"C'est qui mon bébé, mon petit bébé? C'est qui ma chérie, ma petite chérie?" Dans la salle, 150 enfants répètent à tue-tête le refrain de Who's My Pretty Baby, en tapant des mains, en tapant des pieds. Ils sont déchaînés et ne se font pas prier pour enchaîner les "ouhou" et "eheheheo". Bienvenue au concert d'Ici Baba (1), le projet jeune public de Samir Barris en duo avec la multi-instrumentiste Catherine De Biasio, la soeur jumelle de Melanie. Comme Henri Dès, qui a représenté la Suisse au Concours Eurovision en 1970, ou comme Chantal Goya, qui a signé dans sa jeunesse quelques disques yéyé, Samir Barris a d'abord roulé sa bosse dans la musique "adulte" avant de se lancer dans le jeune public. De 1996 à 2003, il a été batteur de Melon Galia, groupe d'étudiants qui a rayonné bien au-delà de son port d'attache bruxellois, puis il a poursuivi en solo, avec deux disques sortis en 2006 et en 2009, en synchronisation parfaite avec la naissance de ses deux filles. "Je pense que c'est simplement parce que j'ai eu des enfants que je suis devenu musicien jeune public, reconnaît-il a posteriori. Avant d'être papa, ça m'aurait trop impressionné. Je vois bien comment j'étais avec les enfants avant d'en avoir moi-même: un peu mal à l'aise."
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"C'est qui mon bébé, mon petit bébé? C'est qui ma chérie, ma petite chérie?" Dans la salle, 150 enfants répètent à tue-tête le refrain de Who's My Pretty Baby, en tapant des mains, en tapant des pieds. Ils sont déchaînés et ne se font pas prier pour enchaîner les "ouhou" et "eheheheo". Bienvenue au concert d'Ici Baba (1), le projet jeune public de Samir Barris en duo avec la multi-instrumentiste Catherine De Biasio, la soeur jumelle de Melanie. Comme Henri Dès, qui a représenté la Suisse au Concours Eurovision en 1970, ou comme Chantal Goya, qui a signé dans sa jeunesse quelques disques yéyé, Samir Barris a d'abord roulé sa bosse dans la musique "adulte" avant de se lancer dans le jeune public. De 1996 à 2003, il a été batteur de Melon Galia, groupe d'étudiants qui a rayonné bien au-delà de son port d'attache bruxellois, puis il a poursuivi en solo, avec deux disques sortis en 2006 et en 2009, en synchronisation parfaite avec la naissance de ses deux filles. "Je pense que c'est simplement parce que j'ai eu des enfants que je suis devenu musicien jeune public, reconnaît-il a posteriori. Avant d'être papa, ça m'aurait trop impressionné. Je vois bien comment j'étais avec les enfants avant d'en avoir moi-même: un peu mal à l'aise." Ce sont en fait les Jeunesses musicales, société royale fondée en 1940 et consacrée à l'initiation musicale des enfants, qui l'ont débauché. "J'avais fait une tournée avec elles pour les ados au moment de mon premier disque solo, expose- t-il. Comme elles savaient que j'avais de jeunes enfants et qu'elles voyaient que le courant passait bien avec les ados, elles m'ont demandé si je n'avais pas envie d'essayer un projet pour les petits, ce dont elles manquent cruellement. C'était une époque où j'étais très curieux de musique pour enfants. Je louais plein de disques à la médiathèque et je me demandais ce que je ferais si j'étais à leur place. J'ai fini par proposer quelque chose qui est devenu le premier spectacle d'Ici Baba, pour les 4 à 5 ans." Sept ans et deux albums (Chat qui se cache et le boisé Ma mie forêt) plus tard, Ici Baba a donné plus de 1.000 concerts, principalement en Fédération Wallonie-Bruxelles. En décembre, il y en avait pas moins d'une cinquantaine au programme. A 41 ans, récemment devenu papa pour la troisième fois, Samir Barris tourne aussi avec Le Ba Ya Trio (2), avec Benoît Leseure au violon et Nicholas Yates à la contrebasse, un projet de chansons du monde entier (De Duerme negrito à la berceuse japonaise Takeda no komoriuta) adaptées en français pour les petits. Et il prépare la sortie de son troisième album solo "pour adultes". Non sans une certaine appréhension. "J'ai mis du temps à faire cet album parce que je sais que je vais devoir affronter un monde plus dur, avec beaucoup de concurrence, avoue-t-il. Dans la musique adulte, vous êtes toujours dans une espèce de lutte. Alors qu'en jeune public, il y a une impression de facilité, d'évidence. Avec le premier disque d'Ici Baba, même si j'avais au début l'impression que ça n'intéressait personne, de concert en concert, les portes se sont ouvertes les unes après les autres. On a tourné pendant cinq ans avec cet album. Dans la musique adulte, c'est beaucoup plus éphémère: vous avez plus ou moins six mois pour concrétiser." En 2010, au moment où Samir Barris lance Ici Baba, Daniel Offermann traverse un cap difficile. Girls In Hawaii, le groupe où il tient la basse, a perdu un de ses membres: le batteur Denis Wielemans, frère d'Antoine, chanteur, est décédé dans un accident de voiture. Denis jouait aussi dans Hallo Kosmo, le side project de Daniel. "A ce