Vous cherchez Bagarre? Vous allez les trouver. Ils sont là, tous les cinq, autour de la table: Emma, dite Emmaï Dee, Cyril (Maître Clap), Arthur (La Bête), Thomas (Majnoun) et Mus. Le leader? Officiellement, il n'y en a pas. Pas de comité de direction non plus. Ni vraiment de ligne directrice, d'ailleurs. C'est quoi, ce boxon? Emma: "On vient un peu de tous de milieux et d'endroits différents. Ce qui nous lie, c'est d'avoir fait la fête ensemble et d'avoir voulu créer la musique que l'on avait envie d'entendre. Quelque chose qui tient du défouloir, mais en voulant y glisser malgré tout des messages: on a toujours trouvé important de "dire" des choses." Arthur: "Pour notre génération, la question du genre musical n'est plus vraiment pertinente. Le Net a décloisonné toutes les chapelles. Alors on ne se prive...

Vous cherchez Bagarre? Vous allez les trouver. Ils sont là, tous les cinq, autour de la table: Emma, dite Emmaï Dee, Cyril (Maître Clap), Arthur (La Bête), Thomas (Majnoun) et Mus. Le leader? Officiellement, il n'y en a pas. Pas de comité de direction non plus. Ni vraiment de ligne directrice, d'ailleurs. C'est quoi, ce boxon? Emma: "On vient un peu de tous de milieux et d'endroits différents. Ce qui nous lie, c'est d'avoir fait la fête ensemble et d'avoir voulu créer la musique que l'on avait envie d'entendre. Quelque chose qui tient du défouloir, mais en voulant y glisser malgré tout des messages: on a toujours trouvé important de "dire" des choses." Arthur: "Pour notre génération, la question du genre musical n'est plus vraiment pertinente. Le Net a décloisonné toutes les chapelles. Alors on ne se prive pas." De fait, le premier album des Parisiens, intitulé Club12345, part dans tous les sens: ouverture trance (Écoutez-moi), citations kuduro ou baile funk (Diamant), réminiscences house nineties (Danser seul) - "en fait, il s'agit plus de Jersey club", précise La Bête. Soit. Club12345 ressemble surtout à ces soirées privées où la sono passe de main en main, provoquant les enchaînements les plus improbables. Cyril: "C'est comme ça que l'on s'est d'ailleurs tous rencontrés. Via des amis d'amis, lors de fêtes dans des appartements. Je n'ai plus de souvenir précis, mais j'imagine qu'on a dû se retrouver autour de l'ordinateur, à débattre du prochain morceau."Avant d'être un groupe (un collectif? un mouvement? une secte?), Bagarre est donc d'abord un prétexte. Une excuse pour organiser des fêtes "et pouvoir pour une fois entrer sans payer". Dans la foulée, ils ont très vite décidé d'investir également la scène. Même s'ils ne sont pas tous musiciens? Un détail... Cyril: "Comme je faisais déjà partie du groupe, ils ont dû inventer ce que j'allais bien pouvoir faire!" (vous pourrez le retrouver derrière le sequencer, NDLR).Bagarre porte bien son nom. Ici, pas question de fusion: les différents styles se fracassent les uns contre les autres dans une sorte de "dyslexie musicale". Ça y va franco, sans fioriture, décomplexé, voire carrément bourrin - "On est un peu comme les mauvais élèves qui sont conscients qu'ils doivent être plus drôles que les bons élèves s'ils veulent se faire accepter". Pour écouter Bagarre, il faut donc avoir l'estomac bien accroché. C'est le prix à payer pour apprécier un groupe qui a décidé de ne rien se refuser. Thomas: "On avait tous envie de chanter. Du coup, on a dû inventer une formule qui rende ça possible." Chez Bagarre, le collectif est donc là pour servir avant tout les individualités. Emma: "Elles sont au centre de l'album, on a voulu les chérir, leur permettre de fleurir." Comme quand la seule fille du groupe parle de masturbation féminine sur Diamant? Arthur: "Le groupe permet de dire en effet des choses que l'on aurait jamais osé chanter seul, par autocensure. C'est parce que je sais que je suis entouré de personnes qui m'aiment, m'aident et m'encouragent que je peux assumer par exemple une chanson comme Ma louve , qui parle de plaisir anal au sein d'une relation hétéro. Appelez ça une démocratie. En fait, c'est juste une question de tolérance et une envie d'exister."Jusqu'ici, Mus n'a encore rien dit. "Pour être honnête, quand je suis rentré dans Bagarre, je détestais leur musique. Je suis arrivé en dernier, et je trouvais ce qu'ils faisaient vraiment horrible. Je venais de la scène hardcore, ce n'était pas ma culture. Mais on s'est rencontrés, le courant est passé et je me suis lancé. Résultat: aujourd'hui, grâce à eux, j'ai un morceau que j'ai écrit, sur lequel je chante. ça ne serait jamais arrivé avec mon groupe précédent. Ce n'est pas une question d'ego, c'est juste le fait de se dire qu'on a tous les moyens d'exprimer des choses, d'être constructif, sans se mettre de barrières inutiles, en cherchant juste à se faire plaisir." À force, il en devient même communicatif.