"Tainted Lunch"

Des Metros aux Saudis, d'Insecure Men à The Moonlandingz, il faudra un beau jour que quelqu'un s'attelle à dresser l'arbre généalogique givré et consanguin de la Fat White Family. Warmduscher et ses ramifications incestueuses y figureront assurément en bonne place. Warmduscher naît lors du réveillon de Nouvel An 2014, entre les cotillons, la cocaïne et les promesses qu'on ne tient jamais, souvent trop bourrés qu'on est pour s'en souvenir. Rapprochement entre Childhood, Paranoid London et les chiens fous de la Fat White, le groupe pour fêtes imbibées est censé faire danser le...

Des Metros aux Saudis, d'Insecure Men à The Moonlandingz, il faudra un beau jour que quelqu'un s'attelle à dresser l'arbre généalogique givré et consanguin de la Fat White Family. Warmduscher et ses ramifications incestueuses y figureront assurément en bonne place. Warmduscher naît lors du réveillon de Nouvel An 2014, entre les cotillons, la cocaïne et les promesses qu'on ne tient jamais, souvent trop bourrés qu'on est pour s'en souvenir. Rapprochement entre Childhood, Paranoid London et les chiens fous de la Fat White, le groupe pour fêtes imbibées est censé faire danser les potes et amuser les house parties. Il deviendra plus que ça. Vite déserté par Lias Saoudi, certes, plus récemment par l'édenté Saul Adamczewski, il est aujourd'hui plus secoué et remuant que jamais. Warmduscher (mot d'argot allemand pour poule mouillée, trouillard, couillon, chochotte, mauviette) est avant tout désormais le projet de Clams Baker, un Américain grassouillet qui a le sens chaotique du groove et adore les chapeaux de cow-boys. Warmduscher a d'abord sorti Khaki Tears (2015), un disque déglingué, dissonant, saccadé, pogotant violemment entre The Fall et Shellac. Puis, l'an dernier, il signait Whale City, chronique d'une ville imaginaire dans laquelle on pouvait aussi bien croiser Thee Oh Sees que Prince et Père Ubu. Produit comme son prédécesseur par l'incontournable Dan Carey (Kate Tempest, Black Midi, Fontaines D.C., le label Speedy Wunderground), Tainted Lunch pousse le bouchon encore un peu plus loin, Maurice... Son titre fait référence à un fait divers teuton: l'histoire d'un Allemand qui a empoisonné les sandwiches de ses collègues pendant 20 ans avant d'être condamné à perpétuité. En guise d'introduction, Iggy Pop, ni plus ni moins, énonce les règles du jeu. "No apologies, no whispers, no unsaid words, no unwritten rules." Hip-hop groovy ( Midnight Dipper), proto-rap à pattes d'eph ( Disco Peanuts), tornades punk ( The Chimp), psychobilly moderne ( Grape Face)... Ces mecs-là n'ont pas le cul coincé entre deux chaises, ils s'y font de la place en twerkant les fesses à l'air. Tainted Lunch n'est pas non plus un de ces albums peuplés d'invités qui font le travail à votre place. Mis à part l'Iguane, seul le rappeur Kool Keith (Dr. Octagon, Dr. Doom, appelez-le comme vous voulez) passe prêter main forte au décadent groupe londonien ( Burner). Precious Things sent la BO de western avec ses faux airs d' In the Deathcar, le générique d'Arizona Dream signé par Iggy et Goran Bregovic. Blood Load suinte la sauvagerie et Dream Lotion le funk le plus jouissif. Tainted Lunch se ferme sur Tiny Letters, un slow libidineux avec Laura Palmer. "Je suis super fier d'appartenir à un groupe pouvant à la fois être comparé aux Cramps et aux Beastie Boys", s'enorgueillissait un Warmduscher dans une interview française. Impossible de le contredire.