Forest. Pas très loin du Bar du Matin. Antoine Meersseman s'apprête à faire ses caisses avant de déménager dans le Vercors. Un petit appartement aménagé près de Die, au pied des montagnes, par des viticulteurs bio. "Bruxelles change de manière extrême ces derniers temps. La ville s'embourgeoise de manière vraiment vénère. Soit tu as des restos pour des gens qui ont vraiment du blé, beaucoup de blé, soit c'est la misère. J'ai grandi dans ce quartier qui était à la base plutôt classe moyenne. Ça me déprime de voir la ville bouger comme ça et les pouvoirs publics uniquement essayer d'attirer des gens qui ont de la thune."
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Forest. Pas très loin du Bar du Matin. Antoine Meersseman s'apprête à faire ses caisses avant de déménager dans le Vercors. Un petit appartement aménagé près de Die, au pied des montagnes, par des viticulteurs bio. "Bruxelles change de manière extrême ces derniers temps. La ville s'embourgeoise de manière vraiment vénère. Soit tu as des restos pour des gens qui ont vraiment du blé, beaucoup de blé, soit c'est la misère. J'ai grandi dans ce quartier qui était à la base plutôt classe moyenne. Ça me déprime de voir la ville bouger comme ça et les pouvoirs publics uniquement essayer d'attirer des gens qui ont de la thune." Pendant le confinement, le bassiste de BRNS est parti bosser dans des fermes, rencontrer des gens inspirants et découvrir d'autres manières de vivre. "C'est le résultat de réflexions politiques. Une réponse à des phénomènes de société. Que ce soit dans le domaine alimentaire ou énergétique... Puis, tu te rends compte qu'il y a plein de trucs de musiques zarbs qui tournent là-bas et que tu ne vois pas dans les villes finalement. C'est un autre circuit. Beaucoup moins marchand. Je me rends compte avec les années que c'est le genre de bazar qui me fait vibrer. J'avais envie d'essayer d'autres choses." Comme BRNS en somme, dont le nouvel album Celluloid Swamp est un drôle de fourre-tout. "L'album précédent n'avait pas trop marché. Je ne parle pas des ventes, qui de toutes façons ne ressemblent plus à rien. C'est plutôt la réception du public. Tu regardes le thermomètre dans les salles, la vie des concerts. Les morceaux n'ont pas super bien passé l'exercice du live. Ça arrive." Il y avait les attentes aussi. Trop pesantes, ennuyeuses, encombrantes... "Les tourneurs voulaient qu'on breake, qu'on devienne une tête d'affiche. Et donc tout à coup tu passes du statut d'outsider où on peut encore te caler en première partie et où tu peux créer la surprise à celui de groupe établi. Et là, tu dois proposer des sets de 60-70 minutes. C'est beaucoup. Je déteste regarder des concerts aussi longs. La plupart du temps, c'est super chiant. Mais il faut absolument parce que sinon, les gens vont être dégoutés de payer 16 balles... Bref, ça participait à un truc pas super positif. C'est con, hein. Mais quand tu es tête d'affiche, tu arrives en premier et tu joues en dernier. Tu débarques dans la salle à 14 heures et tu montes sur scène à 23 heures 30 parfois. Tu passes des journées de l'enfer. Tu te fais chier. Et quand tu joues, t'es crevé." Après le projet Namdose, leur collaboration assez décomplexante avec Ropoporose, les BRNS ont décidé de foncer. D'y aller franco, sans chercher midi à 14 heures. Antoine avait déjà composé quelques titres (Get Someting, Money, Inverted, Familiar). Après quelques jours en Normandie, ils s'en sont allés enregistrer Cellulloid Swamp à New York. "L'idée n'était pas d'apposer un gros autocollant made in New York pour se la jouer international. C'est juste qu'on avait un pote là-bas et un studio de malade à disposition. Et que ça nous coûtait la même chose que de le faire en Belgique." Ce pote, c'est Alexis Berthelot. Un ingé son au CV impressionnant qui renseigne Marc Ribot, Frank Ocean, Moses Sumney, Gojira et Pneu. Quant au "studio de malade", c'est le Studio G. Jadis remise à calèches pour une boulangerie polonaise, le bâtiment est devenu lieu d'enregistrement grâce à Tony Maimone (ancien bassiste de Pere Ubu) et quelques-uns de ses comparses. "C'est un peu l'hypercentre de Brooklyn. Juste à côté de The Lot Radio et du studio de Nicolas Vernhes (Animal Collective, Deerhunter). New York ne me fait pas rêver. C'est pour moi la mégalopole surcapitaliste qui se rachète un peu en voulant être à la pointe au niveau moral et éthique. Alors que derrière, c'est quand même des enjeux de pognon et extrêmement libéral. Quand ils ont ouvert le studio, les mecs ont rassemblé le matériel qu'ils avaient. On a pu y aller les mains dans les poches. On avait un matos de tapé et on bossait avec quelqu'un qui le connaissait." Sur la dizaine de jours qu'ils ont passés aux États-Unis, les Bruxellois se sont aussi aérés à la campagne, au Outlier Inn, dans les Catskills. Son slogan? Repos, relaxation et rock'n'roll... "Le mec qui a monté le studio est un ancien teufeur new-yorkais. Tu vois ces types blindés, adeptes des free parties, qui ont pris un tas de drogues et qui un jour se sont transformés en yogis? Il a ce lieu d'enregistrement et de retraite. C'est un endroit un peu bizarre. Une meuf faisait de la musique hyper perchée et nettoyait la pièce à la sauge tandis qu'un type maniait le sabre dehors, torse nu. Ils ont tous le cerveau bousillé." La suite a été chaotique. Le Jette Studio où ils ont bossé les voix merdait dans tous les sens. Le mixage a pris six mois de retard à cause d'un coup de foudre. Puis le Covid a mis un an et demi dans la tronche. Antoine a profité du temps libre pour se consacrer à Paradoxant. Timothée Philippe (voix/batterie) a assuré des doublages pour des films et des dessins animés. "Il vient de donner la réplique à Vianney dans un manga." Quant à Diego Leyder, qui a deux enfants ("ce qui l'a pas mal absorbé"), il a un projet de post-punk improvisé intitulé Fondry. Enfin sorti trois ans après son enregistrement, Celluloid Swamp est un joyeux bordel qui évoque à la fois les Pixies (Get Something) et un r'n'b à la Dirty Projectors (Suffer). Qui peut rappeler Devo, XTC, Pere Ubu mais aussi envoyer The Notwist batifoler avec TTC dans les fourrés (Familiar) grâce à l'ovni Carl Roosens (il avait signé la pochette de Wounded, leur premier LP) et à son flow mitraillette. C'est l'un des invités du disque. Comme Catherine De Biasio et Ben Bertrand, "le Colin Stetson de la clarinette basse en Belgique". Un album qui a le sens de la liberté, de la rupture et du groove.