"Une guerre, c'est un pays qu'on n'entend pas. Il n'est pas silencieux, c'est juste qu'on ne l'entend pas." Trois années de conflit au Yémen ont fait plus de 10 000 morts et deux millions de déplacés. Trois années de conflits et autant, pour le monde, à détourner le regard o...

"Une guerre, c'est un pays qu'on n'entend pas. Il n'est pas silencieux, c'est juste qu'on ne l'entend pas." Trois années de conflit au Yémen ont fait plus de 10 000 morts et deux millions de déplacés. Trois années de conflits et autant, pour le monde, à détourner le regard ou simplement ignorer. Ils ne sont pas nombreux les reporters, humanitaires, militaires ou philosophes de l'ingérence à avoir arpenté ce pays appelé jadis "l'Arabie heureuse". Pourtant, d'après l'ONU, il s'y déroule la plus grave crise humanitaire depuis la Seconde Guerre mondiale. Afin de fixer des images, des preuves de ce qui est en court et ne porte même plus le nom de tragédie, François-Xavier Trégan accompagne Peter Maurer, président du Comité international de la Croix-Rouge, dans un périple entre la ville portuaire d'Aden et Sanaa, la capitale. Le choc avec la souffrance est frontal dans ce road trip qui fait étape à Taez, sur la ligne de front d'un conflit invisible à nos yeux. Le potentiel de déstabilisation d'une région toute entière, et même au-delà, apparaît ensuite avec virulence. Les témoignage de civils, médecins, enfants, parents, soldats ou dignitaires provoquent quant à eux la sidération. À bout de souffle, le constat est sans appel: la misère est tout autant dans ce qui est regardé que chez celui qui regarde sans sourciller.