Au Japon, la culture de l'entreprise ne laisse guère de place à l'individualité. Cet état de fait s'applique sans surprise à l'industrie du gaming. Malgré des exceptions comme Dandy Dungeon de Yoshiro Kimura et Downwell d'Ojiro Fumoto, les jeux indépendants y sont donc plus rares que sous nos tropiques. Assemblé par une poignée de développeurs basés à Kyoto, Olija se profile donc comme un objet précieux. Ce platformer narratif gorgé d'emprunts à Another World et Nidhogg attire d'autant plus l'attention que Skeleton Crew, son studio, est dirigé par Masahiko Murakami, le créateur du BitSummit, événement indie phare de l'ar...

Au Japon, la culture de l'entreprise ne laisse guère de place à l'individualité. Cet état de fait s'applique sans surprise à l'industrie du gaming. Malgré des exceptions comme Dandy Dungeon de Yoshiro Kimura et Downwell d'Ojiro Fumoto, les jeux indépendants y sont donc plus rares que sous nos tropiques. Assemblé par une poignée de développeurs basés à Kyoto, Olija se profile donc comme un objet précieux. Ce platformer narratif gorgé d'emprunts à Another World et Nidhogg attire d'autant plus l'attention que Skeleton Crew, son studio, est dirigé par Masahiko Murakami, le créateur du BitSummit, événement indie phare de l'archipel. L'impression de plonger dans une fable étrange enveloppe, avec une évidente passion, l'univers hanté d'Olija. Maisons asiatiques sur pilotis, cimetière de caravelles et autres grottes au bord de l'effondrement y croupissent dans des eaux brumeuses et poisseuses. Des borborygmes de ses habitants aux claquements d'une bannière tourmentée par le vent, le traitement royal de ses effets sonores et de sa BO amplifie son élégant pixel art.L'ombre de Sword & Sworcery et surtout d' Another World magnifie la remarquable patine du jeu. Les brèves transitions cinématiques, les créatures souterraines noires et une foule d'autres détails d' Olija honorent visuellement le jeu culte d'Éric Chahi. Sa narration in game lui rend également un hommage appuyé. Échoué en terres inconnues avec son équipage, Farraday, le héros du jeu, y aligne des rencontres entre terreur et amour mises en scène à même ses niveaux 2D (vus de profil). Le tout, au fil de dialogues sublimes de concision. Les textes d' Olija s'imprègnent de la brièveté poétique des haïkus japonais. Le seigneur d'un peuple affamé qu'il met en scène n'y croise pas moins le fer avec fulgurance. Son harpon mystique y brille comme une arme multiusage fascinante. Au centre du scénario, cette arme fend l'air à diverses fins ludiques. "Locker" un adversaire avec cette lance permet ainsi de se téléporter à ses pieds d'un bout à l'autre d'un tableau pour le transpercer. Certains éléments de décor peuvent également être ciblés pour des sauts prodigieux à travers des parois. Servant également de marchepied pour escalader certains murs, cette flèche de métal également utile pour trouver des passages secrets évoque au final les accessoires couteau suisse d'un Zelda. Complété d'une épée généreuse en combos, d'un fusil à poudre et de chapeaux aux pouvoirs magiques, Olija se pare de riches combinaisons offensives. La faible difficulté de ses adversaires ne pousse hélas pas à les exploiter au maximum. Doublée d'une exploration de niveaux à la Metroid plutôt cosmétique, cette faille se double d'une durée de vie courte sur pattes. Pas de quoi, toutefois, gâcher la découverte de son monde cassé. Le jeu brise d'ailleurs sa routine, à force de passages d'infiltration et de séances de parkours aériens saupoudrées de puzzle game. Vivement le prochain indé japonais...