Il y a dix ans, en 2005, Rihanna sortait son premier simple (Pon de Replay). Depuis, elle n'a quasi jamais arrêté: album après album (sept en sept ans), single après single (58 jusqu'ici, dont treize numéros 1 US). D'Umbrella à We Found Love, de Diamonds à Man Down... A même pas 28 ans (elle les aura la semaine prochaine), "Riri" a déjà collectionné des tubes pour plusieurs vies. Rien que l'an dernier, on l'a vue sur le FourFiveSeconds de Kanye West, quelques semaines avant de sortir son Bitch Better Have My Money. Aujourd'hui, elle revient avec un nouvel album. Mais sans que ces deux titres n'y soient inclus. Ce n'était visiblement pas le but d'Anti.

Pour être une popstar, et surtout le rester, il ne suffit pas d'enfiler les tubes. Madonna ne dira pas le contraire: il convient aussi de régulièrement renouveler le "produit", opérer le petit glissement qui relancera l'intérêt. Rihanna en est là aujourd'hui. C'est du moins ce que ne cesse de dire le nouvel Anti. Depuis plusieurs mois, l'album est annoncé comme la déclaration d'indépendance artistique de la chanteuse. Son pas de côté "anti-commercial". En octobre dernier, la pochette d'Anti était révélée lors d'un event rassemblant presse et fans, dans une galerie d'art contemporain de L.A. Au lieu du traditionnel close-up sexy, l'artwork montre une image de Rihanna gamine, le regard caché par une couronne, une coulée de peinture bavant sur le dessus du cadre. En surimpression, un poème, en braille. Anti? Arty!

A cette promesse d'émancipation, Rihanna se tient quasi de bout en bout. N'attendez pas le tube qui tâche: il ne vient jamais. Cela n'empêchera pas un morceau comme Close to You de venir éventuellement bousculer Adele herself sur son terrain sentimental. Ni le premier single Work, avec Drake, de tourner en boucle, la demoiselle des Barbades retrouvant pour l'occasion son accent caribéen. Dancehall bubblegum, le morceau reste cependant loin des feux d'artifice, bourrins mais souvent jouissifs, de ses disques précédents. L'album s'ouvre avec Consideration, où elle chante notamment: "Do my things my own way, darling/Why you ain't ever let me grow?" Plus loin, dans Love on the Brain, sorte de ballade doo-wop plutôt réussie, Rihanna est encore plus explicite: "I'm tired of being played like a violin." L'interlude James Joint ressemble ainsi davantage à une chute d'Erykah Badu qu'au dernier assaut mélodique commandé à Sia. Plus loin, Riri reprend carrément les rockeurs psyché-indie-pop de Tame Impala (Same Ol' Mistakes): petit peuple hipster, m'entends-tu?

Même calculée, et un peu trop appuyée (à force de garder la main sur le frein, le disque peut s'avérer monotone), il ne faudrait pas sous-estimer l'audace de la démarche. Pour l'instant, elle est encore trop dispersée pour savoir où Rihanna désire vraiment aller. En cela, Anti porte bien son titre: il dit moins ce que Rihanna veut, que ce qu'elle ne veut (plus) pas.

RIHANNA, ANTI, DISTRIBUÉ PAR UNIVERSAL.

EN CONCERT LE 21/07, À LA WERCHTER BOUTIQUE.

Il y a dix ans, en 2005, Rihanna sortait son premier simple (Pon de Replay). Depuis, elle n'a quasi jamais arrêté: album après album (sept en sept ans), single après single (58 jusqu'ici, dont treize numéros 1 US). D'Umbrella à We Found Love, de Diamonds à Man Down... A même pas 28 ans (elle les aura la semaine prochaine), "Riri" a déjà collectionné des tubes pour plusieurs vies. Rien que l'an dernier, on l'a vue sur le FourFiveSeconds de Kanye West, quelques semaines avant de sortir son Bitch Better Have My Money. Aujourd'hui, elle revient avec un nouvel album. Mais sans que ces deux titres n'y soient inclus. Ce n'était visiblement pas le but d'Anti. Pour être une popstar, et surtout le rester, il ne suffit pas d'enfiler les tubes. Madonna ne dira pas le contraire: il convient aussi de régulièrement renouveler le "produit", opérer le petit glissement qui relancera l'intérêt. Rihanna en est là aujourd'hui. C'est du moins ce que ne cesse de dire le nouvel Anti. Depuis plusieurs mois, l'album est annoncé comme la déclaration d'indépendance artistique de la chanteuse. Son pas de côté "anti-commercial". En octobre dernier, la pochette d'Anti était révélée lors d'un event rassemblant presse et fans, dans une galerie d'art contemporain de L.A. Au lieu du traditionnel close-up sexy, l'artwork montre une image de Rihanna gamine, le regard caché par une couronne, une coulée de peinture bavant sur le dessus du cadre. En surimpression, un poème, en braille. Anti? Arty! A cette promesse d'émancipation, Rihanna se tient quasi de bout en bout. N'attendez pas le tube qui tâche: il ne vient jamais. Cela n'empêchera pas un morceau comme Close to You de venir éventuellement bousculer Adele herself sur son terrain sentimental. Ni le premier single Work, avec Drake, de tourner en boucle, la demoiselle des Barbades retrouvant pour l'occasion son accent caribéen. Dancehall bubblegum, le morceau reste cependant loin des feux d'artifice, bourrins mais souvent jouissifs, de ses disques précédents. L'album s'ouvre avec Consideration, où elle chante notamment: "Do my things my own way, darling/Why you ain't ever let me grow?" Plus loin, dans Love on the Brain, sorte de ballade doo-wop plutôt réussie, Rihanna est encore plus explicite: "I'm tired of being played like a violin." L'interlude James Joint ressemble ainsi davantage à une chute d'Erykah Badu qu'au dernier assaut mélodique commandé à Sia. Plus loin, Riri reprend carrément les rockeurs psyché-indie-pop de Tame Impala (Same Ol' Mistakes): petit peuple hipster, m'entends-tu? Même calculée, et un peu trop appuyée (à force de garder la main sur le frein, le disque peut s'avérer monotone), il ne faudrait pas sous-estimer l'audace de la démarche. Pour l'instant, elle est encore trop dispersée pour savoir où Rihanna désire vraiment aller. En cela, Anti porte bien son titre: il dit moins ce que Rihanna veut, que ce qu'elle ne veut (plus) pas.