Troisième jeudi de septembre. Le temps est doux. Le soleil brille. C'est sur la terrasse du Me and My Monkey, son sympathique café, que Noah Melis nous attend pour parler du dernier Bed Rugs. Pas de Dour, de Pukkelpop, et encore moins de Werchter: l'été a été relativement calme en Belgique pour les Anversois. Ils se sont rattrapés en France, en Espagne et au Portugal. Jouent ces jours-ci en Allemagne et ont toutefois quelques dates prévues en Angleterre. "On a des bonnes critiques pourtant. Je ne sais pas ce qui nous rend si inintéressants, sourit le batteur sans amertume. Est-ce qu'on passe à la radio? Fuck la radio non? Est-ce qu'il en reste seulement une bonne? Notre premier single était sur les ondes mais il n'y est pas resté longtemps. On a pressé l'album à 500 exemplaires. Ils partent bien. Mais c'est dur aujourd'hui de vendre. Tout va si vite. Tout le monde a YouTube et Spotify. Puis, je ne sais pas si beaucoup prennent encore le temps d'écouter des disques.Je me dis souvent que la Belgique est trop petite pour ce genre de musique. C'est une petite scène en plus. Et je ne sais pas vraiment à laquelle on appartient. On est dans le psychédélisme mais aussi vraiment dans la pop."
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Troisième jeudi de septembre. Le temps est doux. Le soleil brille. C'est sur la terrasse du Me and My Monkey, son sympathique café, que Noah Melis nous attend pour parler du dernier Bed Rugs. Pas de Dour, de Pukkelpop, et encore moins de Werchter: l'été a été relativement calme en Belgique pour les Anversois. Ils se sont rattrapés en France, en Espagne et au Portugal. Jouent ces jours-ci en Allemagne et ont toutefois quelques dates prévues en Angleterre. "On a des bonnes critiques pourtant. Je ne sais pas ce qui nous rend si inintéressants, sourit le batteur sans amertume. Est-ce qu'on passe à la radio? Fuck la radio non? Est-ce qu'il en reste seulement une bonne? Notre premier single était sur les ondes mais il n'y est pas resté longtemps. On a pressé l'album à 500 exemplaires. Ils partent bien. Mais c'est dur aujourd'hui de vendre. Tout va si vite. Tout le monde a YouTube et Spotify. Puis, je ne sais pas si beaucoup prennent encore le temps d'écouter des disques.Je me dis souvent que la Belgique est trop petite pour ce genre de musique. C'est une petite scène en plus. Et je ne sais pas vraiment à laquelle on appartient. On est dans le psychédélisme mais aussi vraiment dans la pop."La pop belge, les disciples du Big Lebowski viennent de lui offrir avec Hard Fun Grand Design un de ses plus beaux bijoux. Une espèce d'opéra gentiment halluciné et futuriste. Un gigantesque trip sous psychotropes. Avec du Flaming Lips, du Beach Boys, du Super Furry Animals et du Badly Drawn Boy dans les pilules. "Sur notre album précédent, Cycle , on avait déjà travaillé avec Derek Almstead d'Olivia Tremor Control et de Circulatory System (puis aussi d'Of Montreal). On lui avait demandé de nous proposer un mix. Il en avait fait deux. Juste comme test. Et on n'en était pas trop heureux à l'époque. On avait une autre idée de ce à quoi notre musique devait ressembler et on avait fini par bosser avec quelqu'un d'autre. C'est marrant. Quand je réécoute aujourd'hui, je préfère ses versions à celles qu'on a choisies." Du temps s'est écoulé depuis. "On a fait un long break après la tournée Cycle. Ce n'était pas planifié. Mais on a arrêté de se parler (rires). On avait besoin d'une pause. On avait enchaîné sans jamais vraiment prendre le temps de travailler convenablement nos chansons et on avait fini par avoir du mal à être heureux de ce qu'on écrivait."Prendre