En octobre 2011, les médias du monde entier, du Washington Post au Guardian en passant par le Jamaica Observer, ont relayé le nom d'Anne Teresa De Keersmaeker. La chorégraphe belge défrayait la chronique. Était-ce pour l'American Dance Festival Award décerné pour l'ensemble de sa carrière? Pour le Grand Prix de la Danse de Montréal "pour sa contribution exceptionnelle à la danse"? Non, ATDK faisait les gros titres parce qu'elle accusait de plagiat rien moins que Beyoncé. Sur le Net, une vidéo comparative en split screen donnait indiscutablement raison à la Bruxelloise: plusieurs séquences du clip de Countdown étaient éhontément pompées de son Rosas Danst Rosas et de Achterland. Il y avait de quoi l'avoir mauvaise. Le mois suivant, Queen B reconnaissait implicitement ses torts en sortant une version modifiée de son clip. Mais d'excuses, point.
...

En octobre 2011, les médias du monde entier, du Washington Post au Guardian en passant par le Jamaica Observer, ont relayé le nom d'Anne Teresa De Keersmaeker. La chorégraphe belge défrayait la chronique. Était-ce pour l'American Dance Festival Award décerné pour l'ensemble de sa carrière? Pour le Grand Prix de la Danse de Montréal "pour sa contribution exceptionnelle à la danse"? Non, ATDK faisait les gros titres parce qu'elle accusait de plagiat rien moins que Beyoncé. Sur le Net, une vidéo comparative en split screen donnait indiscutablement raison à la Bruxelloise: plusieurs séquences du clip de Countdown étaient éhontément pompées de son Rosas Danst Rosas et de Achterland. Il y avait de quoi l'avoir mauvaise. Le mois suivant, Queen B reconnaissait implicitement ses torts en sortant une version modifiée de son clip. Mais d'excuses, point. Les relations entre la danse contemporaine et les vidéos de la musique pop -deux univers éloignés par cette distance qui sépare culture "populaire" et culture "savante"- ne sont pas toujours aussi litigieuses. Bien au contraire. Pour s'en convaincre il suffit d'un seul exemple: Chandelier de Sia, un milliard et demi de vues sur YouTube, où le Californien Ryan Heffington réglait les pas de la jeune Maddie Ziegler, devenue depuis une star planétaire. En Belgique aussi, terre de chorégraphes, les fusions fécondes se sont multipliées ces dernières années. Tout récemment encore, Mugwump, le projet du DJ et producteur bruxellois Geoffroy Dewandeler, lâchait le clip de At the Front, transposition sylvestre de AH/HA, une chorégraphie de Lisbeth Gruwez et de sa compagnie Voetvolk. Après les postures et les gestes des politiciens en mode oratoire (It's going to get worse and worse and worse, my friend, en 2012) et avant les changements physiologiques induits par la peur (We're pretty fuckin' far from okay, présenté cet été dans le In du festival d'Avignon et prochainement de passage au KVS(1)), Gruwez y disséquait les effets du rire sur le corps. Dans la vidéo signée par le duo de réalisateurs belges Helvetica, les cinq danseurs -dont Lisbeth, en blouson de pilote et jupette à volants- y sont secoués en continu par les spasmes de l'hilarité, dans un décor de troncs et de feuilles mortes filmé au drone. Intrigant, sensuel, et particulièrement efficace. Lisbeth Gruwez est loin d'être la seule chorégraphe belge à avoir été sollicitée pour imprimer sa patte à un univers musical. On peut citer Sidi Larbi Cherkaoui, pour le morceau titre de l'album Valtari de Sigur Rós; Wim Vandekeybus, chargé de réaliser le clip de At Last pour The Dø et celui de Set Your Head on Fire de Black Box Revelation; et Damien Jalet, à qui il fut demandé d'adapter son duo/duel avec Alexandra Gilbert Aleko pour You Don't Know Love de Editors. "Personnellement, ça m'intéresse beaucoup d'ouvrir ce que l'on fait à plus de gens, de contaminer cette culture de masse. J'aime cette capacité de surprendre. Et je pense que les meilleures vidéos sont celles qui permettent de rentrer d'une autre manière dans la musique, plus profondément", a déclaré Jalet, qui a également collaboré avec Florence and the Machine (No Light, No Light) et la chanteuse islandaise Olof Arnalds (Surrender, avec un featuring de Björk). Parfois, ce sont les danseurs qui sont directement impliqués. On pense ici aux liens entre dEUS et Sam Louwyck, qui bien avant d'être entraîneur de foot dans la série La Trêve fut interprète au sein des Ballets C de la B d'Alain Platel. On pense aussi à Baloji invitant la Congolaise Jolie Ngemi -passée au Kaaitheater dans un solo orchestré par Ula Sickle- à illuminer le clip d'Unité & Litre, ou encore à Arno confiant à Taka Shamoto, vue notamment chez Anne Teresa De Keersmaeker, le soin d'interpréter à sa manière The Show of Life. Il arrive aussi que les chanteurs eux-mêmes se risquent à la danse contemporaine dans leurs clips. Certains, à l'instar de Kate Bush hier (remember Running Up That Hill) ou de FKA Twigs aujourd'hui, peuvent se reposer sur leur formation. C'est le cas notamment de Nicola Testa, faisant montre de ses capacités pour défendre son hymne électro Rainbow, et de Loïc Nottet, qui a explosé à la télé en France grâce à ses talents de danseur, aujourd'hui condensés dans le clip aquatique de Million Eyes. Ceci dit, on peut être tout à fait novice et s'en tirer fort bien. "On était à deux dans une salle et je lui disais: "Regarde, là, tu es mal à l'aise et tu as un mouvement dans le cou, une tension dans la main qui est hyper juste et hyper belle"", a raconté Marion Motin à propos de sa rencontre avec Stromae. La Française (aussi responsable de plusieurs clips de Christine and the Queens) a utilisé ce malaise et la silhouette longiligne de Paul Van Haver pour monter les passages chorégraphiés de Papaoutai. Où le maestro belge créait la surprise en appliquant à lui-même la sentence "Alors on danse!" Avec un certain succès... (1) LISBETH GRUWEZ & VOETVOLK: WE'RE PRETTY FUCKIN' FAR FROM OKAY, LES 09 ET 10/02 AU KVS, BRUXELLES, PUIS DU 14 AU 16/02 AU NONA, MALINES, DU 22 AU 24/02 AU CAMPO, GAND, ET DU 09 AU 11/03 AUX BRIGITTINES, BRUXELLES.