On a craint le pire. Alors que l'industrie musicale comptait sur le streaming pour éviter la catastrophe, la machine s'est grippée. Lors des premières semaines du confinement, les chiffres d'écoute ont baissé un peu partout. L'explication? Avec le travail à domicile, ce sont les heures d'écoute dans les transports en commun qui sont passées à la trappe. À cela, il faut également ajouter la fermeture de l'Horeca, gros consommateur de playlists. Ou encore la diminution des sorties, qui attirent généralement du monde sur les plateformes. La déprime n'a cependant pas duré longtemps. Après quelques semaines, les chiffres sont repartis à la hausse. Au début de l'automne, l'industrie a publié ses comptes pour les six premiers mois de l'année: malgré la pandémie, ils ont bondi de 4% en Espagne, 4,8% en Allemagne, ou encore 5,6% aux États-Unis. Merci, le streaming...
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On a craint le pire. Alors que l'industrie musicale comptait sur le streaming pour éviter la catastrophe, la machine s'est grippée. Lors des premières semaines du confinement, les chiffres d'écoute ont baissé un peu partout. L'explication? Avec le travail à domicile, ce sont les heures d'écoute dans les transports en commun qui sont passées à la trappe. À cela, il faut également ajouter la fermeture de l'Horeca, gros consommateur de playlists. Ou encore la diminution des sorties, qui attirent généralement du monde sur les plateformes. La déprime n'a cependant pas duré longtemps. Après quelques semaines, les chiffres sont repartis à la hausse. Au début de l'automne, l'industrie a publié ses comptes pour les six premiers mois de l'année: malgré la pandémie, ils ont bondi de 4% en Espagne, 4,8% en Allemagne, ou encore 5,6% aux États-Unis. Merci, le streaming... Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes? Pas si vite. Car certains pointent déjà une effet de saturation. Aux États-Unis notamment. Si les plateformes y ont vu leur nombre d'abonnés payants grimper (+11 millions entre janvier et septembre), le flux de streams est resté quasi identique. Or, si la manne ne grossit pas, ils sont de plus en plus nombreux à vouloir piocher dedans: 55.000 nouveaux morceaux sont enregistrés quotidiennement sur les différentes plateformes (contre 40.000 en avril 2019). À ce petit jeu-là, ce sont les artistes qui trinquent. Hormis les grosses stars internationales, ils sont peu nombreux à tirer profit du système. Plus que jamais, la contre-attaque s'organise: pétition (Justice at Spotify, lancée par le syndicat américain UMAW), enquête parlementaire en Grande-Bretagne, voire, pour certains, retrait des plateformes les plus populaires pour se replier sur d'autres options comme Bandcamp. De son côté, Spotify, principale cible des musiciens en colère, continue de vanter les vertus d'un modèle qui n'aurait pas encore livré tout son potentiel. Malgré l'augmentation du nombre d'abonnés, la compagnie suédoise reste pourtant déficitaire. Et si elle ne cesse d'investir, elle a surtout misé sur les podcasts ces derniers mois -100 millions de dollars pour acquérir les droits de celui de l'animateur américain Joe Rogan. "L'équivalent de 23 milliards de streams sur Spotify", a tweeté le critique et pianiste jazz, Ted Gioia. C'est l'une des tendances de l'année: l'écoute des plateformes de streaming via les consoles de jeu a explosé, +55% selon Spotify. Et ce n'est que l'un des indicateurs d'une nouvelle lune de miel entre musique et gaming. Jusqu'ici, les musiciens touchaient le jackpot quand ils se retrouvaient sur la BO de GTA ou FIFA. Désormais, ils organisent leurs propres "concerts" sur des plateformes de jeu, à la manière du rappeur Travis Scott sur Fortnite. Au même moment, c'est le jeu Minecraft qui montait un festival virtuel avec pas mal de noms ronflants (Massive Attack), et aussi quelques soucis techniques... Quant à la plateforme de gamers Twitch, elle a été de plus en plus utilisée par des musiciens pour diffuser leurs livestreamings. L'audience de la catégorie "Music and Performance Arts" aurait ainsi explosé: + 524%! S'il y a une appli qui a "profité" du confinement, c'est bien TikTok, la plus téléchargée de 2020. C'est comme si, avec la fermeture des clubs, le réseau était devenu la plus grande piste de danse du monde, adoptée par les ados (mais plus seulement), qui ont trouvé là une manière de tromper l'isolement et l'ennui. Cette vie confinée, elle se retrouve également dans l'analyse des playlists les plus streamées. Dans sa rétro de fin d'année, Spotify n'a pas manqué de pointer le boum de certaines sélections "domestiques". Lors du premier confinement, les playlists jardinage ont ainsi augmenté de 430%, tandis que l'audience du podcast WeCrochet a grimpé de 60%. Mais c'est encore le tag WFH (pour work from home) qui a le plus cartonné: +1.400% au cours des premières semaines de mars. Fin 2019, seuls trois morceaux datant d'avant la création de YouTube, en 2005, y avaient dépassé le milliard de vues. Un an plus tard, ce nombre est passé à dix (avec, entre autres, l'entrée du Take on Me du groupe norvégien a-ha). Les oldies, valeur refuge en temps de crise? Pas au point de remettre en cause les schémas habituels. Au royaume du streaming, c'est toujours la pop (le Blinding Lights de The Weeknd, morceau le plus écouté en 2020, sur Spotify) et surtout le rap qui occupent le trône. Quand Apple Music lance son premier show francophone (Le Code), c'est donc pour le confier au journaliste rap Mehdi Maïzi. Chez Deezer, on n'a pas attendu non plus de voir les rappeurs accumuler les streams (sept des dix albums les plus écoutés en 2020 sur la plateforme française étaient des disques de rap) pour investir dans le genre (comme elle vient encore de le faire en confiant une playlist au phénomène internet, JulienBeats). Même constat chez Spotify, qui se lance dans la création de contenu propre en proposant une interview de l'un des artistes les plus écoutés de l'année, Damso. Qui est l'artiste le plus streamé de 2020? Sur Spotify, c'est le Portoricain Bad Bunny. Son album YHLQMDLG y fut également le plus écouté. Et son successeur, paru début décembre, El Último Tour del Mundo, est bien parti pour suivre la même trajectoire -il a directement atteint le top du Billboard US, une première pour un album exclusivement en espagnol. Dire que les musiques latinos (pop, reggaeton, etc.) ont le vent en poupe est devenu une banalité. Le phénomène Bad Bunny est surtout une nouvelle preuve de l'internationalisation toujours plus importante des charts. Après tout, l'un des phénomènes musicaux les plus "viraux" de 2020 est à mettre au crédit de Jerusalema du producteur sud-africain Master KG. Par ailleurs, l'année a confirmé l'importance toujours plus grande de la K-pop. Sur YouTube, Blackpink et BTS ont réalisé huit des dix plus gros démarrages de son histoire. Il y a quinze jours, Spotify annonçait d'ailleurs son prochain chantier: après la Russie en 2020, la plateforme se déploiera dès la première moitié de 2021 en Corée du Sud.