Prix Goncourt 2006 avec Les Bienveillantes, Jonathan Littell signe un document fort sur les enfants soldats d'Ouganda. Dirigé depuis 1986 par Yoweri Museveni, l'ancien opposant au dictateur Amin Dada, le pays a été aux prises, au nord, avec une redoutable guérilla menée par un chréti...

Prix Goncourt 2006 avec Les Bienveillantes, Jonathan Littell signe un document fort sur les enfants soldats d'Ouganda. Dirigé depuis 1986 par Yoweri Museveni, l'ancien opposant au dictateur Amin Dada, le pays a été aux prises, au nord, avec une redoutable guérilla menée par un chrétien fondu, Joseph Kony, et soutenue en coulisse par le régime islamiste du Soudan. Cette "Armée de résistance du Seigneur" est aujourd'hui en débandade, son leader traqué, mais ses raids sanglants ont laissé des dizaines de milliers de morts et enlevé 60 000 enfants en 25 ans pour gonfler ses rangs. Trois d'entre eux -Mike, Geoffroy et Nighty- sont suivis alors qu'ils rentrent chez eux, adultes. Les atrocités qu'ils ont vécues ou causées les hantent à mesure qu'ils remontent le chemin de leur mémoire. Plutôt que d'adopter une perspective historique, Littell privilégie une approche presque sociologique: derrière chaque monstre, il y a un être humain. Aucun schème, aucune fatalité, aucun système n'occulte la rencontre entre ces individus et ce "Mal" qu'ils ont contracté et qui les a menés au pire. Dans ce documentaire troublant, à la perspective originale mais qui apporte peu de réponses d'ordre éthique ou moral, la vision d'une enfance réduite en bouillie, en machine à tuer et la prise de conscience de celles et ceux qui l'ont traversée, a quelque chose de bouleversant et d'édifiant.