"Le rock? Tu sais, je suis de la génération Dorothée (sourire), même si j'ai écouté Nirvana ou Lenny Kravitz: c'est juste qu'on joue essentiellement dans les mariages communautaires, albanais, turcs, on a même été invités en Macédoine ou au Kosovo. On a envie de rester dans la zone musicale des Balkans, parce qu'on n'a pas véritablement cette culture rock: nos parents n'écoutaient ni les Beatles ni Led Zeppelin." Valbon est bruxellois comme son Grupi Rinia avec lequel il se produit à Balkan Trafik ce 15 avril: musique des mariages albanais sans les enterrements. Trente-cinq ans et une carrure de rugbyman: Valbon analyse le rapport des musiques folkloriques au Balkan Trafik. Comme beaucoup d'artistes issus du sud-est de l'Europe et au-delà, ces Bruxellois n'ont pas quitté leur premier terreau d'action. Pour une raison d'abord lucide: leur public se recrute dans les méandres de la tradition, de l'exil plus ou moins choisi et non pas dans les tentatives exotiques de rock ou d'électro.
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"Le rock? Tu sais, je suis de la génération Dorothée (sourire), même si j'ai écouté Nirvana ou Lenny Kravitz: c'est juste qu'on joue essentiellement dans les mariages communautaires, albanais, turcs, on a même été invités en Macédoine ou au Kosovo. On a envie de rester dans la zone musicale des Balkans, parce qu'on n'a pas véritablement cette culture rock: nos parents n'écoutaient ni les Beatles ni Led Zeppelin." Valbon est bruxellois comme son Grupi Rinia avec lequel il se produit à Balkan Trafik ce 15 avril: musique des mariages albanais sans les enterrements. Trente-cinq ans et une carrure de rugbyman: Valbon analyse le rapport des musiques folkloriques au Balkan Trafik. Comme beaucoup d'artistes issus du sud-est de l'Europe et au-delà, ces Bruxellois n'ont pas quitté leur premier terreau d'action. Pour une raison d'abord lucide: leur public se recrute dans les méandres de la tradition, de l'exil plus ou moins choisi et non pas dans les tentatives exotiques de rock ou d'électro. Pourtant, Nicolas Wieërs, fondateur du festival en 2007, essaie au fil des ans de glaner également des musiques au-delà du Monde est un village. Et ce, même si les audiences du BT viennent en grande partie des diasporas de Belgique et des pays limitrophes, le festival fonctionnant aussi comme une madeleine des senteurs de là-bas. Wieërs: "Les artistes des Balkans, Turcs et autres qui rentrent dans le rock et dans l'électro, choisissent plutôt l'option d'une carrière européenne, occidentale: comme si pour pouvoir décrocher plus de boulot, ils devaient quelque part se travestir et donc peut-être se diminuer, perdre quelque chose. Ce qui peut parfois revenir à se tirer une balle dans le pied. Et puis il y a aussi un fait économique, les groupes turcs rock, par exemple, restent d'abord en Turquie, pays de près de 80 millions d'habitants: ils y ont assez à manger sur leur assiette." Nicolas cite Duman, "le Nirvana turc" -tête d'affiche à BT 2011- pour parler d'une forme de conformisme qui n'a sans doute aucune chance de séduire un public occidental en dehors des communautés immigrées locales. "Le seul groupe "rock" qui m'ait vraiment épaté, c'est Imam Baildi venu à deux reprises au festival. Ces Grecs qui jouent du rebetiko, le blues local, ont un côté Gotan Project mixant mambo, swing-électro et réminiscences traditionnelles, vraiment formidable." Verdict: ils ne sonnent pas comme un bricolage artificiel ou un cynique plan de carrière. Diagnostic sensitif où le business n'est jamais loin de montrer les dents: Wieërs raconte cette histoire de travestissement en quête de tiroir-caisse. "En 2015, on a fait venir le Trio Mandili, trois jeunes Géorgiennes qui faisaient le buzz sur Internet: tu sentais l'amateurisme sur scène, c'est ce que j'aimais. Pour remercier le public, elles avaient même préparé une petite intervention en néerlandais sur un disque de boum-boum (sic). Après le spectacle, je les croise dans le bureau du festival avec un manager habillé top cliché et des membres de l'ambassade, genre stars de Cannes... Ils m'ont dit qu'ils allaient rajouter un habillage électronique, sans se rendre compte que cela risquait de tout détruire. D'ailleurs, depuis lors, elles n'ont plus rien fait. Contrairement à Jawhar que le festival a convié cette année à une expérience avec la chanteuse rom Mitsou... "Jawhar est donc cet artiste belgo-tunisien -il possède les deux nationalités- célébré pour son second album paru fin 2013. Une poésie folk façonnée en arabe dans des élans d'hypnose dépouillée. "La quarantaine", il a grandi dans une banlieue de Tunis où ses deux parents professeurs écoutent surtout de la musique orientale, Oum et consorts. Il suit cette voie jusqu'au moment où Dylan et Pink Floyd nuancent la palette: "Ce qui m'a plu dans la musique occidentale, c'est qu'elle était moins codée que la musique arabe. Pour en jouer, on ne doit pas forcément avoir une formation dès le plus jeune âge, c'est plus libre." Nicolas Wieërs propose donc à Jawhar une collaboration avec Mitsou, tzigane de Budapest: avec son manager, voilà donc le chanteur en visite hongroise malgré l'anglais un rien périlleux de son interlocutrice. Terrain d'entente: la musique. Option: l'électronique. "Je n'ai pas pensé au rock qui me semblait trop connoté, en revanche, un traitement électro était davantage proche de l'idée de transe. J'ai parlé à Mitsou de Wena Wena Mechi (et moi et moi je marche, en arabe tunisien), titre composé il y a quelques années pour le personnage algérien d'un film, complètement effaré et dépassé par ce qui se passe dans son pays, les attentats, et troublé par l'image de Dieu, qu'il vénère. Elle a aimé." Le joli clip qui en est tiré diffère un peu des autres morceaux pour lesquels Mitsou tient aussi à chanter en arabe. Jawhar: "Elle m'a vraiment impressionné parce que l'arabe et sa langue sont complètement étanches, et que Mitsou a déjà fait des expériences linguistiques en chinois ou en indien." Si le concert proposé à Balkan Trafik ménagera quand même un espace à la langue rom de sa partenaire, au gré d'une électro plutôt charnelle, le vrai plus de ce genre de métissage est d'accrocher ensemble deux histoires musicales a priori aussi dissemblables que celle du Tunisien de Belgique et de la Rom d'Europe centrale. Moins une question de territoires géographiques ou de style sonore que de ce que Jawhar, au lendemain du 22 mars, définit comme "la visiond'un citoyen dans un bordel international qui me touche et m'attriste, avec l'envie de protéger un patrimoine, celui du monde". Bien plus qu'un village donc.