moment-là, on ne savait pas si on allait continuer Girls In Hawaii, se souvient ce dernier. Je me demandais si j'avais envie de poursuivre dans la musique. Je me trouvais dans un moment fragile dans ma vie professionnelle mais aussi dans ma vie tout court." Avec Sofia Betz, la compagne de Lionel Vancauwenberghe, l'autre frontman de Girls In Hawaii, naît alors l'idée d'un spectacle pour enfants qui parlerait du deuil. Ce sera Atti, de la compagnie Dérivation, résolument pluridisciplinaire, où Daniel Offermann côtoie une comédienne, une danseuse et une marionnettiste. "Le théâtre jeune public m'avait toujours attiré, mais l'occasion ne s'était jamais présentée. Ça m'intéresse de trouver une autre manière de travailler que les concerts dans des clubs. Je fais aussi de la musique de films. Ça fait du bien de sortir du format pop-rock, des singles avec couplets et refrain. Vous pouvez être plus subtil, plus ludique."Pour Daniel Offermann aussi, le passage vers le jeune public a coïncidé avec le début de la paternité. Hasard ou pas? Lui déclare en tout cas qu'il n'y a pas de lien conscient. "Mais c'est vrai qu'avec les spectacles pour enfants, les horaires de travail représentent un avantage quand vous êtes parent: vous partez le matin et vous rentrez le soir." A l'invitation de La Montagne magique à Bruxelles, Daniel Offermann s'apprête à retrouver les frères Lionel et Brice Vancauwenberghe, ses collègues des Girls, et César Laloux, ex-BRNS, ex-The Tellers et actuelle moitié du groupe Mortalcombat, pour un concert de rock réservé aux enfants à partir de 6 ans. Son nom? Comète (3). "On aimait bien le mot, et aussi le fait que quand vous êtes gosse, vous savez plus ou moins ce que c'est une comète, mais pas exactement." Pas de compositions originales dans Comète, mais des reprises, du rock des années 1970 aux Strokes, avec l'une ou l'autre incursion vers le hip-hop et dans les répertoires des groupes des quatre musiciens. "On a choisi des morceaux qui nous ont excités quand on était gosses, qui nous ont donné l'envie de prendre une guitare, précise Daniel. En partant du principe qu'on voulait retrouver cette excitation et la transmettre aux gosses." Côté timing, c'est bien connu, les enfants sont impitoyables. "C'est un public très exigeant au point de vue du rythme, avance Samir Barris. Le concert doit être très bien construit pour les tenir en haleine pendant 50 minutes." C'est une leçon qu'a aussi retenue le saxophoniste et flûtiste Manuel Hermia, avec son projet en trio piano (Pascal Mohy) et contrebasse (Sam Gerstmans) Jazz for Kids (4), lancé à l'invitation des Jeunesses musicales. "Prendre son temps c'est bien, prendre trop de temps ça ne va pas. Il faut veiller à garder un lien permanent avec le public, être sûr qu'il ne s'ennuie pas. On a vraiment aiguisé cet aspect-là avec les enfants et ça a changé notre rapport avec le public adulte, dans notre gestion du temps." Le concept de Jazz for Kids? Utiliser des comptines du patrimoine francophone comme des standards de jazz à hauteur d'enfants. A la claire fontaine se décline façon John Coltrane et la Souris verte court dans l'herbe en mode free jazz ou speed. "J'ai travaillé quelques mois au piano pour réharmoniser les comptines, retrace Manuel Hermia. Comme on l'explique dans le concert, la mélodie, c'est comme le contour du dessin et l'harmonie, c'est comme les couleurs. Il faut dessiner une pomme de façon à ce que tout le monde reconnaisse que c'est une pomme, mais ensuite on peut la colorier comme on veut. Le plus compliqué à gérer, c'est qu'une comptine est très basique en général: il a fallu chercher des pistes pour en faire quelque chose d'harmoniquement intéressant, complexifier par le bas, d'une certaine façon. Mais la mélodie n'est que le prétexte, ce qui compte c'est l'improvisation. Ça permet aussi de montrer aux enfants que dans la vie tout n'est pas écrit, qu'il y a moyen d'inventer, de transformer, d'être créatif avec tout."Avec Jazz for Kids, Manuel Hermia, lui aussi jeune papa, essaie de privilégier les représentations tout public par rapport au public des écoles, "pour que les enfants puissent venir avec les grands frères, les grandes soeurs, les parents, papy, mamy... Ce que je trouve passionnant dans ce projet, c'est de renouer un lien intergénérationnel à travers le jazz et les comptines, voir les salles où papy chante avec maman et le petit frère..." "Je n'aime pas quand les organisateurs veulent mettre tous les enfants devant et les parents derrière, confirme de son côté Samir Barris. Je préfère les concerts où les petits sont assis au milieu des adultes. On voit quelque chose de spécial se passer, les parents chantent avec les enfants, ils se regardent, ils se sourient. C'était ça que je voulais faire." Finalement, l'appellation "musique jeune public" est trompeuse: c'est de musique pour tous qu'il s'agit. L'invitation est lancée, toutes générations confondues.