Que reste-t-il du fameux rêve américain? Après le passage de Trump à la Maison-Blanche, avouons-le, pas grand-chose. Le constat est déprimant, surtout si vous avez, comme beaucoup, construit une partie de votre imaginaire musical en bouffant de l'Amérique, matin, midi et soir. Une Amérique fantasmée bien sûr, puisqu'on n'a jamais été dupe non plus de ses dérives et de ses pathologies, adorant bien plus souvent ses outlaws que ses VRP officiels. Aujourd'hui, cependant, l'illusion a vécu. Vus d'ici, les États-Unis apparaissent plus que jamais comme déchirés, minés de l'intérieur, complètement déboussolés. Un peu comme Kanye West dans le clip de Closed on Sunday, véritablement à l'ouest pour le coup, perdu dans ses névroses, errant seul dans les plaines du Wyoming. Que reste-t-il des USA? Comme diraient les rappeurs bruxellois JeanJass...

Que reste-t-il du fameux rêve américain? Après le passage de Trump à la Maison-Blanche, avouons-le, pas grand-chose. Le constat est déprimant, surtout si vous avez, comme beaucoup, construit une partie de votre imaginaire musical en bouffant de l'Amérique, matin, midi et soir. Une Amérique fantasmée bien sûr, puisqu'on n'a jamais été dupe non plus de ses dérives et de ses pathologies, adorant bien plus souvent ses outlaws que ses VRP officiels. Aujourd'hui, cependant, l'illusion a vécu. Vus d'ici, les États-Unis apparaissent plus que jamais comme déchirés, minés de l'intérieur, complètement déboussolés. Un peu comme Kanye West dans le clip de Closed on Sunday, véritablement à l'ouest pour le coup, perdu dans ses névroses, errant seul dans les plaines du Wyoming. Que reste-t-il des USA? Comme diraient les rappeurs bruxellois JeanJass & Caballero, "Fuck Donald Trump/JJ & Caba plus Américains que l'Amérique"... Rappelez-vous: pendant longtemps, notamment avec son projet initial de composer un album pour chaque État des USA, Sufjan Stevens passait pour l'incarnation même de l'Amérique poétique, folk et céleste à la fois. Au printemps dernier cependant, Stevens sortait The Ascension, son premier album solo depuis 2015, nettement plus grinçant. Avec pour single inaugural, les douze minutes d'America, dont il ne cache pas le caractère politique, témoignant d'une perte de foi dans son pays, son identité, sa culture. "I'm ashamed to admit I no longer believe", chante l'intéressé, avant de supplier: "Don't do to me what you did to America". Depuis le départ, avant même son élection, Eminem a pris Donald Trump pour cible. En octobre 2017, il passe carrément le tout nouveau président à la sulfateuse. Invité à la cérémonie des BET Hip Hop Awards, Slim Shady envoie la vidéo d'un freestyle dévastateur, tournée dans un parking de Detroit. Pendant quatre minutes, le rappeur retrouve férocité et urgence en attaquant frontalement "l'agent orange". Surtout, il oblige ses fans à prendre parti. "Je trace ici une ligne/Vous êtes pour ou contre/Et à tous ceux qui ne peuvent pas trancher sur celui qu'ils préfèrent/qui n'arrivent pas à se décider sur celui qu'ils veulent supporter/je vais vous aider avec ceci: fuck you."À l'automne 2017, l'ouragan Maria s'abat notamment sur Puerto Rico, territoire "non incorporé" des États-Unis. À l'époque, Alynda Mariposa Segarra, aka Hurray for the Riff Raff, originaire du Bronx, a déjà écrit Pa'lante. Ode à ses racines caribéennes, le morceau prend évidemment une autre tournure après la catastrophe naturelle. D'autant plus quand le président se détourne de l'île, l'abandonnant quasiment à son sort. La vidéo de Pa'lante! (En avant!, le slogan des Young Lords, groupe d'activistes revendiquant l'autonomie durant les années 70) tient du court métrage, montrant la détresse mais aussi la résilience des habitants de Puerto Rico.On peut en débattre, mais sans doute est-il plus facile de critiquer et de rentrer dans le lard d'un président comme Trump quand on est un rockeur indie -quitte à alimenter la rhétorique du "président proche du peuple face aux élites culturelles gauchistes" (refrain connu). C'est probablement plus compliqué quand on s'appelle Taylor Swift ou Demi Lovato, pop stars mainstream par excellence. Certes, cette dernière n'hésite jamais à défendre, par exemple, les droits des LGBT. Mais elle n'a cependant jamais été aussi frontale que dans Commander in Chief, ballade gospelisante qui charge le pensionnaire de la Maison-Blanche avec la virulence d'un rap hardcore.Dans une Amérique rongée par ses démons racistes, le clip de Childish Gambino aura fait office de véritable uppercut. L'intéressé ne s'est jamais beaucoup livré sur le sujet. Ni sur le morceau, ni sur une vidéo pourtant plus ambigus qu'il n'y paraît. This Is America: le racisme, la violence, les tueries de masse. Mais aussi l'entertainment triomphant. Celui qui transforme les souffrances des Noirs en un spectacle comme un autre (comme le suggère un autre clip marquant, FUN! du rappeur Vince Staples: les scènes du ghetto repiquées de Google Earth s'enchaînent, avant de réaliser en toute fin que c'est un jeune Blanc, planqué dans sa chambre, qui manipule la caméra...).