"D'ores et déjà, l'album est disque de platine", s'est félicité le patron de la maison de disques Warner, Thierry Chassagne, vendredi matin sur RTL. Cette certification, qui correspond à 100.000 ventes en France (1), était certaine d'être atteinte avant même la mise en vente, rien qu'avec les précommandes. Et les scores ont encore été gonflés par les ventes réalisées en pleine nuit: au terme d'une opération marketing bien rôdée, l'album est sorti à 00h00 vendredi.

À 00h01, ils étaient environ 200 fans pressés de l'acheter, pour certains en plusieurs exemplaires et dans les trois éditions disponibles (CD simple, CD collector à tirage limité avec livret, et vinyle) dans la Fnac des Champs-Elysées à Paris, spécialement ouverte pour l'occasion. Une poignée de fans avait commencé à faire la queue le long de barrières installées sur le trottoir aux alentours de 21h30. À minuit passé une minute, le service d'ordre de la Fnac a laissé vingt premiers clients entrer dans le magasin. Toutes les dix minutes, c'était au tour de 30 personnes supplémentaires d'être "libérées".

À la Fnac des Champs-Elysées à Paris. © AFP/Christophe Archambault

Pour certains d'entre eux, en larmes, le moment était d'autant plus fort que la dernière fois qu'ils avaient eu rendez-vous avec Johnny c'était le 9 décembre 2017, jour du vibrant hommage populaire que lui avaient rendu des centaines de milliers d'admirateurs. "J'aimais Johnny. Par respect je voulais être là. J'étais sur les Champs en décembre, c'était important de revenir là. A l'époque j'avais passé la nuit dehors devant La Madeleine. C'est la première fois ma vie que je faisais ça", a témoigné Edith, 50 ans.

Pour le disque "le plus attendu de l'année" - où se côtoient le rock, le blues et le rockabilly dans des morceaux que le chanteur voulait taillés pour les stades - d'autres points de vente ont également procédé à une nocturne dans le reste de la France. Parmi eux, un centre Leclerc à Olivet près d'Orléans ou encore un Cultura à Claye-Souilly (Seine-et-Marne) où des animations avaient débuté à 22h00 avec bikers et tour de chant d'un sosie du rocker.

"Dernier cadeau"

D'autres enseignes qui habituellement ne vendent pas de produits culturels, comme Simply Market ou Atac, proposeront vendredi matin cet album dont la commercialisation a été rendue incertaine pendant deux mois par une action en justice des aînés Laura Smet et David Hallyday. Ils réclamaient un droit de regard - finalement refusé par le tribunal de grande instance de Nanterre. Selon Thierry Chassagne, les deux aînés de Johnny n'ont "pas fait la demande" à Warner d'écouter le disque avant sa sortie.

Pour éviter les fuites, la maison de disques avait pris des mesures de confidentialité drastiques durant la phase de fabrication. Tous les exemplaires ont ainsi été fabriqués dans une seule usine, en Italie, ce qui est très inhabituel pour un tel nombre d'exemplaires, a assuré le président de Warner Music France à RTL. "Les palettes de disques étaient entreposées en hauteur pour ne pas que ça puisse être ouvert pas des employés malveillants", a-t-il dit, en précisant que le nom de code de l'album pendant sa phase de fabrication était "JPS Elektra" (pour Jean-Philippe Smet, le véritable nom de l'artiste, et celui d'un label historique, aujourd'hui propriété de Warner). "Il y avait des fans de Johnny qui travaillaient dans les entrepôts sans savoir qu'ils travaillaient sur du Johnny", a-t-il assuré.

À la Fnac des Champs-Elysées à Paris. © AFP/Christophe Archambault

Preuve de l'enjeu colossal autour de l'album, Laeticia Hallyday, si discrète depuis qu'elle est engagée dans une bataille judiciaire autour du testament américain de Johnny qui déshérite à son profit Laura Smet et David Hallyday, assurera elle-même la promotion au journal télévisé de 20h00 sur TF1. Et elle n'a pas attendu pour envoyer un premier message en forme de dédicace amoureuse à destination de Johnny sur ses comptes Instagram et Twitter: "À toi, À nos amours, À tes amours, À la fureur de vivre, À la liberté de penser, À ta musique, Je t'aime pour toujours."

(1) Ce chiffre ne fait toutefois que chuter depuis les années 80, où il fallait vendre 400.000 disques pour décrocher une certification de platine.