Cela ne vous a probablement pas échappé. Sur les réseaux sociaux, l'année 2020 a débuté sous une avalanche de mauvaises blagues ayant pour thème la Troisième Guerre mondiale. Des idioties sur TikTok incompréhensibles pour toute personne née avant 2005, des mèmes crétins sur Twitter et Facebook avec des GIF de Bob l'éponge et des Kardashian. Le corps du général iranien Soleimani abattu par un drone américain devait encore être chaud que le le hashtag #WWIII (World War 3, donc) devenait tendance, à force d'accumulations. Selon un article du magazine Wired à prendre avec beaucoup de pincettes, on a toutefois observé un changement de ton humoristique majeur par rapport aux idioties qui accompagnèrent les menaces de guerre précédentes. Aux États-Unis, beaucoup de petits comiques ont en effet surtout imaginé comment échapper à la...

Cela ne vous a probablement pas échappé. Sur les réseaux sociaux, l'année 2020 a débuté sous une avalanche de mauvaises blagues ayant pour thème la Troisième Guerre mondiale. Des idioties sur TikTok incompréhensibles pour toute personne née avant 2005, des mèmes crétins sur Twitter et Facebook avec des GIF de Bob l'éponge et des Kardashian. Le corps du général iranien Soleimani abattu par un drone américain devait encore être chaud que le le hashtag #WWIII (World War 3, donc) devenait tendance, à force d'accumulations. Selon un article du magazine Wired à prendre avec beaucoup de pincettes, on a toutefois observé un changement de ton humoristique majeur par rapport aux idioties qui accompagnèrent les menaces de guerre précédentes. Aux États-Unis, beaucoup de petits comiques ont en effet surtout imaginé comment échapper à la conscription, pourtant abandonnée en 1973 mais pouvant toujours être facilement réactivée en cas de nécessité militaire. Beaucoup de ces vannes jouaient donc autour de l'idée d'échapper à la guerre plutôt que d'y participer. Or, quand il a été question d'attaquer l'Afghanistan et d'envahir l'Irak en 2001 et en 2003, les blagues d'alors parlaient surtout de transformer ces pays en terrains de golf et en parkings. Ça plaisantait principalement sur la vitrification nucléaire, la supériorité technologique de l'US Army, la conversion rapide au capitalisme débridé. Ça envisageait des guerres éclair ne durant que quelques semaines, autant dire, des vacances au soleil. En mode "America, fuck yeah". Selon Wired, ce n'est donc plus le cas. Et c'est peut-être pourquoi la menace d'une guerre qui opposerait les États-Unis à l'Iran s'est (un tout petit peu) éloignée. Je n'y crois personnellement pas du tout. Ni à la Troisième Guerre mondiale, ni à la désescalade entre les États-Unis et l'Iran. Ni à l'humour débile d'Internet se posant en sauveur de l'humanité. Selon Wired, toutes ces blagues idiotes postées par des gamins habitant aux États-Unis ont été vues au Moyen-Orient et ont dès lors suscité des réactions des jeunes de là-bas. Une conversation se serait engagée, qui peut se résumer "hé, les yankees, arrêtez de paniquer, c'est nous qui allons nous ramasser vos bombes". "C'est la "mondialisation de la réponse par l'humour"", explique un intervenant dans l'article de Wired. "L'Internet global permet aux gens tout autour du monde de se rendre compte des plaisanteries des Américains et d'y répondre." Cela désamorcerait la diabolisation de l'ennemi potentiel, cela créerait du lien, rappelant surtout que les discours belliqueux des dirigeants ne représentent pas la volonté des peuples. C'est bien joli, tout ça: one world, one love. Mais Wired peut-il vraiment être pris au sérieux quand il prétend aussi avoir remarqué qu'au-delà de la bêtise des blagues, il est assez remarquable que des jeunes Américains pensent désormais aux implications d'un assassinat ciblé autorisé par leur président, alors qu'ils ont toujours eu la réputation de ne pas s'intéresser aux événements mondiaux? Comme si dégommer un général via un avion planant à 10.000 mètres d'altitude piloté par un type assis dans un container à 10.000 bornes de l'impact n'était pas une image relativement inédite et suffisamment pétochante pour tirer n'importe qui de son train-train quotidien au moins le temps d'un tweet? Ce qui me sidère surtout dans ce papier, c'est que chez Wired, magazine pro-tech, c'est en fait tout comme si on essayait en réalité de sauver la dernière dosette de bonne réputation des réseaux sociaux. Des gens perdent leurs boulots à cause de blagues sur Twitter, des amateurs de selfies sur Instagram meurent dans des accidents stupides et détruisent des écosystèmes, fake news et manipulations politiques dégueulasses sont monnaie courante sur Facebook mais... Eh bien, on vient quand même peut-être bien d'échapper à la Troisième Guerre mondiale (qui n'était de toute façon pas au programme) grâce à des GIF des Kardashian et de Bob l'éponge!!! Moi, quand je lis ça, je pense dès lors à ma vieille expression favorite de boomer anversois: "Fiston, tu joues autant que tu veux avec les pieds des Chinois mais pas avec les miens".