ses distances pour mieux se retrouver. Yannick Aerts et Stijn Boels se sont consacrés à leur boulot, à leur famille... Noah a monté Shy Dog, son projet solo. Tous se sont replongés dans l'écriture sans se prévenir. Chacun dans son coin. "Quand on s'en est rendu compte, on s'est remis au travail ensemble. On ne s'était pas vus au sujet du groupe pendant environ un an et on avait un tas d'idées."Hasards de calendrier: alors que les Bed Rugs se remettent à l'ouvrage, Almstead, leur ami américain du collectif Elephant 6, vient aux nouvelles. Soucieux de savoir ce qui ne leur a pas plu dans ses propositions. Désireux de répondre à leurs attentes et de forcer sa chance. L'occasion fait le larron: au printemps 2017, les Anversois partent enregistrer à Athens, dans l'État de Géorgie. "On n'avait pas tourné autant avec Cycle qu'avec les disques précédents. On était un peu court point de vue budget. Mais on a investi de notre propre argent dans l'aventure. On ne voulait pas faire venir Derek: on voulait aller le voir aux States." Les voilà donc dans le berceau de REM, de Kim Basinger et des B-52's... "C'est une chouette ville. Sa taille? Je ne sais pas. Celle de Turnhout ou de Malines. Le centre est modeste avec quelques hauts buildings et le reste est très espacé comme souvent en Amérique. Les gens sont très progressistes. Branchés musique. Beaucoup de bars. Un show tous les soirs quelque part."Préférant bosser d'arrache-pied (moins "dudes" donc qu'il n'y paraît), les Bed Rugs n'ont été voir que le batteur de Dr Dog Eric Slick ainsi que le violoniste d'Olivia Tremor Control qui joue sur leur disque. "Il est vraiment dans son monde. Difficile d'entrer en communication." Le Sud des États-Unis, Noah, Stijn et Yannick y sont quand même restés pendant un mois, de début avril à début mai. Trente jours dont un de repos pour 26 chansons. "On les avait déjà enregistrées en Belgique lors d'une grosse semaine dans un petit chalet des Ardennes et on s'est basés là-dessus. On bossait une chanson par jour. Derek importait toutes les pistes qu'on allait utiliser et on remplissait avec tout ce dont on avait besoin."Le moins qu'on puisse dire, c'est que Bed Rugs a laissé libre cours à son imagination. Varié les instrumentations. Et donc fait péter les invités. "Outre John Fernandes (clarinette, violon, NDLR ), on a notamment recruté un pote à toute la clique: il organisait un barbecue, a joué avec pas mal de légendes de la country et était très bon au banjo. La plupart des guests sont arrivés de manière fortuite sur le disque..." D'une manière générale, les Anversois se sont ouverts. Ont évité toute forme d'élitisme sans pour autant ranger leurs ambitions. "J'ai écouté beaucoup de musique électronique, de sons de synthétiseurs ces derniers temps. J'en ai d'ailleurs acheté quelques-uns. Je ne me suis intéressé que récemment à un groupe comme Kraftwerk à vrai dire. On était jusque-là très sixties et seventies. Peut-être même un peu snobs. Genre "si ça ne sonne pas années 60, ça ne rentre pas dans le groupe." Maintenant, on est plus ouverts. Notamment aux années 80. J'aime beaucoup la musique japonaise des eighties par exemple. Tu connais Mariah? Un truc à la fois nippon et arménien. C'est génial."Riche, comme le disque, la pochette d' Hard Fun Grand Design est composée de 25 illustrations. Quasiment une par chanson. "On voulait vraiment que Will Cullen Hart, qui peint, s'en charge. Mais il n'était pas bien du tout. On a donc fait appel à Shane Butler de Quilt et d'Olden Yolk avec qui je vais d'ailleurs jouer de la batterie sur quelques dates européennes." La fin d'année s'annonce chargée...