C'était le 16 avril 1994. Ce jour-là, le Fuse ouvrait ses portes, rue Blaes, à Bruxelles, dans un ancien cinéma de quartier reconverti en discothèque. Depuis, il est devenu l'un des temples européens de la techno. Avec, forcément, des hauts et des bas, mais en continuant de privilégier une certaine vision du clubbing, authentique et qualitative. Résultat: 25 ans après son lancement, le Fuse est toujours présent. Mieux: il a réussi à renouveler son public. Y compris en attirant la jeune génération actuelle, qui a pourtant la réputation de fuir le club pour privilégier d'autres endroits (des soirées en appart aux festivals). La preuve avec trois habitués, tous nés (quasi) en même temps que le Fuse. Ils y ont trouvé des raisons de danser, d'aiguiser leurs oreilles -au point de devenir à leur tour acteurs de la nuit bruxelloise...

La première fois?

- Renaud Van Eycken: À 17 ans, pour une affiche drum'n'bass, un vendredi soir. Par la suite, j'y suis revenu régulièrement. Au point que c'est devenu presque comme une seconde maison. Durant mes études d'ingénieur du son, entre mes 21 et mes 24 ans, j'y passais quasi tous mes week-ends.

- Juliette Greindl: Je devais avoir seize ans. Ma mère m'a vu partir en pantalon et avec un t-shirt trop large, et dès que j'ai passé le coin de la rue, j'ai enfilé une robe, en priant pour ne pas me faire recaler à l'entrée (rires). On y allait entre potes, pour se retrouver, faire la teuf. Le but était vraiment de faire des rencontres. C'est un endroit où tout le monde est hyper open. Les gens y parlent plein de langues différentes, par exemple.

- JC Briou: Je n'habitais pas très loin de là. Avec mon meilleur pote, on débarquait vers 23 heures, quand l'entrée était encore à prix réduit. Le but était vraiment de venir écouter la musique, boire deux, trois verres. On était encore très jeunes, assez naïfs et innocents. On ne comprenait pas, par exemple, pourquoi il y avait toujours tellement de monde aux toilettes, sur le coup de 3 heures du matin (rires).

Pourquoi le Fuse?

- JC Briou: C'est vraiment là que j'ai fait mon éducation musicale électronique. J'y ai vu Ricardo Villalobos, Richie Hawtin, Carl Cox... Ça a été super porteur. Si j'ai lancé aujourd'hui mon agence de booking (Just Chillin', NDLR), c'est notamment grâce à eux. Ils m'ont transmis la passion de la musique. En fait, on est plusieurs à s'être "fait les dents" au Fuse. C'est d'ailleurs étonnant que de voir que, de cette génération d'enfants perdus pour le clubbing (rires), sont issus finalement cinq, six des collectifs qui ont redynamisé la nuit bruxelloise ces dernières années.

- Renaud Van Eycken: Dans mon rapport aux musiques électroniques et aux DJ, j'ai toujours apprécié le fait d'aller voir un artiste dont je ne savais pas à l'avance ce qu'il allait jouer. Ça crée une relation de confiance et un échange différent. À partir de là, le Fuse a toujours constitué un lieu privilégié où plusieurs horizons musicaux se rejoignaient. Pendant plusieurs années, il n'y avait de toutes façons pas grand-chose d'autre. Aujourd'hui, Bruxelles ressemble un peu à un nouvel eldorado du clubbing. Mais jusqu'il n'y a pas si longtemps, la situation était assez désespérante.

La force du Fuse est d'être resté une valeur sûre, même dans les moments plus creux. On sait qu'on y trouvera une programmation de qualité. Et puis, il est ouvert tout le temps. Vous ne devez pas vous poser la question: c'est samedi soir, vous savez que vous pouvez aller y faire un tour. Il y a un peu plus de trois ans, on a aussi lancé les soirées Initiate. Le Fuse nous a tout de suite ouvert ses portes. Ça s'est fait très naturellement. Rien que pour ça, on ne peut que lui être reconnaissant.

- Juliette Greindl: Pour moi, le club reste une expérience à part, plus personnelle que celle du concert, par exemple, où tout le monde regarde dans la même direction pendant une heure et puis basta. Dans une boîte, l'artiste-DJ joue à côté de vous, quasi à la même hauteur. Chacun vient avec ses propres envies, mais on vit malgré tout la musique ensemble. À cet égard, le Fuse reste quand même un temple du genre, avec des affiches internationales et en même temps encore souvent underground. Il y a une véritable audace dans la programmation. Sortir au Fuse reste une aventure. Ce qui m'a toujours impressionnée, par exemple, c'est sa grande porte noire. Et puis, une fois à l'intérieur, vous avez les couloirs étroits, l'impression de tomber dans un dédale, par exemple quand vous vous retrouvez tout à coup, par hasard, dans la salle du haut... Le cachet du bâtiment fait beaucoup. Et puis, le Fuse a gardé quelque chose de très familial. Il y a quatre ans, j'ai lancé Cosmotion, une agence de marketing-promo et le Fuse a été parmi les premiers à nous faire confiance!

Un souvenir, une anecdote?

- Juliette Greindl: Une? Il y en a trop, la plupart inavouables (rires). Mais il y a notamment cette soirée où, avec mon meilleur ami, on avait acheté une tête de licorne en carton. Elle est passée de main en main, tout au long de la nuit. Je pense qu'elle a dû se retrouver sur toutes les photos de cette soirée-là.

- JC Briou: Richie Hawtin, quand même. On m'avait prévenu, mais quand j'ai vu, j'ai compris. Je me suis pris une grosse claque.

- Renaud Van Eycken: Un set de Ben Klock, en 2012 ou 2013. Il est 9 heures du matin. Les lumières se rallument. Mais le DJ continue de jouer. On est encore 50, peut-être 60 sur la piste. Ça reste une image forte.

25 bougies au Palais 12

Pour son quart de siècle, le club de la rue Blaes squattera le Palais 12, avec un line-up forcément XXL. Programmée ce 27 avril, la maxi-bamboule débutera dès 20 heures pour se terminer le lendemain à... 10 heures. Soit un marathon de pas moins de 14 heures, avec entre autres Dave Clark, Len Faki et Charlotte de Witte. Et pour se rendre sur place, on vous conseille de prendre le métro: pour l'occasion, la Stib diffusera en effet sur ses quais une playlist techno spécialement concoctée par le Fuse!

  • Fuse 25: le 27/04, au Palais 12, Bruxelles. www.fuse.be