De loin, le personnage a franchement percuté le Mur du Son, en tout cas du Zorn. D'abord, il y a cette invraisemblable production discographique, plus de 400 plaques comme compositeur/performeur, et une liste de styles sans fin, absurde dans sa boulimie viscérale. Entre sa version du Clan des Siciliens de Morricone, caressante, presque vaticane, et un titre hypra-noisy à la Igneous Ejaculation -à côté, Slayer c'est Soeur Sourire menstruée- se glisse une indéniable matière à psychanalyse. L'audace n'est pas exclue, pas plus que le casse-cou...

De loin, le personnage a franchement percuté le Mur du Son, en tout cas du Zorn. D'abord, il y a cette invraisemblable production discographique, plus de 400 plaques comme compositeur/performeur, et une liste de styles sans fin, absurde dans sa boulimie viscérale. Entre sa version du Clan des Siciliens de Morricone, caressante, presque vaticane, et un titre hypra-noisy à la Igneous Ejaculation -à côté, Slayer c'est Soeur Sourire menstruée- se glisse une indéniable matière à psychanalyse. L'audace n'est pas exclue, pas plus que le casse-couille insupportable, ce qui doit beaucoup faire rire notre saxophoniste amateur de Nouvelle Vague godardienne. L'affaire est d'autant plus poivrée que la tentacule John Zorn -en opération jazz, klezmer, extreme metal, funk, B.O. de film, hardpop et que sais-je encore- se déploie immanquablement entre avant-gardisme et sensations manhattaniennes. Celles donc de New York City, où le petit Zorn paraît il y a quasi 60 ans, le 2 septembre 1953, dans une famille juive curieuse de classique mais aussi de musiques du monde, de chanson française, de country, de doo-wop ou de rock'n'roll. Il se dit qu'à 15 ans, John le teenager consomme fortuitement un disque du Germano-Argentin Mauricio Kagel et qu'il en digère toujours les effets hallucinatoires 45 ans plus tard. Prétextant un 60 piges imminent, le Gent Festival a donc convié JZ à se décliner lui-même, comprenant qu'une des caractéristiques du personnage est de pouvoir, mieux que quiconque, se cloner en d'infinies variations. D'où ces huit déclinaisons zorniennes, pas moins, proposées entre 17 h 45 et tard dans la nuit. Avant de terminer la soirée à 23H45 comme DJ (...), Zorn aura d'abord été interprété à trois reprises par autrui sur la Gardenstage: notamment par le Koby Israelite Band, jouant une composition du cycle Masada. Egalement le nom d'un groupe -vous suivez?- formé par Zorn en souvenir de ce lieu très symbolique de l'histoire juive. A Gand, le puzzle prend aussi la forme d'un groupe, The Dreamers, avec entre autres le batteur Joey Baron et le célèbre bourreau des six cordes, Marc Ribot. Avant cela, les Moonchild avec le même Baron repartent au front zornien, notamment en compagnie de Mike Patton, vocaliste passe-muraille de Faith No More. Arrivé à ce stade-ci d'un article qui évoque une recette compliquée de cuisine bantoue, d'autres ingrédients à la gloire intégrale de JZ s'ajoutent in fine: le triplé d'artistes Illuminations/The Holy Visions/The Alchemist et l'autre entité de Patton, Song Project. De quoi faire radicalement fuir les anti-Zorn, et plonger les pour dans un état effectivement proche de l'Ohio. ZORN AT 60, LE 14 JUILLET AU GENT JAZZ FESTIVAL, WWW.GENTJAZZ.COMPHILIPPE CORNET