Leur apparition hors du circuit spécialisé et des rendez-vous expressément réservés n'est pas exactement récente. Loin de là! Mais si la présence des Australiens Björn Again, un jour de juillet 1999, sous la toile du Marquee de Werchter pouvait passer pour anecdotique (encore que ces repreneurs d'ABBA furent plutôt amusants), les cover et tribute bands rencontrent aujourd'hui un public vraiment plus large. En mai, il y en avait ainsi toute une brochette entre les rappeurs de l'Inc' Rock. Quelques jours plus tôt aux Aralunaires, festival aventureux s'il en est, on voyait notamment jouer The Tringlers, lesquels se produiront d'ici peu au Brussels Summer Festival.
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Leur apparition hors du circuit spécialisé et des rendez-vous expressément réservés n'est pas exactement récente. Loin de là! Mais si la présence des Australiens Björn Again, un jour de juillet 1999, sous la toile du Marquee de Werchter pouvait passer pour anecdotique (encore que ces repreneurs d'ABBA furent plutôt amusants), les cover et tribute bands rencontrent aujourd'hui un public vraiment plus large. En mai, il y en avait ainsi toute une brochette entre les rappeurs de l'Inc' Rock. Quelques jours plus tôt aux Aralunaires, festival aventureux s'il en est, on voyait notamment jouer The Tringlers, lesquels se produiront d'ici peu au Brussels Summer Festival. Quel intérêt, peut-on se demander, à programmer des groupes de reprises dans ce genre d'événement? C'est qu'eux aussi drainent un public. Assez substantiel même pour les plus gros. Brasero, qui rend hommage à Pierre Rapsat, compte 700 followers sur sa page Facebook. Curiosity, "The Cure official belgian tribute since 1996", près de 1.700. Les reprises d'AC/DC par les Américains de Thunderstruck plaisent à 7.000 fans. Et chez Mister Cover, "l'une des références belges majeures parmi les groupes de reprises et de l'animation populaire de masse au sens noble du terme", qu'on joue du U2 ou les Beatles, du Marley, du Queen, du Daft Punk ou du Madonna, c'est pas loin de 27.000 personnes qui font des coeurs avec les doigts... Et puis, à l'heure où les cachets font exploser les budgets des organisateurs, la copie, plus accessible, offre parfois des vertus apaisantes que l'original n'a pas. Quand cet original a en plus disparu, eh bien, on peut encore en écouter un petit quelque chose en live. Enfin, il se chuchote qu'un groupe de reprises est souvent un gage de bar qui tourne bien! Bruxelles, un jeudi soir, dans un troquet voisin du Châtelain. Au comptoir, Jean-Christophe et Pierre, respectivement guitariste et voix des Tringlers, évoquent l'ampleur croissante du phénomène. On est au-delà de l'aimable groupe de bal, animateur de mariages et de fancy-fairs. "Peut-être qu'il n'y a plus assez de groupes mythiques... Et aujourd'hui, ceux qui s'investissent dans des tribute et des cover bands le font quasiment comme s'ils étaient dans un groupe de création, avec la même implication, le même engouement."The Tringlers, qui rendent hommage aux Stranglers -vous l'aurez compris, le "tribute" se consacre à un artiste en particulier-, les Tringlers donc, c'est toute une histoire. Elle a démarré voilà dix ans, si on remonte à leur premier concert. Ou plus tôt encore: les uns et les autres avaient déjà formé et/ou joué dans des petits groupes comme ça arrive souvent quand on aime le rock. Des groupes mis sur une voie de garage à l'heure de l'unif, jusqu'à ce que l'un d'eux soit réactivé pendant les études, avec d'autres camarades. Parce que ça finit toujours par vous démanger à nouveau, n'est-ce pas? Pareil chez Siouxsidaires qui, sans surprise, chante Siouxsie and the Banshees. À la basse, on retrouve David Torfs, qui fit partie des défunts Mud Flow. Le garçon s'était mis en tête de monter un tribute band après avoir passé un peu de temps, en vain, dans un groupe de création. Le temps de croiser Pierre, tombé dans le post-punk à l'adolescence mais dont le parcours professionnel n'a jamais rien eu à voir avec la musique. "On parle de crise de la quarantaine, commente ce dernier, rencontré pendant sa pause de midi dans un snack de la Porte de Namur. Mais à la mi-quarantaine ou à l'approche de la cinquantaine, tu t'aperçois un jour que tu as fait le tour. Et là, tu vois ta guitare qui a traîné dans un coin pendant 20 ans, puis tu te dis que finalement, en jouer faisait aussi partie des trucs que tu savais faire. Ça a été le déclic."Ils ont un métier dans la vie de tous les jours. Les deux Pierre sont journalistes. Jean-Christophe travaille dans une agence de photos... Ils prennent un maximum de plaisir dans leurs groupes respectifs mais s'y activent sérieusement quand même. Les Tringlers ont un manager, une page Facebook, un logo, une batterie customisée d'un joli "Rattus Belgicus", clin d'oeil à la première galette des punks de Guildford, sans oublier l'indispensable merchandising. C'est qu'ils se sont pris au jeu, les Men In Black from Brussels. Aujourd'hui, ils mettent un point d'honneur à ne jouer que les quatre premiers albums de la bande à JJ Burnel! Jean-Christophe: "À treize, quatorze ans, j'étais