"Pour mes deux premiers albums sortis sous le nom de UTZ, j'avais l'impression d'être comme dans cette scène de Wallace & Gromit où ils posent les rails au fur et à mesure que le train trace sur la voie! Alors que pour Deselegância Discreta , enregistré à São Paulo, j'ai posé mes choix en me consacrant uniquement à ce projet, en le vivant de façon fantastique, 24 heures sur 24 dans un appartement, avec les deux musiciens venus avec moi de Belgique, Nyllo Canela et Alex Davidson." Tout début 2020, au chaud d'une arrière-maison saint-gilloise qui d'emblée jette des indices visuels sur la nature de l'occupant, Renato Baccarat s'enthousiasme, exprimant les liens naturels entre ses deux métiers: "Graphiste à trois ou quatre cinquièmes temps, et puis musicien". Au mur, une peinture bleutée d'une femme munie d'une casserole, qui s'avère éminemment politique (lire encadré ci-dessous). Et puis ce portrait de Renato, reconnaissable malgré l'intensité charbonneuse. "Une composition de mon fils, qui a employé cette technique consistant à gratter une feuille intégralement noire, n'y laissant au final que des traces blanches formant le dessin." Sur ce coup-là en tout cas, l'hérédité qualitative ne s'est pas trompée, dans la lignée précédant Renato. Le pater Baccarat, trompettiste et arrangeur brésilien toujours en vadrouille, est en tournée européenne au début des années 80, dirigeant l'orchestre de Brasil Tropical, "une sorte d'Holiday on Ice mais sans les patins", précise Renato. Ce dernier, son frère et leur mère, font le voyage à Paris, étape d'un trip qui, au final, s'arrêtera à Bruxelles, dont le père trompettiste est tombé amoureux. "J'étais gamin et l'Europe a été l'occasion pour moi de voir la neige pour la toute première fois. L'autre image fondamentale de mon arrivée en Belgique, ce sont les escalators qui, de temps à autre, se mettaient au repos. Cela tranchait avec la vie tumultueuse de São Paulo, où rien ne s'arrête jamais."
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"Pour mes deux premiers albums sortis sous le nom de UTZ, j'avais l'impression d'être comme dans cette scène de Wallace & Gromit où ils posent les rails au fur et à mesure que le train trace sur la voie! Alors que pour Deselegância Discreta , enregistré à São Paulo, j'ai posé mes choix en me consacrant uniquement à ce projet, en le vivant de façon fantastique, 24 heures sur 24 dans un appartement, avec les deux musiciens venus avec moi de Belgique, Nyllo Canela et Alex Davidson." Tout début 2020, au chaud d'une arrière-maison saint-gilloise qui d'emblée jette des indices visuels sur la nature de l'occupant, Renato Baccarat s'enthousiasme, exprimant les liens naturels entre ses deux métiers: "Graphiste à trois ou quatre cinquièmes temps, et puis musicien". Au mur, une peinture bleutée d'une femme munie d'une casserole, qui s'avère éminemment politique (lire encadré ci-dessous). Et puis ce portrait de Renato, reconnaissable malgré l'intensité charbonneuse. "Une composition de mon fils, qui a employé cette technique consistant à gratter une feuille intégralement noire, n'y laissant au final que des traces blanches formant le dessin." Sur ce coup-là en tout cas, l'hérédité qualitative ne s'est pas trompée, dans la lignée précédant Renato. Le pater Baccarat, trompettiste et arrangeur brésilien toujours en vadrouille, est en tournée européenne au début des années 80, dirigeant l'orchestre de Brasil Tropical, "une sorte d'Holiday on Ice mais sans les patins", précise Renato. Ce dernier, son frère et leur mère, font le voyage à Paris, étape d'un trip qui, au final, s'arrêtera à Bruxelles, dont le père trompettiste est tombé amoureux. "J'étais gamin et l'Europe a été l'occasion pour moi de voir la neige pour la toute première fois. L'autre image fondamentale de mon arrivée en Belgique, ce sont les escalators qui, de temps à autre, se mettaient au repos. Cela tranchait avec la vie tumultueuse de São Paulo, où rien ne s'arrête jamais."Né à São Paulo en novembre 1972, Renato est le genre de gamin qui, par amour des super-héros, choisit de les dessiner. "Je devais avoir huit ans et j'avais créé des voyageurs de l'espace. Le dessin avait été glissé dans l'étui à trompette de mon père pour qu'il le montre à ses amis, ce qui me rendait super fier." Alors qu'il fait sa vie entre plusieurs quartiers de Bruxelles, Renato entre aux Beaux-Arts en illustration et bande dessinée. Ce parcours scolaire qu'il définit lui-même comme "turbulent", il l'interrompt en troisième année d'étude, lorsqu'une agence de pub lui propose un job de dessinateur de story-boards. "J'ai absolument détesté ce travail (sourire) parce qu'il fallait que le dessin soit le plus neutre possible, sans intention, sans style. Et puis j'ai rencontré un mec qui dessinait des bagnoles et des yaourts depuis 30 ans et je me suis dit que ce n'était pas pour moi! Je me suis alors formé au webdesign." Années