Au soir du 3 juillet, dernier dans le backstage de Couleur Café à Tour & Taxis, Patrick Wallens pose pour la photo en compagnie de Roméo Elvis, le nouveau Joe Dalton du rap belge. Le coeur n'y est pas. Les premiers chiffres de la fréquentation de l'édition 2016 sont tombés: ils plongent juste en dessous du coma financier assuré, une dizaine de milliers de tickets en deçà des 63.000 requis pour la balance des comptes. Programme, foot, usure du festival, cachets en hausse constante, météo... les supputations tissent des hypothèses plus ou moins pertinentes sur l'échec public. "Au premier rang, il y a quand même les attentats, qui ont sérieusement ébranlé les ventes", insiste Wallens. Pour l'équipe de Couleur Café menée par ce dernier, l'été se traverse entre ressourcement obligatoire et gueule de bois prolongée. L'avenir semble d'autant moins riant que le site de Tour & Taxis, hôte de l'événement depuis 23 ans, a annoncé depuis un bout de temps qu'il n'y aura plus de festival chez lui. Le domaine privé installé sur Bruxelles-Ville et Molenbeek donne la priorité aux projets immobiliers qui rétrécissent chaque année l'espace disponible. Commencent alors pour Wallens et son équipe des négociations destinées à réguler les pertes monétaires et, last but not least, à débusquer un hébergement pour le festival. Tout en menant un débat interne sur la personnalité même de Couleur Café, floutée entre autres par un élargissement au rock et à d'autres styles étanches à la vocation première des musiques du monde. Pour Wallens, promu Docteur Kissinger du décibel, des semaines de négociation impliquent le monde politique, Bruxelles, la Région, Tour & Taxis et les créanciers. Quand on se revoit dans un resto asiatique en janvier 2017, le récit des semaines de septembre à novembre paraît hallucinant. Pendant près d'une heure, l'ancien socio-cul né en 1958 détaille les entretiens, les coups de gueule et de blues, la volonté de ne pas abandonner le contrôle du festival ou de céder à de vaseux...

Au soir du 3 juillet, dernier dans le backstage de Couleur Café à Tour & Taxis, Patrick Wallens pose pour la photo en compagnie de Roméo Elvis, le nouveau Joe Dalton du rap belge. Le coeur n'y est pas. Les premiers chiffres de la fréquentation de l'édition 2016 sont tombés: ils plongent juste en dessous du coma financier assuré, une dizaine de milliers de tickets en deçà des 63.000 requis pour la balance des comptes. Programme, foot, usure du festival, cachets en hausse constante, météo... les supputations tissent des hypothèses plus ou moins pertinentes sur l'échec public. "Au premier rang, il y a quand même les attentats, qui ont sérieusement ébranlé les ventes", insiste Wallens. Pour l'équipe de Couleur Café menée par ce dernier, l'été se traverse entre ressourcement obligatoire et gueule de bois prolongée. L'avenir semble d'autant moins riant que le site de Tour & Taxis, hôte de l'événement depuis 23 ans, a annoncé depuis un bout de temps qu'il n'y aura plus de festival chez lui. Le domaine privé installé sur Bruxelles-Ville et Molenbeek donne la priorité aux projets immobiliers qui rétrécissent chaque année l'espace disponible. Commencent alors pour Wallens et son équipe des négociations destinées à réguler les pertes monétaires et, last but not least, à débusquer un hébergement pour le festival. Tout en menant un débat interne sur la personnalité même de Couleur Café, floutée entre autres par un élargissement au rock et à d'autres styles étanches à la vocation première des musiques du monde. Pour Wallens, promu Docteur Kissinger du décibel, des semaines de négociation impliquent le monde politique, Bruxelles, la Région, Tour & Taxis et les créanciers. Quand on se revoit dans un resto asiatique en janvier 2017, le récit des semaines de septembre à novembre paraît hallucinant. Pendant près d'une heure, l'ancien socio-cul né en 1958 détaille les entretiens, les coups de gueule et de blues, la volonté de ne pas abandonner le contrôle du festival ou de céder à de vaseux compromis à la belge. Récit impubliable pour d'évidentes raisons diplomatiques. Reste alors la seconde partie de l'entretien. On a un accord officiel avec la Ville de Bruxelles -il est passé au Collège début novembre- pour installer Couleur Café au parc d'Osseghem. Soit un changement radical de décor, loin du coté urbain de Tour & Taxis, avec l'Atomium en portique d'entrée esthétiquement fort à la ville. On va installer trois scènes et un côté décalé via des performances, des interventions visuelles à différents endroits du parc. La zone qui part de l'Atomium vers le bas de la rue, superbe, sera animée de bars