Du dimanche 18 février vers 18 heures jusqu'au dimanche 25 février 2018 en début d'après-midi, j'ai mené une petite expérience que je vous laisse complètement libre de juger soit complètement débile, soit assez éclairante: durant ces 7 jours, j'ai répertorié toutes les allusions à Adolf Hitler et aux nazis auxquelles j'ai été confronté. Au moment d'arrêter de compter, j'en étais à 18 piqûres de rappel de l'existence du régime nazi mais je me dois de préciser que ce résultat est plus que probablement faussé pour les deux raisons suivantes. La première, c'est que je n'ai en ce moment plus de smartphone. Or, il faut bien admettre que sur Internet, on tombe surtout sur des allusions aux nazis et à Adolf Hitler quand on scrolle bêtement son écran de poche dans un moment d'ennui. À mon bureau, sur mon laptop, j'utilise Facebook et Twitter pour des choses assez précises: discuter avec des amis, écouter des webradios, chercher de la musique et des films, dégotter de l'info... C'est dans le tram, au petit coin, seul au café, que je me laisse prendre à checker de pures couillonnades on-line, dont pas mal de débats imbéciles qui se cognent généralement très vite aux points Godwin. La seconde raison, c'est que j'ai justement été bloqué sur les réseaux sociaux par quelques gros producteurs de ce genre de couillonnades typiques, notamment un polémiste de télévision régionale qui tweete une septantaine de fois par jour et un sénateur aimant beaucoup plus les pétro-kopecks des anciennes républiques soviétiques que les habitants du quartier Etangs Noirs. Bref, même quand je glande sur le net, je tombe probablement un peu moins que d'autres sur des gens qui pratiquent sportivement le Point Godwin et hurlent au fascisme dès qu'un flic avec un QI de score électoral du PP commet une bavure. Cela dit, dix-huit allusions à Hitler sur une semaine ordinaire de 2018, je trouve que c'est quand même pas mal. En voici le détail.
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Du dimanche 18 février vers 18 heures jusqu'au dimanche 25 février 2018 en début d'après-midi, j'ai mené une petite expérience que je vous laisse complètement libre de juger soit complètement débile, soit assez éclairante: durant ces 7 jours, j'ai répertorié toutes les allusions à Adolf Hitler et aux nazis auxquelles j'ai été confronté. Au moment d'arrêter de compter, j'en étais à 18 piqûres de rappel de l'existence du régime nazi mais je me dois de préciser que ce résultat est plus que probablement faussé pour les deux raisons suivantes. La première, c'est que je n'ai en ce moment plus de smartphone. Or, il faut bien admettre que sur Internet, on tombe surtout sur des allusions aux nazis et à Adolf Hitler quand on scrolle bêtement son écran de poche dans un moment d'ennui. À mon bureau, sur mon laptop, j'utilise Facebook et Twitter pour des choses assez précises: discuter avec des amis, écouter des webradios, chercher de la musique et des films, dégotter de l'info... C'est dans le tram, au petit coin, seul au café, que je me laisse prendre à checker de pures couillonnades on-line, dont pas mal de débats imbéciles qui se cognent généralement très vite aux points Godwin. La seconde raison, c'est que j'ai justement été bloqué sur les réseaux sociaux par quelques gros producteurs de ce genre de couillonnades typiques, notamment un polémiste de télévision régionale qui tweete une septantaine de fois par jour et un sénateur aimant beaucoup plus les pétro-kopecks des anciennes républiques soviétiques que les habitants du quartier Etangs Noirs. Bref, même quand je glande sur le net, je tombe probablement un peu moins que d'autres sur des gens qui pratiquent sportivement le Point Godwin et hurlent au fascisme dès qu'un flic avec un QI de score électoral du PP commet une bavure. Cela dit, dix-huit allusions à Hitler sur une semaine ordinaire de 2018, je trouve que c'est quand même pas mal. En voici le détail. UN/ Sur Facebook, un DJ parisien poste une citation attribuée à Aldous Huxley et soi-disant datée de 1939: "Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s'y