La ludographie brillante de Will Wright - SimCity, les Sims et Spore- écrit, mine de rien, un chapitre fantasmé de l'origine de la vie. Mais le gameplay des jeux vidéo s'inspire rarement des mythes de la création de notre univers. Du Soleil de Dark Souls à la Lune de The Legend of Zelda: Majora's Mask, cette cosmogonie était transcendée par Everything de David OReilly, il y a trois ans. Les ressorts ludiques de cet open world embrassaient alors les théories d'Alan Watts, philosophe new age et expert en religions comparées. Comme ce dernier, Genesis Noir se pose la question de notre place dans le cosmos. Le tout, au fil d'...

La ludographie brillante de Will Wright - SimCity, les Sims et Spore- écrit, mine de rien, un chapitre fantasmé de l'origine de la vie. Mais le gameplay des jeux vidéo s'inspire rarement des mythes de la création de notre univers. Du Soleil de Dark Souls à la Lune de The Legend of Zelda: Majora's Mask, cette cosmogonie était transcendée par Everything de David OReilly, il y a trois ans. Les ressorts ludiques de cet open world embrassaient alors les théories d'Alan Watts, philosophe new age et expert en religions comparées. Comme ce dernier, Genesis Noir se pose la question de notre place dans le cosmos. Le tout, au fil d'un point & click furieusement original entre roman noir, jazz et explosions visuelles. C'est sur un pont reliant Williamsburg à Manhattan, pile après avoir terminé la lecture de Cosmicomics d'Italo Calvino qu'Evan Anthony fomentait, il y a sept ans, le récit dingue de Genesis Noir. Le surréalisme de l'auteur italien ancré dans un raisonnement scientifique fascine alors le développeur new-yorkais. Aidé de Jeremy Abel, Evan échafaude ainsi l'histoire de No Man. Ce personnage muet tente de sauver son amour d'un coup de feu passionnel. Objectif: empêcher l'expansion de l'univers ici réduit à la trajectoire d'une balle de revolver. Explorant une notion de réalité basée sur la théorie des cordes, Genesis Noir s'avère d'abord une orgie visuelle. Le voyage partiellement monochrome aligne dix trouvailles graphiques par minute. Son cadrage mélange cinémascope, coupe de profil et vue aérienne. Ses plans se superposent. Ses objets, astres, plantes et animaux protéiformes se disloquent et se recomposent pour illustrer une matérialité relative. Un peu comme si les traits épurés des personnages et décors de Cave! Cave! Deus Videt de We Are Müesli rencontraient la puissance lyrique de Fantasia. Ce rapport au chef-d'oeuvre d'animation de Disney est d'autant plus saillant que Genesis Noir entretient une relation intime avec la musique. Visiblement inspirés par les bruissements de la Grande Pomme, ses auteurs y déroulent une BO jazz influencée par John et Alice Coltrane. Par Sun Ra, aussi. La musicalité souvent cosmique du jeu résonne non seulement avec son propos mais aussi avec son gameplay. Faire pivoter une voûte céleste réveille des cuivres hésitants tout en faisant pousser des plantes. Souvent, les objets avec lesquels on interagit se transforment en instrument. Jouer de la contrebasse en touchant des nuages ou en caressant le coeur d'un tournesol géant comptent parmi les nombreuses petites énigmes du trip. Évoquant WarioWare, ces séquences rythment des explorations de tableaux aux airs de point & click dénué d'inventaire. Signé chez Fellow Traveller (In Other Waters, Framed, Orwell...), Genesis Noir tient donc plus du récit interactif que du jeu vidéo. Les gamers grimaceront. Mais à ce jour, il se hisse comme le seul exemple de cohabitation fructueuse entre jazz et gaming aux côtés d'Ape Out, autre création new-yorkaise. Rien n'est dû au hasard dans la cosmologie du jeu vidéo...