Floutant les frontières entre jeu vidéo et cinéma d'animation avec plus de talent qu'Another World, Inside de Playdead écrivait une page de l'Histoire du gaming en 2016. L'esthétique vénéneuse et monochrome de ce cauchemar danois réveillait des terreurs infantiles dans un univers industriel déglingué. Hasard du calendrier? Un an plus tard, Little Nightmares de Tarsier Studios déployait des codes ludiques, esthétiques et narratifs proches de ceux du hit indé écoulé à un million d'exemplaires. La suite du cousin suédois d'Inside confirme qu'il ne fait pas bon être un enfant dans un jeu de plateforme scandinave.
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Floutant les frontières entre jeu vidéo et cinéma d'animation avec plus de talent qu'Another World, Inside de Playdead écrivait une page de l'Histoire du gaming en 2016. L'esthétique vénéneuse et monochrome de ce cauchemar danois réveillait des terreurs infantiles dans un univers industriel déglingué. Hasard du calendrier? Un an plus tard, Little Nightmares de Tarsier Studios déployait des codes ludiques, esthétiques et narratifs proches de ceux du hit indé écoulé à un million d'exemplaires. La suite du cousin suédois d'Inside confirme qu'il ne fait pas bon être un enfant dans un jeu de plateforme scandinave. La tentation de taxer Little Nightmares de copie d'Inside est grande. Les deux jeux se vivent après tout comme une fuite infantile perpétuelle, jouant avec des ombres fascinantes et des monstres poisseux. Ces deux jeux indés oscillent également entre plateformes, énigmes et narration muette. Mais depuis treize ans, Tarsier Studios n'en cultive pas moins une vraie légitimité en termes d'univers liés à la petite enfance. Entre autres trophées de chasse, l'équipe aligne ainsi Tearaway Unfolded et LittleBigPlanet 3 chez Sony CE. Par contre, Little Nightmares 2 et ses kids traumatisés semblent prendre l'exact contre-pied de ces jeux cultivant l'art du bricolage insouciant et coloré. Baigné d'ombres et de lumières fascinantes, Little Nightmares 2 reprend, sans fondamentalement la changer, la formule ludique de son prédécesseur. On y enchaîne ainsi fréquemment des passages entre course-poursuite et partie de cache-cache pour échapper à des crapules géantes. Il s'agit de se planquer à intervalle régulier derrière des caisses pour éviter un tir, de marcher accroupi sous un lit, ou encore, de se faufiler entre des dizaines de bras jaillissant des murs d'un couloir. Aux jumpscares, le jeu préfère l'anxiété latente d'être découvert par un chasseur sanguinaire ou une prof au cou de serpent. Un hôpital glauque, une forêt poisseuse, une cité fantôme penchant comme celle du Cabinet du docteur Caligari... Les lieux entendus de Little Nightmares 2 s'explorent comme un jeu de plateforme en 2,5D. Le mauvais rêve qui se parcourt également un peu en profondeur déploie une foule d'énigmes. On y saisit et déplace des accessoires souvent trop grands et lourds comme des haches, des caisses ou des végétaux morts. Le tout, pour accéder à une fenêtre ou franchir un gouffre sans jamais être vraiment bloqué. Six, l'héroïne du premier épisode, accompagne cette virée suggérant souvent l'horreur plus qu'elle ne la montre. Ce second personnage offre une série d'actions synchronisées dégageant des passages. Sauter à pieds joints sur une trappe pour la faire céder ou se faire la courte échelle ne suffisent hélas pas à créer un lien émotionnel aussi fort que celui avec Yorda sur Ico. Avec son classicisme ludique loin d'être rédhibitoire, Little Nightmares 2 peine surtout à livrer un message fort. La toxicité de la télévision qu'il évoque tout au long de sa fuite se vit distraitement. Pas de quoi, donc, le hisser au rang de cauchemar mémorable.