prendre de manière violente. Les méthodes du genre de celles d'Hitler sont dépassées. Il suffit de créer un conditionnement si puissant que l'idée même de révolte ne viendra même plus à l'esprit des gens." L'astuce, c'est que ce n'est pas une citation d'Huxley et qu'elle ne date pas de 1939 mais pour le coup, on s'en fout, ça fait le premier point. DEUX/ Deux heures plus tard, je lis l'édito du n° 292 de Bruxelles en Mouvements, consacré à l'uberisation de la société: "Du régime nazi du IIIe Reich (...) à la propagande néo-libérale de la Ve République (...), la novlangue d'aujourd'hui opère la destruction de l'esprit et de la culture." Bref, on solde aussi Orwell, ce soir. TROIS/ Je vois encore passer un tweet qui condamne le vocabulaire qu'aurait utilisé Justin Trudeau pour parler des classes laborieuses. Il aurait utilisé le mot "rube", l'argot canadien pour "paysan débile", en gros. "Et si il les avait traités de "racistes" ou de "nazis", hein?", demande le tweet. "Et si ma tante avait des roues, elle serait un vélo", avait-t-on jadis coutume de répondre à ce genre de question mais ce temps où régnait le second degré bonhomme et rigolard semble désormais bien loin. QUATRE/ Le soir, un type a retweeté un tweet du ministère des Affaires étrangères israélien où il est question de haut-gradés polonais qui ont livré des Juifs aux nazis. C'est en anglais, c'est touffu. Je viens de voir Gone Baby Gone sur Netflix, j'ai encore la tête pleine de pédophilie crapax et de survêtements Puma et je n'y comprends rien. Les choses vont tellement vite sur Twitter que je n'ai même pas emmagasiné ce tweet que j'apprends dans la foulée que la chaîne KFC ferme momentanément en Angleterre par manque de poulets et que Brian Eno a aimé un lien vers la plus grande bibliothèque du monde de sons et de vidéos de la vie sauvage. CINQ/ Je tape mon nom dans Google Images, j'avoue, ça m'arrive plus souvent que de mater du porno. Ressort une vieille photo que j'avais prise et postée sur Facebook, il y a quelque temps. L'un de ces attrape-couillons où il faut entrer son prénom sur un site et en ressort un profil psychologique. Plutôt que "Serge", j'y avais tapé "Adolf" et la machine m'avait répondu: "Tu es une personne idéaliste! (...) Tu es une personne bienveillante! Tu redonnes foi en l'humanité aux gens autour de toi."SIX/ Facebook me propose un souvenir: "Le métier le plus abject (juste après nazi)". C'est une chronique publiée sur ce site il y a plus 6 ans, le Sortie de Route #19. SEPT/ Toujours sur Facebook, un contact me laisse ce commentaire: "j'ai rencontré un skin nazi black au bord de la Sambre à Namur". J'en parle plus tard à un ami qui me répond du tac au tac que ce "skin noir wallon" est une véritable légende urbaine que beaucoup de gens ont vu sans toutefois ne jamais vraiment savoir qui c'est ou pouvoir réellement prouver son existence. Mais quelle belle idée d'article à vendre à Vice Belgium, tiens... HUIT/ Je suis en avance à un rendez-vous professionnel dans le quartier du Cimetière d'Ixelles. Je rentre dans une librairie d'occasion et je tourne le regard au moment de passer devant le rayon "Seconde Guerre Mondiale", trop facile sinon. Un écran retransmet un DVD historique qui parle de "la résistance française à l'expansionnisme germanique" mais ouf, c'est de la guerre entre la France et la Prusse que ça cause. Je cherche Thomas McGuane au rayon poche. Forcément à "M", je tombe d'abord sur Malaparte, Kaputt et La Peau. "Super bouquins", je me dis... "et grosse provision d'anecdotes nazies". Je note: quand on veut échapper au souvenir d'Hitler, éviter les librairies d'occasion plus encore que le compte Twitter d'Ecolo J. NEUF/ Je m'intéresse au cas Jordan Peterson, cet universitaire canadien qui est devenu une idole de l'alt-right ainsi qu'une sorte de démon sorti de sa boîte pour une certaine gauche. Son dossier est plus compliqué et nuancé que la caricature que les médias de droite comme de gauche en font. Je regarde une vidéo où il parle de ses élèves de l'université de Toronto: "Je voulais leur