"Le Sfinks commence en 1975 dans une sorte de villa reconvertie en espace socio-culturel, à Boechout (au sud-est d'Anvers, ndlr) , une propriété avec un énorme parc privé. C'est le Sfinks Roots qui essaye d'amener des musiques totalement inconnues, expressions considérées comme bizarres de communautés marocaines ou chiliennes: au milieu des années 80 débarquent Khaled ou Youssou N'Dour, les musiques du monde s'apprêtent à exploser. Jusqu'alors, le festival était marginal vu qu'il était impossible de trouver les disques des artistes programmés qui ne passaient pas à la radio et étaient ignorés par la presse. " Aucune nostalgie dans la voix de Patrick De Groote, 50 ans: quand il est embauché au Sfinks, le festival existe depuis 8 ans, né dans la Flandre de 1975 fascinée par le folk flamand et anglo-saxon. Trois cents barrils de genièvre plus tard, De Groote, diplômé en Communication et en Réadaptation sociale -" des études qui n'existent plus"-, gère " une transition difficile". Euphémisme pour dire que l'époque alternative-sabots-quenouilles folky est comateuse. Reste à tracer l'autoroute du futur ou plutôt du présent: " Petit à petit, le publ...

"Le Sfinks commence en 1975 dans une sorte de villa reconvertie en espace socio-culturel, à Boechout (au sud-est d'Anvers, ndlr) , une propriété avec un énorme parc privé. C'est le Sfinks Roots qui essaye d'amener des musiques totalement inconnues, expressions considérées comme bizarres de communautés marocaines ou chiliennes: au milieu des années 80 débarquent Khaled ou Youssou N'Dour, les musiques du monde s'apprêtent à exploser. Jusqu'alors, le festival était marginal vu qu'il était impossible de trouver les disques des artistes programmés qui ne passaient pas à la radio et étaient ignorés par la presse. " Aucune nostalgie dans la voix de Patrick De Groote, 50 ans: quand il est embauché au Sfinks, le festival existe depuis 8 ans, né dans la Flandre de 1975 fascinée par le folk flamand et anglo-saxon. Trois cents barrils de genièvre plus tard, De Groote, diplômé en Communication et en Réadaptation sociale -" des études qui n'existent plus"-, gère " une transition difficile". Euphémisme pour dire que l'époque alternative-sabots-quenouilles folky est comateuse. Reste à tracer l'autoroute du futur ou plutôt du présent: " Petit à petit, le public est devenu plus curieux et on a tissé des liens avec d'autres festivals comme le Womad de Peter Gabriel ou les Musiques métissées d'Angoulême. Je ne me considère pas du tout comme militant culturel, on avait juste l'impression de faire de super découvertes musicales. Comme quand tu lis un beau livre et que tu as envie de le passer à des amis. " En parcourant les années Sfinks, il est évident que le festival anversois sent le vent avant les autres, programmant entre autres Carte de séjour (1986), Youssou N'Dour (1986), Gil Scott-Heron (1987), Nusrat Fateh Ali Khan (1988), Papa Wemba (1989), Les Négresses Vertes (1990), Femi Kuti (1991), Zap Mama (1993), Last Poets (1994), Cheb Khaled (1994), Cesaria Evora (1996), Carlinhos Brown (1997), Tinariwen (2002) ou Lhasa (2004). Le Sfinks est donc un sismographe qui met en catalogue l'époque, quitte à emmerder la majorité trop morale, comme l'extrême-droite flamande qui proteste parce qu'elle n'aime ni les tracts du festival rédigés en arabe, ni une population qui file recta de l'eczema à De Winter ou De Wever. " En même temps, explicite Patrick De Groote, le festival est un grand mélange, avec de nombreuses familles, pas un truc spécifiquement ethnique. Quand je me promène sur le Meir, l'une des rues principales d'Anvers, je vois des gens qui viennent des 4 coins