d'apprentissage où la musique se met à emprunter un chemin parallèle voire jumeau, aux fantasmes graphiques: "J'ai assez vite compris que les deux étaient hyper-complémentaires, qu'ils s'équilibraient dans ma vie. Je dessinais, seul dans ma bulle, et puis en commençant à faire de la musique avec un groupe d'amis, je me nourrissais d'autre chose, d'un sens du collectif. En musique comme dans les arts visuels, on peut parler de densité, de couleur, de rythme, de phrase. J'ai la chance d'avoir pu passer de l'un à l'autre."Une navigation incessante entre les genres, qui annonce les réalisations futures. Dont la sortie du premier des deux albums de Renato parus sous le patronyme de UTZ, en 2012: "Mes parents écoutaient beaucoup de musiques, brésiliennes mais pas seulement. Après la sortie de Miniatura! de UTZ, je me suis aperçu que le visuel de la pochette, extérieur comme intérieur, avait la même allure qu'un disque de Blood, Sweat & Tears (groupe jazz-rock américain créé fin des sixties) que j'avais énormément écouté chez mes parents, amateurs de cuivres, et notamment des productions de Gil Evans". Devant un thé puis une belge bière artisanale et des brigadeiros -chocolateries impossiblement sucrées préparées par maman Baccarat-, Renato sort d'une enveloppe quelques-unes de ses images perso. La plupart proviennent des années Beaux-Arts et tracent une esthétique esperanto, pouvant provenir de cultures aussi différentes que la brésilienne, la russe ou la nord-européenne. Le portrait, superbe, d'un accordéoniste, porte en lui des traits slaves qui marquent aussi plusieurs réalisations à l'acrylique, comme cet ogre qui ne jurerait pas dans un roman tsariste. Si ces dessins et peintures sont en lien avec l'actuel travail musical de Renato, c'est bien sur le plan de la fable. "Plusieurs chansons de Deselegância Discreta peuvent, de fait, être apparentées au style de la fable mais quasiment toutes restent liées à ma perception du Brésil actuel et de l'énorme déception personnelle qui en découle." Le Brésil de Renato ressemble à une radiographie de maux lointains qui font mal, même à dix mille kilomètres de distance. Tous les dérèglements brésiliens des dernières années semblent s'être accumulés dans le travail musical du Pauliste de Saint-Gilles: la destitution du président Lula, le foirage de sa successeure Dilma Rousseff et puis les délires calibrés du Donald Trump local, Jair Bolsonaro. L'album que propose aujourd'hui Renato est bien le digest de tous ces stupeurs et tremblements d'un pays violenté par les conservatismes. "Bolsonaro est vraiment devenu un sujet de polarisation, explique Renato. Les gens s'engueulent sur lui et sur ses positions impossibles. Et puis, quand Porta dos Fundos, des humoristes brésiliens incroyablement populaires qui tapent sur la gauche comme sur la droite -y compris sur les croyances évangélistes- ont fait un spécial Noël où Jésus était gay, le programme a été interdit par la justice." L'une des réponses visuelles de Renato à ce retour de la censure tient d'abord à la pochette même de Deselegância Discreta. Collage signé Chloé Cayla, sage-femme et sexologue bruxelloise. Renato: "Elle n'est pas plasticienne de formation mais elle fait des choses magnifiques. La pochette vient d'un travail que j'ai découvert chez elle lors de son anniversaire. Je l'ai trouvé très beau et d'ailleurs, on a maintenant un projet commun de livre découlant de mon séjour au Brésil lié au disque, chargé de poésies et d'histoires." La particularité, intimement artistique de Renato, est d'avoir toujours nourri ce qui lie le son à l'image. La pochette, splendide, rappelle les silhouettes de Picasso ou Modigliani, et même peut-être du guillotiné Danton. Une île ou plutôt un véritable archipel graphique. Celui de Renato passant obligatoirement par la fabrication de clips. Cas rare sur la scène belge d'un chanteur-compositeur mettant autant la main à la pâte visuelle que musicale, Baccarat a déjà cosigné quelques beautés vidéo. On a remarqué Tudo Parado, il y a quatre ans, où Renato et ses complices donnent vie à des personnages 2D, a priori collés pour la vie sur le mur, et là, transformés en promeneurs 3D. Une merveille d'animation qui rejoint la qualité du premier clip lié à Deselegância Discreta, le morceau Amigo Imaginario. "L'idée de cadavre exquis est venue de contraintes financières: j'ai coupé la chanson en treize parties et l'ai mise en ligne avec le texte portugais traduit en français. J'ai envoyé tout ça aux participants selon le principe du premier répondant, premier servi." Résultat des courses numériques? Au final, quinze participants pour treize parties d'une vidéo marquée par une esthétique contemporaine, zapping baroque aux styles contrastés. Avec peu de moyens financiers, Renato pose avec Amigo Imaginario le premier pas talentueux vers un album aux qualités idoines. Le mot est moche, contrairement aux chansons.