fan des Stranglers, le seul de la classe. Les autres aimaient des conneries plus commerciales. Puis un jour, les Stranglers ont sorti Golden Brown, et ils ont eu beaucoup de succès. Le lendemain, dans la classe, tout le monde connaissait et aimait les Stranglers. Du coup, mon petit truc de niche n'était plus original du tout! Je n'ai pas aimé ce tournant. Parce que le groupe aussi a pris goût à ce succès commercial, qui ne correspondait plus du tout à ce que j'aimais chez les Stranglers: des textes pas édulcorés, une musique un peu d'arrière-cour, un peu malsaine..." Et, entre parenthèses, maintenant qu'il la pratique: pas ennuyeuse à jouer! "Donc oui, l'idée de reprendre leurs morceaux, c'est presque du militantisme. On joue tout sauf les succès commerciaux!" Parfois devant des gens qui ne connaissent que Golden Brown et Always the Sun? "On nous dit qu'on pourrait élargir notre public en les reprenant. Mais on ne veut absolument pas. L'élargir oui, mais pas comme ça!" Et son comparse de souligner: "Personne n'a l'air de s'en souvenir, mais c'était le groupe numéro un en Angleterre en 1977! Ils vendaient autant d'albums que Police, dix fois plus que les Clash et les Sex Pistols!"Siouxsidaires ne rime pas encore avec missionnaire. Par contre, la galère, ils savent ce que c'est. "Siouxsie and the Banshees a beau être un groupe contemporain de Cure ou de U2, il n'est pas resté aussi populaire. Alors trouver des musiciens motivés, qui acceptent de jouer gratuitement, une chanteuse qui a la voix et le charisme, un local de répétition: il y a eu pas mal d'obstacles à surmonter, on a même cru que ça n'allait jamais fonctionner!" Et pour Cécile, la chanteuse, justement? "Je me suis rappelé d'une vieille connaissance à Mouscron, d'où je suis originaire, qui à l'époque était à fond dans le Velvet Underground, les Doors, Iggy Pop, les Stooges, peut-être un peu moins post-punk, mais qui a aussi fait quelques années de chant au Conservatoire à Liège. C'était quitte ou double..."Le déclic salvateur de l'approche de la cinquantaine n'empêche pas d'être modeste. "Quand tu as 18 ans et que tu joues avec tes potes, ça a l'air facile. Mais va-t'en monter un groupe quand on a entre 45 et 53 ans, que chacun a ses activités professionnelles, sa vie de famille, qu'il faut trouver des créneaux. Ça incite vraiment à la modestie, oui."Le vent souffle ces temps-ci bel et bien en faveur des tribute bands. Il y a de la demande. On en bénéficie autant, quand on joue du Siouxsie? "Une des caractéristiques de tous les tributes qu'on trouve aux États-Unis, en Australie et en Europe, c'est qu'ils sont attachés à la définition du terme tribute: on recrée la gestuelle de la chanteuse, on monte sur scène avec les costumes du groupe, on reprend l'imagerie, l'ambiance... C'est presque de l'imitation." Or Siouxsidaires n'est pas du tout dans ce créneau-là, rien à voir avec un exercice de nostalgie. "On vient sans changer notre personnalité. On n'est pas dans la restitution, on veut le faire à notre manière. Le faire entendre sous son aspect post-punk, rock, électrisant. Mais ce projet n'est par conséquent pas destiné à tous les publics: la culture est différente selon les nationalités, certains veulent Siouxsie sur scène, d'autres espèrent retrouver le côté new wave aérien, il y a les nostalgiques de l'époque gothique qui vont tous les week-ends à des conventions..."Pour l'heure, les Siouxsidaires montent sur scène sept à huit fois l'an. Prochaine étape, avec les festivals qui se profilent: trouver un ingé son. Les Tringlers, eux, continuent à porter la bonne parole, adoubés qui plus est par Jean-Jacques Burnel himself! "On a eu l'occasion de le rencontrer au Monk à Bruxelles, lors de la relance de Polyphonic Size pour qui il était venu faire des backing vocaux. Et on lui a parlé des Tringlers. Comme il est parfait bilingue, ça l'a beaucoup fait rire. Bon, il nous a menacés d'envoyer les Finchley Boys -qui étaient un peu sa garde rapprochée à l'époque du punk en Angleterre, des acharnés qui le suivaient partout-, mais toujours avec son humour. On lui a rappelé qu'on faisait quand même la pub des Stranglers!"Tout est question de temps disponible, du métier des uns et des autres -Mika, le bassiste des Tringlers, est aussi celui de Ghinzu: "C'est bien comme c'est aujourd'hui. Si c'est pour jouer tous les vendredis à Ixelles, à Uccle, à Bioul, et même si on commence à être payés, franchement, on n'y arrivera pas et on va s'épuiser!"Il ne reste donc plus qu'à profiter. Voire savourer. "On est tous devenus fans de groupes à un moment, reprend Pierre des Siouxsidaires. Mais on n'avait pas les moyens de s'acheter les disques, on s'échangeait des cassettes avec les copains. Donc finalement, on connaissait trois ou quatre albums par coeur, et on pourrait se dire que les "tribute" ne font rien de très original, ne sont pas capables de créer. Mais si tu prends Siouxsie, c'est une quinzaine d'albums, une centaine de morceaux, c'est une oeuvre! Tu découvres à quel point les compositions sont originales pour l'époque. Et c'est un beau défi de restituer ne fût-ce qu'une quarantaine de ces morceaux."