La reine, c'est elle : Aya Nakamura. Avec l'autre A, celui d'Angèle. A elles deux, elles forment comme les deux faces d'une même pièce : le visage jeune (elles sont toutes les deux nées en 1995) et féminin d'une paysage pop français en pleine mutation. Pour la première, le décollage a eu lieu l'été dernier : après un premier album passé (relativement) inaperçu (Journal intime, 2017), le mégatube Djadja (à ce jour plus de 350 millions de vues sur Youtube) bouleversait complètement la donne. Un hit de l'été ? Certes. Sauf que l'album sorti dans la foulée, à l'automne dernier, a montré qu'Aya Nakamura en avait encore d'autres comme ça sous le coude : Copines, La dot, aujourd'hui Pookie. A chaque fois, son r'n'b couleur afro tape dans le mille, ses expressions cryptiques font mouche (qui, dans son public, connaissait réellement la signification d'"en catchana" avant de googler l'expression ?). Et de figurer ainsi une nouvelle idole d'un type inédit, noire, féminine (pas forcément féministe militante), populaire et tendance.

"C'est la star du moment", annonce ainsi la voix, extraite d'un JT, juste avant qu'Aya Nakamura ne monte sur la scène de la Madeleine, mardi soir. Comme s'il fallait encore souligner l'emballement. Celui du public - essentiellement ado, mais pas seulement -, est évident. Dès les premières secondes, le concert se transforme d'ailleurs en un incroyable karaoké. La chanteuse a beau commencer piano, avec la ballade Oula, la Madeleine est déjà en ébullition. Elle enchaîne avec (ah oui ah oui) La dot : et les 1400 spectateurs - essentiellement blanc - de réclamer en choeur "la vie de rêve". Aux côtés de la star, on a fait simple (et en partie belge) : Annabelle Marof et Florient Garde aux choeurs, Youri Botterman à la guitare (Damso, Lous & The Yakuzas, Teme Tan, etc) et l'incontournable Simon le Saint à la batterie (qu'il avait déjà tenue chez Stromae). Pas de grands effets donc. A peine quelques projections assez anodines en fond de scène. De quoi offrir un super show case, voire un chouette moment en festival. Mais un vrai grand concert ?

Certes, Aya Nakamura fait, à peu de choses près, ses débuts dans ce circuit, très spécifique, du live. Alors, pourquoi en faire davantage, du moins pour l'instant ? Pendant un peu plus d'une heure, il lui a suffi de dégainer les tubes les uns après les autres. D'abord, en maintenant une certaine distance, l'air non pas hautain, mais assuré. Avant de se détendre petit à petit, davantage en mode grande soeur/copine, sans jamais trop en faire. Les titres de Nakamura (Sucette, Dans ma bulle, etc) alternant avec ceux de Journal Intime (Oumou Sangaré, Karma ou encore l'inévitable Comportement), avec même en bonus une reprise de Corneille (Avec classe), et en rappel, le plébiscité Djadja.

Après un showcase l'an dernier au Bloody Louise, "ce soir, c'est comme un premier date", souriait la chanteuse, qui commençait en effet sa tournée à Bruxelles. Elle se poursuivra en festival (aux Ardentes, Solidarités, etc), et surtout à Forest National (le novembre). D'ici là, il faut tout de même espérer que le show et la scénographie gagneront en épaisseur. Aya Nakamura - ses tubes, sa voix, son attitude - a prouvé qu'elle le mérite amplement.

Concert le 25 novembre à Forest National