Même Big Loulou, Louis Michel en personne, semble l'avoir ressenti: les réseaux sociaux en ce moment, c'est pas tout à fait ça. "Nous sommes passés de l'affrontement des idées à l'affrontement des émotions", a récemment déploré dans la presse Monsieur Patate Senior, ajoutant sa petite punchline critique à l'impression générale de gueule de bois carabinée due aux dérives de Facebook, Twitter et autres Instagram. Venant de lui, ça peut évidemment faire sourire: et parachuter Marc Wilmots au Sénat et boycotter le ski en Autriche lorsque l'extrême droite s'y empara du pouvoir, c'était suivre des idées ou répondre par des émotions? De plus, prêter aux réseaux sociaux un considérable pouvoir de nuisance n'est pas non plus d'une nouveauté et d'une originalité sidérantes. Disons que c'est toutefois le bon timing. Dites aujourd'hui "réseau social" à quelqu'un et il ne vous répondra plus "lolcats", "orteils à la plage" ou "Guillermo Guiz", mais bien "Donald Trump", "fémininazisme", "Big Brother", etc. L'utilisation jadis surtout ludique devient anxiogène, sinistre même. On entend de moins en moins parler de Facebook, Google et Twitter comme d'outils révolutionnaires nous facilitant la vie. La parole est désormais plutôt aux Cassandre nous prévenant de la véritable abomin...

Même Big Loulou, Louis Michel en personne, semble l'avoir ressenti: les réseaux sociaux en ce moment, c'est pas tout à fait ça. "Nous sommes passés de l'affrontement des idées à l'affrontement des émotions", a récemment déploré dans la presse Monsieur Patate Senior, ajoutant sa petite punchline critique à l'impression générale de gueule de bois carabinée due aux dérives de Facebook, Twitter et autres Instagram. Venant de lui, ça peut évidemment faire sourire: et parachuter Marc Wilmots au Sénat et boycotter le ski en Autriche lorsque l'extrême droite s'y empara du pouvoir, c'était suivre des idées ou répondre par des émotions? De plus, prêter aux réseaux sociaux un considérable pouvoir de nuisance n'est pas non plus d'une nouveauté et d'une originalité sidérantes. Disons que c'est toutefois le bon timing. Dites aujourd'hui "réseau social" à quelqu'un et il ne vous répondra plus "lolcats", "orteils à la plage" ou "Guillermo Guiz", mais bien "Donald Trump", "fémininazisme", "Big Brother", etc. L'utilisation jadis surtout ludique devient anxiogène, sinistre même. On entend de moins en moins parler de Facebook, Google et Twitter comme d'outils révolutionnaires nous facilitant la vie. La parole est désormais plutôt aux Cassandre nous prévenant de la véritable abomination de ces réseaux aux technologies qui rendraient tout aussi accro que l'héroïne, calculent le ciblage de leurs publicités sur nos faiblesses et nos angoisses et s'avèrent surtout de parfaits outils de surveillance généralisée. Tout en nourrissant également les extrémismes, la violence et la justice expéditive. Vite fait, voici une courte revue de presse de ce que j'ai cette semaine croisé comme infos délirantes et/ou anxiogènes au sujet des réseaux sociaux. En Australie, on a ainsi pu lire que Facebook proposait aux utilisateurs de transmettre à ses services des photos de leurs sexes afin que celles-ci soient entrées dans la banque de données d'une intelligence artificielle capable de plus tard reconnaître votre bite ou votre minou si jamais un jour une représentation devait en être publiée sur les réseaux sociaux, histoire de la bloquer instantanément, sans donc devoir attendre d'intervention humaine. C'est idiot, mais ça part pourtant d'une bonne intention: combattre le "revenge porn", cette pratique consistant à faire tourner des photos scabreuses de son ex. Deuxième pépite: tournée pour le site américain Vox, une vidéo met fort bien en lumière les limites de l'approche "anything goes" (tout est permis) de Twitter, dont la responsabilité dans l'émergence