belge. C'est quand même un des buzz de 2016 en rap francophone."
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Un signe parmi d'autres. L'équipe de l'Abcdrduson, l'un des sites de rap français de référence, a fait le déplacement jusqu'au festival des Ardentes, à Liège. Pas seulement pour les noms les plus ronflants de l'affiche. "On vient voir des artistes américains comme Future, Young Thug..., dixit Mehdi Maizi. Puis aussi un peu pour la scène belge. C'est quand même un des buzz de 2016 en rap francophone." S'il en fallait encore une confirmation, la sortie du premier album du Bruxellois Damso arrive à point. Batterie faible ne fait pas seulement l'événement de ce côté-ci, il est aussi largement commenté en France. Pour cause: découvert là-bas aux côtés de Booba (une apparition sur le titre Pinocchio, l'an dernier, sur l'album Nero Nemesis), Damso est aussi signé aujourd'hui sur le label de la superstar, 92i, bénéficiant de la distribution de la major Universal. Rien que ça. Par ailleurs, l'adoubement du Duc de Boulogne en dit long sur le rap que pratique Damso: cash, trash, jamais avare d'une punchline outrancière, ne lésinant pas sur l'une ou l'autre vulgarité. Ce n'est même pas un jugement: Damso est le premier à revendiquer ce programme. Quand on le rencontre, le rappeur bruxellois est pourtant charmant, détendu, loin de l'éventuel portrait de "caillera" bas du front. Physique à la Lukaku (Romelu), Damso n'est pas spécialement volubile, mais n'évite aucun sujet pour autant. Né en 92, William Kalubi a grandi à Kinshasa. C'est à neuf ans qu'il arrive en Belgique. "Un 18 août. La première chose qui m'a frappé, c'est qu'il faisait encore jour à 21h (sourire)." L'autre souvenir est celui du douanier qui lui conseille de rentrer chez lui, lui racontant qu'il n'est pas le bienvenu... "Ma première confrontation avec le racisme. Mais c'était une personne isolée, je ne vais pas commencer à dire que tout le monde est comme ça."Non, même si les vexations reviendront régulièrement. Dans l'excellent Exutoire, tube déviant de l'été, il explique: "J'postule dans les shops, j'suis au FOREM/Putain, j'ai même dû enlever ma boucle d'oreille/Ces fils de putes ne voulaient pas du Dams'/J'n'avais pas le profil, non j'n'étais qu'un négro"... Plus loin, il laisse entendre que la galère a pu l'amener jusqu'à dormir dehors -"De Gare centrale à la rue, j'étais locataire". "Ça m'est en effet arrivé d'y passer l'une ou l'autre nuit. Je ne savais pas où aller. Disons que c'est une période où il valait mieux ne pas trop savoir ce que je faisais..." Dans Débrouillard, il affirme encore: "J'suis pas là pour faire la morale/La morale a fait de moi c'que je suis devenu." "Oui, j'ai fait ce qu'on m'a demandé de faire. Mais cela n'a pas fonctionné... " Pour évacuer, reste donc le rap. Premier album acheté?: "Get Rich or Die Tryin' de 50 Cent". Flows américain et francophone se croisent: "j'écoutais aussi bien Lunatic que le dernier Snoop Dogg." Vers quatorze ans, Damso bricole ses premières productions, avant de commencer à rapper, en cachette. Dès le départ, le pli est pris: le ton sera hardcore. "Avant de rapper, j'écrivais déjà depuis longtemps des histoires assez trash, qui ne finissaient pas bien. Je n'aimais pas les happy ends (sourire). Je ne sais pas d'où ça vient. Peut-être du fait d'avoir grandi pendant une période trouble à Kinshasa... (le régime de Mobutu tombe quand il a cinq ans, NDLR)." Du coup, quand Damso prend le micro pour la première fois sur une scène, ça ne se passe pas forcément bien. "Je me suis pris un bide. Il y avait des parents, des enfants... Depuis ce moment-là, je ne veux plus aller où on ne m'attend pas. Cela ne sert à rien. Je ne suis pas là pour convaincre, mais pour exprimer mon art. " Action/réaction, l'histoire est éternelle: à la "mainstreamisation" du rap, devenu une force majeure de la pop mondiale, sont venues ainsi s'ajouter de nouvelles formes beaucoup plus radicales. Des zones autonomes, voire autistes, fonctionnant en vase clos, et ne cherchant pas forcément à en sortir. "Je ne fais pas une musique commerciale", admet Damso. On pourra ainsi, légitimement, trouver ses paroles violentes, vulgaires, misogynes... Lui sait surtout que l'on demande toujours aux rappeurs de se justifier. "Je rappe comme je parle à mes potes. Puis quand un peintre provoque avec une toile trash, on ne lui tombe pas dessus systématiquement. Je suis un artiste, pas un éducateur." Pétri des contradictions de sa génération, maniant l'humour trash et drogué pour mieux creuser le désespoir de l'époque, Damso est à la fois croyant et pécheur patenté, se dit "ni djihadiste, ni Charlie", court derrière les femmes pour mieux leur infliger ses sentences machistes. Dans Beautiful, il avoue: "Désolé pour ce que je fais au féminin sans le vouloir". "En général, dans les relations, je reste sur la défensive. Le langage cru que je peux utiliser, c'est aussi ça, le fait de ne pas réussir à aimer une personne. Mais ça change, petit à petit. Faut me laisser le temps de grandir, je n'ai que 24 ans (rires)." Batterie faible n'est d'ailleurs pas le disque monomaniaque que l'on avait imaginé. C'est ce qui le fait sortir du lot, capable de citer aussi bien Wilmots (Périscope) que d'écouter la chanteuse danoise Agnes Obel (Exutoire). S'il démarre en mode outrancier, à la limite du caricatural, il glisse aussi vers d'autres humeurs, évoquant un amour défunt (Amnésie) ou sa mère malade (Graine de sablier). En fin de disque, Damso distille encore: "Et si j'lui disais tout c'que je ressens sur l'instrumentale / Avec de l'autotune ça passera p't-être mieux." C'est bien ce qu'on se disait...