Dix juin, Saint-Gilles, Poney se demande si Mokoomba, groupe zimbabwéen qu'il produit, va bien décrocher le double visa américain et canadien indispensable à la vingtaine de dates incessamment programmées outre-Atlantique. Histoire de faire couiner l'afro-fusion dès ce 29 juin à Schenectady, 66 315 âmes à l'est de l'Etat de New York. Tout cela semble parfumé d'exotisme voyageur, voire flamboyant dans le sillage de cette récente révélation world, particulièrement en Grande-Bretagne où Mokoomba est gavé de critiques laudatives et de récompenses prestigieuses. Retour à la réalité. "On est obligés d'acheter les tickets d'avion Zimbabwe-Etats-Unis à l'avance afin d'introduire les demandes de visas, précise Poney. Soit un coût d'environ 10 000 euros: si jamais cela calait du côté administratif, on en serait de notre poche. Et je me vois mal demander un remboursement aux musicos de Mokoomba."
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Dix juin, Saint-Gilles, Poney se demande si Mokoomba, groupe zimbabwéen qu'il produit, va bien décrocher le double visa américain et canadien indispensable à la vingtaine de dates incessamment programmées outre-Atlantique. Histoire de faire couiner l'afro-fusion dès ce 29 juin à Schenectady, 66 315 âmes à l'est de l'Etat de New York. Tout cela semble parfumé d'exotisme voyageur, voire flamboyant dans le sillage de cette récente révélation world, particulièrement en Grande-Bretagne où Mokoomba est gavé de critiques laudatives et de récompenses prestigieuses. Retour à la réalité. "On est obligés d'acheter les tickets d'avion Zimbabwe-Etats-Unis à l'avance afin d'introduire les demandes de visas, précise Poney. Soit un coût d'environ 10 000 euros: si jamais cela calait du côté administratif, on en serait de notre poche. Et je me vois mal demander un remboursement aux musicos de Mokoomba." Ecouter ce quinqua bruxellois -1957, hôpital Saint-Pierre- c'est un peu lire entre les lignes des "musiques du monde"et l'enfantement joyeux de celles-ci depuis le coeur des années 80. "Rien n'est forcément simple vis-à-vis de musiciens africains parce que leur culture, leur éducation, leur rapport à l'argent, est différent du nôtre. Et chaque fois qu'il est question de finances, le passé colonial des Européens n'est jamais loin de nous être retourné en espèces comptantes." Aucun mépris ni sarcasme européocentristes chez ce mondialiste sympa, croyant toujours aux "valeurs de gauche" et tenant une comptabilité à livre ouvert. "Ce n'est pas parce que vous jouez sur le plateau BBC de Jools Holland ou sur de grandes scènes, comme celle du Womad en Angleterre, que les cachets sont affolants et comparables au fric de la pop ou du rock." L'Afrique n'a pas non plus le monopole des raccourcis. Quand après avoir managé pendant une douzaine d'années les Cubains a capella de Sampling, Poney s'entend dire que désormais, les membres du groupe exigent de voyager en première classe, il sait que les carottes -sauce Fidel- sont cuites. C'était il y a quelques années, et depuis son split de Sampling, ce dernier a disparu des radars... Avant de rencontrer Patrick Wallens -actuel boss de Couleur Café- et cofonder avec ce dernier une asbl qui enfantera du festival mondialiste en 1990 aux Halles de Schaerbeek, Poney est un ketje de Bruxelles qui mange du Saint-Gilles, de l'athénée au foot, pratiqué à la Royale Union Saint-Gilloise. Famille juive laïque aux racines éparpillées entre Hongrie, Roumanie et Pologne. "Progressistes mais déjà revenus du communisme, mes parents écoutaient beaucoup Montand, Ferrat, Brel, un peu moins Ferré vu qu'il était anar (sourire). Mon père aimait aussi les grandes voix noires américaines." L'ado Poney, lui, fixe l'époque seventies, et donc les guitar heroes à la Rory Gallagher. S'imagine un (long) moment en Clapton de la gratte rugueuse, qu'il pratique avec le frère aîné, jusqu'à la découverte quasi-charnelle des percussions: "Sympathy for the Devil des Stones incarnait la fusion absolue entre le côté rock et black: j'avais découvert ma culture." Arrimé à ses percus, Poney traverse l'aventure Red & Black, joyeux drilles bruxellois issus de la mouvance progressiste, auteurs de l'"historique" Le rock de la crise économique.Poney: "On était au début des années 80 et le Red & Black faisait toutes les manifs, jouant sur un camion, contre les missiles ou l'OTAN. On faisait aussi des bals qui duraient trois ou quatre heures pendant lesquels on passait en revue tous les styles. J'aimais également François Béranger, Higelin et Lavilliers." Lorsqu'un Colombien de Bruxelles lui livre quelques techniques percussives, Poney estime le bagage suffisant pour apprendre aux sources du rythme: Cuba et la Guinée du génial Mamady Keita, l'homme aux mains-en-or-de-djembé. Il y rencontre deux histoires d'amour et la matrice d'une fascination pour le groove qui ne l'a pas quitté depuis. Aujourd'hui, outre l'aventure Mokoomba, Poney travaille avec Manou Gallo, la surdouée de la basse, Ivoirienne de Bruxelles qui bourlingue désormais avec des cuivres funky (1). "Les premières éditions de Couleur Café ont été une aventure exaltante, mais en grandissant, on a compris que les autres activités de l'asbl Zig Zag fondée avec Patrick Wallens -l'école de percussions et les activités de management- devaient être séparées du festival." En 1997, Poney crée Zig Zag World afin de développer sa propre carrière de musicien et de manager. Oubliés les rêves de prof de gym ou "champion à la Michael Jordan", voire éducateur comme un moment à Decroly: "Les musiques du monde ont explosé de 1990 à 2003 en une énorme vague mondiale, récupérée par d'autres musiques. Hier Peter Gabriel intégrait ces sons-là dans sa musique, aujourd'hui, c'est Damon Albarn. Mais en changeant considérablement, le marché du disque comme l'avènement du digital ont rendu cette world moins visible auprès des jeunes générations. D'autant que les stars ne se sont pas renouvelées. Résultat: Couleur Café a dû s'adapter." Toujours pote du festival et de Wallens, Poney a passé beaucoup de temps à sillonner les routes ailleurs: pendant cinq ans, il est intégré dans Music Crossroads Southern Africa,projet aux capitaux scandinaves qui vise à développer les talents musicaux de cinq pays d'Afrique australe. "L'idée était de faire passer le message, notamment sur le sida qui ravage cette partie du continent, par la musique, par exemple en mettant des groupes en compétition. J'y allais trois fois l'an donner un workshop comme consultant, notamment sur la façon de construire un spectacle." C'est au Zimbabwe que Poney a rencontré Mokoomba: le talent du chanteur, "un tout grand",l'a bluffé. Depuis le début des années 2010, il travaille avec ces jeunes africains pour lesquels il produit actuellement un CD acoustique. Histoire passionnante à suivre, sans doute à l'automne. (1) EN CONCERT GRATUIT CE 20 JUIN À 20 HEURES À LA PLACE COMMUNALE DE MOLENBEEK DANS LE CADRE DE LA FÊTE DE LA MUSIQUE, WWW.FETEDELAMUSIQUE.BE RENCONTRE Philippe Cornet