de mouvements extrémistes et la propagation d'idées dangereuses est désormais indiscutable. On y voit que malgré l'Alt-right, malgré le terrorisme islamiste, malgré le harcèlement continu, ça freine toujours grave chez Twitter au moment d'imposer un contrôle plus strict sur ce qui s'y publie. Tout ça parce que cette politique éditoriale irait à l'encontre des valeurs libertariennes de ses dirigeants, valeurs qui tiennent pour le coup quand même pas mal de l'irresponsabilité adulescente crasse.Bref, ça patauge et ça patauge également du côté des zones d'ombres de l'élection présidentielle américaine de 2016, qui ne serait plus imputable qu'aux Russes, à Cambridge Analytica, aux chipotages de l'équipe Trump ou même à un hypothétique complot démocrate raté mais aussi aux publicités ciblées, aux algorithmes et au business bien peu éthique de boîtes comme Facebook et Twitter. Chez Ted, la chercheuse Zeynep Tufekci a encore dénoncé que les collectes de données servant aujourd'hui à déterminer ce que vous voyez sur les réseaux sociaux (publicités ET contenu) ne sont plus tant basées sur vos intérêts que sur vos faiblesses. Selon elle, on n'est d'ailleurs plus très loin du moment où, programmée pour une efficacité maximale, une intelligence artificielle cherchant à vendre sur les réseaux sociaux des billets d'avion pour Las Vegas ne ciblera plus les 25-35 ans, les retraités ou même les gens qui aiment les jeux de hasard, mais carrément les maniaco-dépressifs, reconnus comme tels par les algorithmes, puisque l'on sait que les maniaco-dépressifs dépensent en général plus que les autres et sont donc de parfaits pigeons pour Vegas. C'est là où en revient à Louis Michel, vu qu'il n'y a en fait qu'une seule question à se poser: est-ce que tout cela marque réellement l'avènement d'une dystopie à la Philip K. Dick, la naissance d'un monde abominable? Ou alors, à force de déborder, ce chaos va finir par se réguler, ces firmes se voir imposer des règles beaucoup plus strictes, les lois à l'américaine sur la liberté d'expression et la vie privée muter vers quelque chose de plus restrictif, à l'européenne? Le consensus veut que l'on aille à toute blinde vers une transformation radicale de la société mais ça, c'est surtout le discours marketing de ces boîtes qui le maintient. En réalité, on ne compte plus les modèles disruptifs qui ont séduit quelques belles années sauvages avant de se prendre un retour de réalité législative et une avalanche de critiques plus ou moins mortelles en pleine poire. L'histoire des inventions commence toujours par une période d'enthousiasme délirant et de laisser-faire absolu, mais il est tout de même rare qu'au bout d'un petit temps, le politique et le législateur ne nous brident pas tout ça sans d'ailleurs rencontrer de véritable résistance. Sinon, c'est simple: on roulerait à 120 en ville et on aurait chaque soir du porno en fin de JT. Bref, s'il reste permis de flipper, on devrait aussi se demander si on ne vit pas plutôt le début d'une sorte de fin des réseaux sociaux. Pas une fin au sens où ils n'existeraient bientôt plus. Mais une fin au sens où dans 5 ans, ils seraient vus comme aussi douteux, ringards et uniquement fréquentés par des ploucs manipulables que TF1 aujourd'hui. Un politicien, Louis Michel ou un autre, finira bien par décider que "trop is te veel" et agira en conséquence, bridant considérablement la capacité de nuisance sociale et de manipulation mentale de ces firmes. Ou alors, à force de voir dénoncées toutes ces horreurs - et toutes ces conneries -, les gens vont tout simplement supprimer leurs comptes. On peut même imaginer un futur très proche où ne pas/ne plus utiliser les réseaux sociaux deviendrait une fierté à la mode, comme aujourd'hui la vape, le vegan, le café à 4 balles ou le repas sans gluten. Bref, ça pourrait être mieux demain.