4135 professionnels (programmateurs, tourneurs, représentants de label, journalistes...) venus de 44 pays différents. 447 médias. 423 festivals internationaux. Puis surtout 342 noms à l'affiche. Dont 21 en provenance de Tchéquie et de Slovaquie... Le business de la musique s'est une nouvelle fois retrouvé à Groningen du 16 au 18 janvier pour Eurosonic, festival de découvertes réservé aux groupes européens et surtout destiné aux gens du métier. Pendant trois jours à Groningue, on voit des concerts. On se trouve des partenaires. On signe des groupes. On boit des coups. On disserte sur la mobilité des artistes dans le climat politique actuel. On se demande comment on trouve de nouveaux talents, on s'interroge sur la promo et la fin de son modèle...
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4135 professionnels (programmateurs, tourneurs, représentants de label, journalistes...) venus de 44 pays différents. 447 médias. 423 festivals internationaux. Puis surtout 342 noms à l'affiche. Dont 21 en provenance de Tchéquie et de Slovaquie... Le business de la musique s'est une nouvelle fois retrouvé à Groningen du 16 au 18 janvier pour Eurosonic, festival de découvertes réservé aux groupes européens et surtout destiné aux gens du métier. Pendant trois jours à Groningue, on voit des concerts. On se trouve des partenaires. On signe des groupes. On boit des coups. On disserte sur la mobilité des artistes dans le climat politique actuel. On se demande comment on trouve de nouveaux talents, on s'interroge sur la promo et la fin de son modèle... Mais à part ça, que reflète la programmation du festival néerlandais? L'état de la musique sur le Vieux Continent? Plutôt l'idée que se font ses organisateurs, les labels et les bureaux d'export de ce qui fonctionnera, ou du moins peut marcher, en Europe. Résumé de trois jours à slalomer entre les canaux et les murs de croquettes. À arpenter des magasins de disques, des clubs plus ou moins underground et des églises luthériennes... À Eurosonic, ce sont rarement les pays mis à l'honneur qui tirent le mieux leur épingle du jeu. Plus que les Tchèques et les Slovaques, ce sont les Italiens qui ont réservé de jolies surprises dans le festival du nord des Pays-Bas... Si Animal Collective avait été transalpin et avait grandi avec les exploits de la Juventus, la bande à Panda Bear se serait appelée Indianizer. Né en 2013, Indianizer fait dans une pop assez barrée, percussive, psychédélique et tropicale. Il y a du Os Mutantes, du El Guincho, du kraut et du soleil dans la musique ébouriffante des Turinois. Leur deuxième album, Zenith, est sorti en avril. Ça chante en anglais, en espagnol et même dans une langue de leur création. De la musique de feu de camp hippie pour transformer les plages en dancefloor et y faire pousser des palmiers... Plus rock, un peu post, un peu math (avec ses bosses), celle de The Pier renvoie plutôt aux salles anglaises de fin 70, début 80. The Pier est originaire de Molfetta, une petite ville côtière à 25 kilomètres de Bari et tape dans un post-punk excité. On pense à Foals, à un Battles ou à un Car Seat Headrest parfois. Décoiffant. Direction Milan et le label Flying Kids Records... Longtemps projet solo électronique de Giorgio Spedicato, Machweo a depuis deux ans changé de visage. L'Italien a remplacé ses machines par de vrais musiciens et, aujourd'hui secondé par un fameux batteur, propose un vrai live qui fait danser. Milan toujours. Any Other est le groupe d'Adele Nigro, 24 ans. Une fan de Mount Eerie, de Jim O'Rourke, de free jazz spirituel et de Joni Mitchell. Le projet n'est pas totalement abouti (les comparaisons avec Courtney Barnett font long feu et se limitent à Something, un single de 2015) mais la jeune femme a vraiment quelque chose. C'est souvent ça aussi Eurosonic. Des germes, des promesses... Jazz classique ou plus barré arrivé près de chez vous (De Beren Gieren, MDCIII...), rock féministe autrichien qui revendique entre deux chansons braillardes (Petrol Girls) ou encore bamboula qui aime l'afrobeat, la no wave et la cumbia (The Mauskovic Dance