Rubis. Saint-Gilles. C'est dans un bar à vins mais autour d'une bouteille d'eau pétillante que les BRNS ont fixé rendez-vous pour raconter l'accouchement de Sugar High. Ce nouveau bébé, pop et aventureux, ambitieux et fouillé, dont l'un des pères s'est déjà barré, les Bruxellois l'ont enregistré en deux lieux et en deux temps. D'abord dans les murs et couloirs du Beursschouwburg, bouillonnante plateforme culturelle de la capitale. Ensuite dans un gîte du namurois avec terrain de basket et table de ping-pong. "Le programmateur musical Vincent Tetaert nous a dit: "Au Beurs, on a des prises partout. Ça vous intéresse?" On a sauté sur l'occasion", retrace le batteur et chanteur Timothée Philippe, dont le frère fait du hip-hop sous le nom de Ramsès. En janvier 2016, les BRNS s'installent un peu partout dans le bâtiment. "Ça fait du bien de ne pas rester enfermés dans un studio cloisonné et une ambiance de travail. On avait une vraie liberté. Ça a été plutôt ludique. On s'est même fabriqué un petit cabanon avec des tentures pour faire sonner la batterie comme on le désirait."
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Rubis. Saint-Gilles. C'est dans un bar à vins mais autour d'une bouteille d'eau pétillante que les BRNS ont fixé rendez-vous pour raconter l'accouchement de Sugar High. Ce nouveau bébé, pop et aventureux, ambitieux et fouillé, dont l'un des pères s'est déjà barré, les Bruxellois l'ont enregistré en deux lieux et en deux temps. D'abord dans les murs et couloirs du Beursschouwburg, bouillonnante plateforme culturelle de la capitale. Ensuite dans un gîte du namurois avec terrain de basket et table de ping-pong. "Le programmateur musical Vincent Tetaert nous a dit: "Au Beurs, on a des prises partout. Ça vous intéresse?" On a sauté sur l'occasion", retrace le batteur et chanteur Timothée Philippe, dont le frère fait du hip-hop sous le nom de Ramsès. En janvier 2016, les BRNS s'installent un peu partout dans le bâtiment. "Ça fait du bien de ne pas rester enfermés dans un studio cloisonné et une ambiance de travail. On avait une vraie liberté. Ça a été plutôt ludique. On s'est même fabriqué un petit cabanon avec des tentures pour faire sonner la batterie comme on le désirait.""On ne s'est pas mis la pression, poursuit le bassiste et claviériste Antoine Meersseman. Le Beurs fourmille. Des mecs bossaient sur des écriteaux pour la façade. Il y a eu une fête avec plein d'enfants. D'autres artistes en résidence aussi. Des plasticiens qu'on a sans doute un peu fait chier." "Les mecs bossaient sur des installations dans les couloirs où on enregistrait, décrit Diego Leyder. Il y avait des cailloux par terre. Puis aussi des cours de yoga." La deuxième salve, les BRNS l'ont tirée à la campagne. À Denée. Là où ils avaient travaillé leur Patine. La Classe, un grand gîte contemporain de prestige à la porte des Ardennes."On allait courir. On s'est fait des petits restos namurois. On y a passé une dizaine de jours. Et après, on a homogénéisé tout ça, résument-ils d'une voix. C'est au mix qu'on a trouvé le fil conducteur du disque, dans la manière de le faire sonner. Il y a moins de systématisme dans les morceaux et on a consacré beaucoup de temps aux détails. On s'est donné la liberté de changer des choses. On voulait un truc plus naturel. Moins boursouflé. On a aéré." Disque à la fois direct et kaléidoscopique enregistré et mixé par Tommy Desmedt, Sugar High est dans sa fabrication l'album le plus collaboratif des BRNS. Tout le monde y chante. Chacun y a fait naître des idées. Le multi-instrumentiste au sourire béat et à la bonne humeur contagieuse César Laloux (Italian Boyfriend, Mortalcombat) n'en a pas moins quitté le navire cet hiver. Antoine: "Il devenait maussade. Il avait besoin d'autres choses. César est un stakhanoviste de la composition et le fait de tourner beaucoup ne lui permet pas de se consacrer autant qu'il le désire à l'écriture. Il se sentait frustré. Son statut, pour lui, n'était pas toujours très clair. On voulait l'inclure davantage. Il disait oui. Parfois non. Il avait son projet personnel en même temps. Je comprends." "J'ai rêvé qu'il venait faire un featuring lors d'un concert, sourit Diego. César a annoncé son départ quand le mix était fini mais il nous a laissé le temps de nous retourner. On n'avait plus de concerts pendant trois ou quatre mois. Il est même venu en répète expliquer des trucs à Lucie." Lucie, c'est Lucie Marsaud, sa remplaçante, croisée avec Monolithe Noir au sein d'Arch Woodmann. "De la pop de luxe très bien arrangée, à la Grizzly Bear, commente Antoine. On la connaît depuis longtemps. On voulait quelqu'un avec qui on était potes et avec qui ce serait cool sur les routes." Familial BRNS. Et plutôt deux fois qu'une. La soeur de Tim et la copine de Diego chantent sur le disque. Et la pochette de l'album, qui représente le Plan K, mythique et défunte salle bruxelloise, est l'oeuvre du père d'Antoine. "Elle date du temps où il étudiait la BD à Saint-Luc dans les années 70. Il a participé à un fanzine avec des mecs à fond dans le punk et le post-punk. Ça s'appelait Vanille Framboise. Un truc très éphémère. Pas cynique mais piquant. Ils se permettaient un peu tout. C'était le ton de l'époque." BRNS aussi se permet beaucoup de choses. The Rumor s'offre des choeurs enfantins et sucrés. Pious Platitudes commence sur une basse à la Pixies. Ishtar pique des petits riffs à Battles. Sarah explore des paysages électroniques bruitistes. The Missing envoie John Dwyer (Thee Oh Sees) dans un tube nineties... Les BRNS sont des curieux. Toujours en concert quand ils n'en organisent pas d'ailleurs... "On a tout le temps été voir beaucoup de gigs, commente Antoine. Avant, c'était les trucs du label Anticon ou un groupe comme Port O'Brien. C'est sain. Quand tu découvres un tas d'artistes, ils te marquent moins directement. Ce qui est dangereux, c'est de s'enfermer chez soi et d'écouter le même disque pendant six mois. Des influences ressortent mais on ne tape pas tout le temps sur le même clou. Sugar High, c'est la somme de plein de trucs. Il y a un côté plus ouvert, un peu pop. C'est assez grisant d'enregistrer des morceaux avec un tas d'identités différentes. Certains ont du mal à accepter que les groupes évoluent. J'adore le dernier Liars alors que je détestais le précédent. C'est compliqué d'aimer un groupe durant toute sa carrière. Après À bout de souffle, Godard a dit: "J'espère que les gens détesteront mon prochain film. Ça voudra dire que je suis là où on ne m'attend pas.""De quoi parlent les titres de BRNS? "Souvent de relations humaines. Avec un côté fou, surnaturel, un peu SF, résume Diego. Un mot dans le yaourt de Tim ressemblait très fort à Ishtar. J'ai googlé. J'ai vu qu'elle était la déesse de tout. Du bien mais aussi du mal. De la fertilité. Sunday Afternoon parle de relation, de lune. C'est assez mignon, poétique et surréaliste. Il y a Forest aussi, un morceau vert, très écolo. Tu ne sais pas si c'est quelqu'un ou des bois. C'est en fait notre ode à la pilosité..."