faire comprendre en quoi ils sont des nazis. À la fin du semestre, la plupart m'ont remercié", y dit-il. Deux phrases qui peuvent allumer le feu mieux encore que Johnny Hallyday, mais sont pourtant parfaitement fondées (prenez donc la peine de creuser la théorie au lieu de réagir au quart de tour!). DIX + ONZE/ Me revoilà chez des bouquinistes. Au rayon anglais, je tombe sur When Hitler Stole the Pink Rabbit de Judith Kerr. Au comptoir du Pêle-Mêle de la chaussée de Waterloo, il me semble qu'un client vante au vendeur les vertus des Bienveillantes de Jonathan Littell mais je n'entends pas vraiment ce qu'il dit. Je décide malgré tout de compter le point. DOUZE/ Suite à la proposition de Trump d'armer certains enseignants pour éviter les tueries de masse dans les écoles, je ressors sur Facebook la fabuleuse couillonnade de Ben Carson, candidat à la primaire républicaine en 2015: "Il n'y aurait pas eu la Shoah si les Juifs avaient été armés."TREIZE + QUATORZE/ Ce vendredi, je passe le jour le plus "nazi free" de ma semaine. En journée, je ne rencontre aucune allusion à Hitler, vraiment AUCUNE. Le soir, je me pose devant Mute et Girlfriend's Day, deux productions Netflix. Il y a dans Mute, qui se passe dans le Berlin de 2050, une franche allusion au passé militaire de l'Allemagne mais on n'y prononce pas le mot nazi. Je prends malgré tout le point. Dans le second, un sous-frères Coen assez piteux, deux personnages de suprémacistes blancs reconvertis antifas gueulent au personnage principal: "ouais, on était nazis mais c'était avant, maintenant on pense que toutes les races se valent". Ou un truc du genre. Je dormais à moitié et mon esprit était surtout occupé par une autre question: cet acteur qui faisait le nazi qui n'était plus nazi était-il Flea des Red Hot Chili Peppers ou le gars qui faisait John Locke dans Lost? Je ne le sais toujours pas. Et je m'en bats en fait assez bien les stielhandgranates (je ne compte pas ce point). QUINZE + SEIZE + DIX-SEPT/ Soirée lecture: Sur les jantes de Thomas McGuane. C'est l'histoire d'un médecin qui officie dans une petite bourgade du Montana. Il a des problèmes relationnels, il chasse, c'est sa vie des années 1960 aux années 2010. Je ne m'y attendais pas du tout mais vers la page 160, les allusions au nazisme se mettent à pleuvoir. D'abord le temps d'une scène où le médecin en question tente de pousser au suicide un mari abusif qui vient de tuer son épouse: "Je me rappelai soudain mon père qui m'avait raconté comment on faisait lever le bras droit aux prisonniers de guerre allemands à la recherche de tatouages SS. Quand on en trouvait, les prisonniers étaient abattus séance tenante." Ensuite, une dizaine de pages sont consacrées aux autres souvenirs de guerre de ce même père. Et encore ensuite, un autre passage du bouquin raconte comment le médecin en rade au Canada le 11 septembre 2001 finit par acheter une Oldsmobile 88 d'occasion pour rentrer aux Etats-Unis, alors que plus aucun avion ne vole. Quand il gare la voiture devant son bistrot favori, un de ses copains lui dit que c'est une bagnole de néo-nazi, parce que 88, c'est le code pour Heil Hitler, H étant le huitième lettre de l'alphabet. Je la connaissais avec un groupe punk français. DIX-HUIT/ En mangeant des cookies, je commence accidentellement la chronique de la semaine de Vincent Engel sur Le Soir.be. Elle est écrite en écriture inclusive et parle de La Servante écarlate, du Maître du Haut Château et de la dictature bien réelle à venir, probablement théocratique, que semblent annoncer ces deux séries (tirées de bouquins publiés en 1985 et en 1962). Je n'arrive pas au bout de cette chronique, tellement psyché que je me sens rapidement plus défoncé qu'une porte ouverte. Je ne suis même pas sûr d'y avoir lu le mot "nazi". Mais l'intention y était, c'est clair. Je rajoute donc un point. Ce qui nous fait donc un total de dix-huit. Une conclusion? C'est pas mal et plutôt beaucoup. Moins que Tariq Ramadan et Black Panther mais plus que Christine Angot et Recyclart fermé par les flics. En fous remerziant, bonzoir.