du monde: ce sont eux qui feront la ville de demain! Le Sfinks est une caisse de résonance: je trouve super qu'Hindi Zahra vienne au festival (ce 31 juillet à 19 heures, ndlr) et attire les jeunes Marocaines qui reconnaissent l'exemple mondial qu'elle dégage. Notre défi est que ces jeunes filles découvrent par la même occasion Afrocubism ou une artiste coréenne inconnue. Dans le contexte général de la Belgique, je trouve que cet esprit de curiosité est très beau. " On dit souvent que les "miracles" arrivent dans les lieux intermédiaires, c'est ce qui nous est arrivé au Sfinks. Deux fois au moins. La première, en 1988, on y découvre Ali Farka Touré, bluesman malien encore inconnu. " On l'a coincé entre 2 autres concerts, lui laissant juste une petite place sur l'unique scène de l'époque, et j'ai complètement flashé", explique De Groote. Nous aussi: face à cet inconnu qui balance un blues remontant la nuit des temps, on comprend que toute la culture mississipienne vient bien de là, du no man's land sahélien, de la beauté dépouillée du nord Mali, où Ali est agriculteur. " John Lee Hooker m'a tout piqué" est la phrase qu'on retient de l'interview qu'on fait alors de lui. Ali aurait même raison. L'autre moment inoubliable est signé Nusrat Fateh Ali Khan, chanteur pakistanais au physique d'Orson Welles qui défie toutes les pesanteurs. Interprète de chants religieux, les qawwalî d'obédience soufi, voilà le mec qui bluffe la planète -label chez Peter Gabriel, Jeff Buckley fan absolu- devant 2 compatriotes pakistanais sur un chemin public menant à la scène en 1993: les admirateurs sont tellement sonnés qu'ils lui baisent la main. Moins un geste moyenâgeux que l'allégeance à un ange musical. En scène, Nusrat jette les vers sacrés comme on largue les amarres de l'absolu. Moment fabuleux, merci le Sfinks. A la fin des années 90, le Sfinks connaît un coup de mou: " Les gosses qui venaient en famille avec leurs parents ont alors 15 ans et veulent leur propre musique. Les musiques du monde, auparavant cool, ne le sont plus. " Coup de blues, le Sfinks doit évoluer et trouve dans les DJ's une porte de rafraîchissement honorable: " Au début, les musiques urbaines du Tiers-Monde, comme les rappers africains, n'étaient que des copies occidentales, mais peu à peu, de nouvelles scènes sont apparues. Le Sfinks a donc reconquis le public ado et jeune adulte via des scènes à part, où ils ne risquaient pas de croiser leurs parents. " Aujourd'hui, ramené sur 3 jours -au lieu de 4-, le Sfinks Mixed reste fidèle à ses roots: pas de gigantisme, pas de cachet débile -" au-delà de 40 000 euros, c'est pervers, tout doit rentrer dans notre budget annuel d'1,5 million d'euros"- et pas non plus de melting-pot rock... " On croit à la taille humaine, raconte Patrick. On fait notamment une Parlatent où les artistes viennent répondre aux questions du public, on essaie de faire une offre qui a du sens. Le message ne nous appartient pas: c'est le festival qui est un instrument, apte à susciter les rencontres. " Sur le terrain semi-désaffecté du Zomer Van Antwerpen, dont De Groote est également le patron (1), une drache belge vient rafraîchir toutes les idées. De Groote pose devant des caravanes pourries laissées par des gens de passage. Pour lui, il n'y a qu'un seul trip: droit devant, sans retour préalable. Et en musique. (1) EXCELLENT FESTIVAL URBAIN MULTIDISCIPLINAIRE, À DÉCOUVRIR PENDANT TOUT L'ÉTÉWWW.ZVA.BE SFINKS MIXED LES 29, 30 ET 31 JUILLET À BOECHOUT, ENTRE ANVERS ET LIER, AVEC E.A. AFROCUBISM, EMIR KUSTURICA AND THE NO SMOKING ORCHESTRA, RUBEN BLADES, ALPHA BLONDY, HINDI ZAHRA, WWW.SFINKS.BE RENCONTRE PHILIPPE CORNET