Lorsque le saxophoniste Fabrizio Cassol, le batteur Stéphane Galland et le bassiste Michel Hatzigeorgiou entreprennent leur voyage au coeur de la forêt centre-africaine, imaginent-ils alors l'épopée que connaîtra le groupe qu'ils veulent fonder et qui portera le nom de leurs hôtes? À lire les notes de pochette de Fabrizio Cassol, on peut en douter. Leur rencontre avec une civilisation millénaire décrite comme la découverte des sources "du grand livre ouvert de l'oralité" les marqueront à jamais. Comme musiciens, puisqu'elle impactera ce qu'ils créeront sous le nom d'Aka Moon, mais aussi en tant qu'êtres humains -pour autant que l'on puisse séparer les uns des autres.
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Lorsque le saxophoniste Fabrizio Cassol, le batteur Stéphane Galland et le bassiste Michel Hatzigeorgiou entreprennent leur voyage au coeur de la forêt centre-africaine, imaginent-ils alors l'épopée que connaîtra le groupe qu'ils veulent fonder et qui portera le nom de leurs hôtes? À lire les notes de pochette de Fabrizio Cassol, on peut en douter. Leur rencontre avec une civilisation millénaire décrite comme la découverte des sources "du grand livre ouvert de l'oralité" les marqueront à jamais. Comme musiciens, puisqu'elle impactera ce qu'ils créeront sous le nom d'Aka Moon, mais aussi en tant qu'êtres humains -pour autant que l'on puisse séparer les uns des autres. Fabrizio Cassol, saxophoniste alto du Trio Bravo fondé en 1985 et groupe-phare de la jeune scène belge, deviendra aux côtés de ses nouveaux complices l'animateur et le compositeur d'un brûlot musical qui, entre 1992 et 2001, va connaître une décennie fulgurante en termes de prolixité et de créativité puisqu'ils enregistreront pas moins de treize albums durant cette période. Leur explosivité comme l'abondance de musique étonnante produite, même si certains disques marqueront plus que d'autres, se verront malheureusement perturbées par la disparition de Carbon 7, précieux label managé par deux anciens musiciens du mythique Univers Zéro. Le trio devra patienter deux ans avant d'enregistrer Guitars chez W.E.R.F. (2002) et près de quatre années supplémentaires pour retrouver, grâce au patrimonial Cyprès Records, un rythme de parution à même de relancer la machine créative, participative et évolutive qu'est devenue Aka Moon. Ce seront ensuite les Français d'Outhere Records (label et distributeur) qui prendront le relais en 2015 et éditeront ce coffret contenant, à l'exception de Now (leur dernier-né), TOUS les albums d'Aka. Fondamentale, la leçon apprise auprès des pygmées Aka, et mise en pratique dans leurs deux premiers albums, ne sera pas la seule à déterminer la trajectoire musicale du trio. Entre un séjour à Bénarès et ses premiers concerts indiens, Aka Moon enregistre en compagnie de Raghunath Seth (bansuri), Aneesh Pradhan (tablas) et S. Shankaranarayanan (mridanghan) Akasha 1 & 2, deux des sommets de leur oeuvre naissante. En proposant des "variations hallucinantes alors inconnues de nos oreilles" (F. Cassol), ces trois musiciens indiens vont amener le groupe, devenu déjà à géométrie variable, à se vivre désormais en état d'évolution permanente et ouvert à toutes les cultures musicales. Ils contribueront également à la rencontre du trio avec un percussionniste exceptionnel qui influera le geste musical du groupe: le joueur de mridanghan U. K. Sivaraman qui signera trois titres de Ganesh, une première restée une exception dans l'histoire du trio. Live At Vooruit, rencontre fusionnelle d'Aka Moon avec Doudou N'Daye Rose et ses huit sabars et drummers sénégalais, offre un regard tourné à nouveau vers l'Afrique. Débauche percussive et saxophone répétitif sont la marque d'un album auquel feront écho les chants et les percussions du Malien Baba Sissoko et de Black Machine, douze ans plus tard, avec Culture Griot (2009). La trilogie des "invisibles" (Invisible Sun, Invisible Moon et Invisible Mother) marque la fin d'une époque. Le début du XXIe siècle sera, en effet, difficile mais contrasté avec, d'abord, la disparition de Carbon 7, mais aussi, deux ans plus tard, la sortie du formidable Guitars dans lequel le trio célèbre l'instrument en compagnie du guitariste indien Prasanna, de l'Américain David Gilmore et du Belge Pierre Van Dormael, tout en se souvenant de quelques grandes figures de l'instrument (alors) vivantes ou disparues comme Jimi Hendrix, Paco de Lucia, John Scofield et le guitariste basse Jaco Pastorius.Aka Moon vivra ensuite une longue parenthèse, pendant laquelle Fabrizio Cassol se multiplie, composant pour le théâtre, le ballet contemporain, tout en devenant le promoteur d'un nouvel instrument à anches, l'aulochrome. Les trois musiciens ne retourneront à nouveau en studio que quatre ans plus tard pour enregistrer chez Cyprès, une poignée d'albums dominés par Azmir (2006) sur lequel figure, entre autres, le pianiste Fabian Fiorini et le flûtiste Magik Malik, mais aussi le surprenant DJ Grazzhoppa's DJ Bigband + Aka Moon (2010) où le trio croise la route du hip-hop pour un album qui reste, encore à ce jour, celui ayant le moins de rapport avec le reste de leur discographie. Bien que... En 2015, Aka Moon signe avec Outhere Records et publie la même année pas moins de trois albums contrastés puisque le premier s'enracine dans les Balkans (Aka Balkan Moon), le second met le cap vers le Moyen Orient (AlefBa), les deux en compagnie, toujours, de la flûte de Magik Malik. Le dernier (le plus beau, peut-être) revient, pour sa part et en compagnie du pianiste Florian Fiorini, au coeur de la musique occidentale avec les sonates baroques de The Scarlatti Book (2015) dont le saxophoniste écrira, pour neuf d'entre elles, autant de variations aKa complétées du numéro d'opus originel. Reste un inédit, Light Ship Trio, à la fois message et clin d'oeil puisque, composé de six titres, il retourne aux influences africaines/indiennes des débuts en nous offrant Aka Moon dans le dénuement des origines.