Kraftwerk et d'autres visionnaires techno-concernés parlaient il y a déjà un bout de temps, du man-machine, connectant cortex et transmission électronique. On y pense alors que Témé Tan débute son concert sur la Green Stage -au Théâtre de Verdure- seul, face à son iPad ou ce qui démarre ses loops agrémentés d'un chant et d'une guitare électrique.Le Bruxello-Congolais revient sur son premier album paru à l'automne dernier, partiellement confectionné avec Le Motel, et teste aussi de nouveaux titres tels que Ma qué malheur en vue d'un second disque. Son répertoire afropéen, sans être désagréable, manque cependant de groove et de charnel.
...

Kraftwerk et d'autres visionnaires techno-concernés parlaient il y a déjà un bout de temps, du man-machine, connectant cortex et transmission électronique. On y pense alors que Témé Tan débute son concert sur la Green Stage -au Théâtre de Verdure- seul, face à son iPad ou ce qui démarre ses loops agrémentés d'un chant et d'une guitare électrique.Le Bruxello-Congolais revient sur son premier album paru à l'automne dernier, partiellement confectionné avec Le Motel, et teste aussi de nouveaux titres tels que Ma qué malheur en vue d'un second disque. Son répertoire afropéen, sans être désagréable, manque cependant de groove et de charnel. Dans la foulée, Julie et Sasha Juicy débarquent sur la Blue Stage comme deux furies rouges : improbables casquettes à franges d'ancien empire mandarin et manteaux-pelochons de la même couleur communiste. Juicy est dans la place mais l'électricité, moins : plantage de l'alimentation de la carte son au second morceau alors que les vestes ont été enlevées pour dévoiler l'uniforme sous-jacent, le costume blanc pompiste à la Orange Mécanique. "Un truc de peintre acheté cinq euros" nous souffle le comptable. Le disque dur vient de faire son droog et plus rien ne fonctionne : coup de mou que l'electro duo hiphop bruxellois relève une fois les progs restaurées, avec ce qui fait leur charme endogène. Des chansons coquines, comme on disait à Berlin en 1920 -défleurées sur un premier EP autoproduit paru au printemps- où les deux filles abandonnent les reprises du répertoire kinky US turbinées pendant 200 concerts depuis fin 2015. Au profit d'une paire d'originaux toujours couinés sous la couette. On file ailleurs après trois morceaux alors que la sauce Juicy commence à prendre : en cours de set, notre informateur digne de foi, assure que les filles ont fini par renverser le public. Changement d'humeur et d'infra-basses, poussées à des niveaux pas forcément humains du côté de The Roots Corner Soundsystem, une première à CC pour ce collectif bruxellois installé pendant trois jours avec sa home-made sono. Comme on l'a déjà vu en démo à l'Atelier 210 bruxellois -épicentre belge du mouvement dubbeux- il s'agit de faire remonter le vieux sang jamaïcain et ses fantasmes ultérieurs, dans les fibres digitalisées de la jeunesse. Dont une partie, colle aux enceintes pour mieux en ressentir les vicieuses combustions, sourdes si l'on peut dire. "Ce dub ne désemplit pas depuis hier soir, un carton" précise le boss de CC Patrick Wallens en ce samedi vers 19h, ravi du sold-out général de la veille et rassuré par l'assistance du jour, "sans doute 22-23 000, peut-être une journée complète au final ". Malgré un dimanche sans doute moins bondé, apparaît une édition 2018 en possible bénéfice, pouvant même éponger le déficit trimballé depuis le sérieux coup de mou de 2016 à Tour & Taxis. Un mojito plus tard, on file vers Gregory Porter, concert a priori pour les plus de seize ans. De fait, le Théâtre de Verdure est comble jusqu'à la gueule -comme pour Romeo Elvis l'année dernière- mais d'un public où les ados sont minorisés. Enfin (...). Reflétant aussi le contingent actuel de CC dont l'audience est désormais "à 60% flamande". Entouré de quatre musiciens, Gregory Porter l'est également de son éternelle cagoule protectrice, dans un veston de lin clair cadrant sa large silhouette. L'Américain revisite ses propres standards et le répertoire de Cole Porter -auquel il a consacré un beau disque en 2017- avec l'imposante sérénité jazz-soul, celle dont texture, balance et gravité forment la différence. Plein air ou pas, le public est visiblement à la table des délices, moi aussi. D'autant que le soleil s'éteint doucement sur la canopée du Parc d'Osseghem, endroit exceptionnel qui ne fait pas regretter Tour & Taxis. Avant que George Clinton n'entame ce qui est annoncé comme sa dernière tournée internationale, l'autre américain Leon Bridges passe au Verdure : tout-à-coup, on a l'impression de s'ennuyer face à ce jeune remake -29 ans- de Sam Cooke. Parce qu'on vient de choper juste avant, un truc inconnu à nos vieux bataillons : Tank And The Bangas. Imaginez John Belushi imitant Joe Cocker réincarné dans une épaisse Erykah Badu amoureuse du Mime Marceau et voilà Tank, en pyjama multicolore possiblement brodé à La Nouvelle-Orléans. Ville où s'est formé ce groupe assez indescriptible que pour susciter le respect : à la tête d'un band bicolore -batterie, basse, double clavier, guitare, choriste- cette Miss black frôlant l'inoui, emmène un improbable groove funky bavard sectionné par des slams poétiques et un contrechamp rock avec solos de guitares compris. Un peu comme si James Brown devenu femme trentenaire avait flashé sur l'héritage commun de Frank Zappa et des Red Hot avec du virus hip hop dedans. Un bordel de révélation à très vite rescanner en indoor belge.