et restos. Le haut de la rue restera ouvert au public général. Le Théâtre Américain servira de backstage et comme il est propriété du Fédéral, on a introduit une demande à Jan Jambon, qui nous a donné l'accord de principe. Les festivals sont de plus en plus mainstream, ils utilisent les mêmes têtes d'affiche, celles qui font du monde. On veut sortir du syndrome des groupes qui tournent dans cinq, six festivals belges, donc à la limite on abandonne la pop, le rock et la chanson, on revient vers l'ADN de CC, les musiques du monde et les musiques black, soul, funk, blues, jazz, reggae, hip hop sans oublier l'électro. On a fait Puggy, Ghinzu, Girls in Hawaii, qui étaient très chouettes mais en terme d'image, on a un peu perdu. On veut revenir à un festival différent, qui met en avant la fête et l'esprit solidaire. On va retrouver notre spécificité et diminuer nos prix en rendant le festival beaucoup plus accessible, même si on n'était pas parmi les plus chers. Aujourd'hui, la croissance, c'est déjà se maintenir et exister: mais on organise quand même un festival pour un public, même si cela me plairait d'être encore plus pointu et plus exigeant. Déjà, là, on va prendre un risque en nous fermant sur certains noms plus fédérateurs, on y répond en réduisant les coûts, via "Early Bird" qui proposait -la formule est close- un pass trois jours pour 65 euros au lieu de 95 l'année dernière. On n'est même pas dans les prix d'Esperanzah! Et Early Bird a cartonné. On a déjà évoqué de multiples fois cette course à la tête d'affiche, l'angoisse qui va avec, et la surenchère des cachets. Pour un festival moyen comme nous, la tête d'affiche va facilement jusqu'à 200.000 euros et un festival belge -que je ne citerai pas- a même été jusqu'à 500.000 dollars pour une tête d'affiche. C'est déraisonnable. On a un peu mis le doigt là-dedans avec les Snoop Dogg et compagnie mais là, non. Donc on va dans des cachets en dessous de 100.000 balles. Pratiquement, on va réduire de 25% le budget et les cachets vont aussi être diminués du même pourcentage. Par contre, on va investir davantage dans les "délires de Couleur Café" installés dans le parc, représentatifs de ce qui se passe actuellement à Bruxelles dans les domaines des arts plastiques, de la musique et du cirque. On va aussi changer le souk, en amenant des petites start-up dans l'alter et les nouvelles consommations. On s'est un peu reposés sur l'artisanat world-exotique-hippie et puis on s'aperçoit qu'il n'y a pas vraiment de renouvellement, que les produits viennent des mêmes endroits, sans avoir la certitude que c'est forcément éthique: on va être plus exigeants là-dessus. On sort d'une édition très difficile, on a dû refinancer le festival, réinterpeller nos partenaires comme les pouvoirs publics. Oui, ou alors dans une formule tellement réduite, au milieu de grues... Le charme du lieu s'est perdu au fil des années, c'est pour cela qu'on est très contents d'aller au parc d'Osseghem dont on parle depuis quinze ans. Il ne faut pas oublier qu'on a poussé l'exploration de lieux jusqu'au Plan incliné de Ronquières et aux Forges de Clabecq, en visitant toutes les possibilités le long du canal. On n'avait aucune envie de se retrouver dans une morne plaine ou un "bête" parc, ce qui n'est pas le cas d'Osseghem qui conserve une part d'Histoire. Pourtant, lorsque le festival s'est installé à Tour & Taxis en 1994 (après quatre éditions aux Halles de Schaerbeek), c'était une vraie aventure: de vieux trains, un terrain vague avec des rats et un bâtiment des douanes totalement à l'abandon. Pendant dix-douze ans, la seule activité sur ce terrain a été Couleur Café.C'est déjà un miracle qu'on ait tenu 23 ans sur un lieu de telles tergiversations: cela appartenait aux pouvoirs publics, au Port de Bruxelles qui n'en a rien fait pendant des années et puis cela a été vendu au privé à bas prix et les choses se sont accélérées pour cause de rentabilité. On pensait devoir vite en déménager parce qu'il y avait à la fin des années 90 ce projet Music City d'y construire une salle de 8.000 places, qui ne s'est jamais concrétisé, pas plus que le Musée du tram ou le centre d'Alain Hubert. Oui, on doit aussi réussir ce côté environnemental: 65.000 festivaliers, cela fait combien de mégots de cigarettes? On a l'intention, vu le côté bio-éthique-responsable, de distribuer des petits cendriers individuels. On a aussi l'idée d'impliquer davantage les gens dans le festival, la programmation, à travers les associations comme à titre individuel et donc de les conscientiser pour avoir le moins d'impact possible sur l'environnement. Un pari parmi d'autres.