Band)... Eurosonic sait varier les plaisirs. Encore faut-il les trouver. C'est un peu le cousin biélorusse de Mario Batkovic. Un suiveur? Pas sûr. L'accordéoniste Yegor Zabelov disputait déjà en 2007 à Londres avec son duo Gurzuf la finale de The Global Battle of the Bands. Remportant même trois ans plus tard un prix Sergey Kuryokhin à Saint-Pétersbourg. Seul en scène avec son instrument de prédilection, Yegor, qui compose à ses heures perdues pour le théâtre et le cinéma, s'est créé un univers fascinant qui louvoie entre jazz d'avant-garde et néoclassique. À ne pas prendre pour son frère Roman, également adepte du piano à bretelles et lui aussi à l'affiche cette année de l'Eurosonic... Peu de risques de confondre le Villejuif Underground. C'est une espèce en voie de disparition. Le genre de bestiole qu'on ne trouve plus souvent dans les Inrocks et le Wapiti... Ils sont bordéliques à souhait, ont le sens de la fête (droguée, imbibée et imprévisible) et s'apprêtent à sortir un génial deuxième album, le premier chez Born Bad, bizarrement intitulé When Will the Flies in Deauville Drop. Les quatre zigotos du Villejuif Underground n'ont pas réussi à secouer le public toujours un peu blasé du festival mais ils ont fait honneur à un rock foutraque et déjanté (pensez early Beck, Fat White Family), une pop bancale qui fornique allègrement avec le disco, la country, le rap, le garage, le surf et tout ce qui peut passer par leur esprit cramé. Si l'Angleterre est bien moins numériquement représentée à Eurosonic que dans la plupart des festivals d'Europe, elle avait cette année envoyé une sympathique délégation emmenée par les vibrants Kokoroko. Leur concert du 23 février à Flagey affiche déjà complet mais ils seront le 17 avril à De Roma (Anvers) et notre petit doigt nous dit qu'ils repasseront par la Belgique cet été. Formés autour de la trompettiste Sheila Maurice-Grey et signés sur le label Brownswood de Gilles Peterson, les huit Anglais de Kokoroko secouent le dancefloor à la croisée de l'afrobeat, du jazz et de la soul. Groovy, ces enfants cachés de Tony Allen, Ebo Taylor et Fela Kuti ont tout pour cartonner et, même en format court, sont parvenus à nous renverser. Signé depuis le printemps dernier sur le label new-yorkais Captured Tracks (compilation de deux 45 tours et d'un EP, A Compact Cassette est sorti le 1er mai), Drahla est originaire de Leeds, a bossé avec les mecs d'Hookworms et sonne comme une réincarnation british de Sonic Youth. Le rock noisy, le chant féminin à la Kim Gordon... Drahla a de fameux atouts dans son manche mais manque juste un petit peu d'originalité. Ce n'est pas non plus le grand mérite de Feet. Mais ce jeune groupe formé à la Coventry University a bien retenu ses leçons... Celle d'un rock anglais qui ne se prend pas au sérieux et fait danser (coup d'oeil vers Madchester) et d'une indé catchy sans clavier. La capitale mondiale du meurtre s'appelle Los Cabos au Mexique et Dublin ne figure même pas parmi les 50 villes les plus mortifères de la planète. Elle est peut-être bien, par contre, en train de devenir le nouvel éden du rock de l'autre côté de la Manche. C'est en tout cas de là-bas que débarquent les cinq excités de The Murder Capital. Des guitares tranchantes et un chant bien dans ta gueule... Descendants de Girl Band et petits frères de Shame, les Murder Capital ont le post-punk cinglant et la mandale facile. Grosse claque dans la tronche. Celle de Fontaines DC n'était pas mal non plus dans le genre... Ils ont trouvé leur nom dans Le Parrain (une référence à Johnny Fontaine, personnage inspiré par Frank Sinatra et pour le coup l'un des nombreux filleuls de Don Corleone) et sont signés sur Partisan Records. Le label d'Idles avec qui ils tourneront bientôt aux États-Unis. Emmenés par un chanteur frontal au regard perçant, Fontaines DC fait dans le proto- et le post-punk, connaît son Parquet Courts et son Modern Lovers. Après une poignée d'EP's et une flopée de concerts, les Dublinois sont entrés en studio cet automne pour enregistrer leur premier album. Une bonne "Irish pub" en somme...