Ce n'est pas tout d'avoir une carrière, un statut, un nom. Encore faut-il y survivre. A partir de quel moment le terrain de jeu que s'est tracé un artiste devient une prison? Le come-back de l'année, c'est déjà celui de David Bowie, qui a dû se demander comment dépasser sa propre légende, sinon en jouant avec sa propre histoire. C'est un peu ce qu'il affirme en sortant The Next Day, avec une pochette reprenant celle de son album culte Heroes, masquée d'un carré blanc. Malin, le Bowie. "Clever", reconnaît, amusé, Graham Lewis.
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Ce n'est pas tout d'avoir une carrière, un statut, un nom. Encore faut-il y survivre. A partir de quel moment le terrain de jeu que s'est tracé un artiste devient une prison? Le come-back de l'année, c'est déjà celui de David Bowie, qui a dû se demander comment dépasser sa propre légende, sinon en jouant avec sa propre histoire. C'est un peu ce qu'il affirme en sortant The Next Day, avec une pochette reprenant celle de son album culte Heroes, masquée d'un carré blanc. Malin, le Bowie. "Clever", reconnaît, amusé, Graham Lewis. On retrouve Lewis et Colin Newman dans un estaminet historique de Bruxelles. Ils forment toujours le noyau de Wire. Eux aussi des légendes. Plus underground, plus alternatives, nées en pleine rage punk et qui ont influencé toute une scène rock, de REM à Sonic Youth. Wire sort aujourd'hui un nouvel album au titre-programme énigmatique, Change Becomes Us. Pour son 13e album studio, Wire s'est permis de replonger dans son passé. Graham Lewis: "Entre 1976 et 1978, on a sorti trois premiers albums. Lors des concerts qui ont suivi, on a continué à expérimenter une série de nouvelles choses. Si on était resté ensemble, cela aurait donné un nouvel album." Seulement voilà, lessivés après trois années intenses , le groupe implose. "C'était une période chaotique. Quelqu'un aurait dû nous dire de prendre du repos. Au lieu de se poser, on s'est écrasé... " Trente-cinq ans plus tard, le groupe est reparti sur les traces de ce matériel perdu. Certaines traces peuvent être trouvées sur le live Document and Eyewitness sorti en 81, d'autres ont été repêchées dans des bootleg. Parfois, la musique de départ n'a été jouée qu'une seule fois, à peine une ébauche. Colin Newman: "Cela tient de la mémoire corporelle. Une fois que j'ai le premier accord, le reste suit. Oublier est important, le cerveau doit évidemment faire le tri. Sauf que ce n'est pas lui qui a créé tous ces morceaux. " Voir un groupe aussi novateur jeter un regard dans le rétro pourra faire tiquer certains. Newman sourit: "Ah, c'est de bonne guerre. On savait bien que certains nous accuseraient de nostalgie. Mais ce n'est pas le sujet dans ce cas-ci." Graham Lewis précise: "J'ai toujours un carnet de notes avec moi. Quand je relis ce que j'ai écrit deux, trois jours auparavant, je ne sais plus toujours de quoi il était question précisément. C'est un peu la même chose ici avec la musique. C'est comme si on travaillait sur de la matière neuve, qui pourrait donner naissance à quelque chose." On pourrait parler de recyclage. Dans tous les cas, la démarche est paradoxalement cohérente avec son époque. Pas certain en effet que Wire aurait pu entamer ce processus il y a quelques années à peine: "On n'aurait pas pu faire ce disque avant. Ce n'est pas comme si on ne nous l'avait pas demandé. Mais si on l'avait fait plus tôt, on serait passé pour un vieux groupe qui rabâche. A la place, on a fait un disque comme Send(album du "retour" en 2003, ndlr). Aujourd'hui cependant, l'époque est différente. On est entré dans l'ère digitale, le temps s'est complètement aplati. Ce que vous sortez aujourd'hui est est aussi disponible que ce que vous avez publié 30 ans avant. Il n'y a plus de problèmes à puiser dans le passé, il se confond avec le présent." WIRE, CHANGE BECOMES US, PINKFLAGLAURENT HOEBRECHTS